Israël : le racisme d’État s’accentue

Commission Palestine, NPA, mardi 3 août 2010

Le racisme et l’apartheid s’institutionnalisent en Israël. De nou­velles lois dis­cri­minent encore davantage les Pales­ti­niens vivant aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Jeudi 17 juillet, Haneen Zouabi, députée israé­lienne, perdait ses droits de par­le­men­taire à la Knesset. Son délit  ? Aurait-​​elle aidé des proches à échapper à la fis­calité du pays  ? Non, pour la seule démo­cratie du Moyen-​​Orient, elle a commis un délit d’opinion  : cette députée du parti Balad a par­ticipé aux côtés de nom­breux mili­tants à la flot­tille en direction de Gaza afin de dénoncer un blocus illégal. L’acte de pira­terie de l’armée israé­lienne dans les eaux inter­na­tio­nales s’est terminé dans un bain de sang. En réponse à l’acte militant de Haneen Zouabi, le 13 juillet une com­mission de la Knesset a révoqué son immunité par­le­men­taire et les droits propres aux par­le­men­taires israéliens.

Pre­mière escar­mouche annon­cia­trice d’une attaque juri­dique qui va se durcir. D’autant que le gou­ver­nement israélien n’en est pas à sa pre­mière salve contre des mili­tants pales­ti­niens déten­teurs de la citoyenneté israé­lienne. Le 6 mai, le diri­geant d’Ittijah, coor­di­nation d’ONG pales­ti­niennes en Israël, a été arrêté en pleine nuit à son domicile par un com­mando des ser­vices israé­liens. Il est accusé d’espionnage pour le compte du Hez­bollah. Cette accu­sation reflète la situation des Pales­ti­niens de 48, com­po­sante du peuple pales­tinien qui sont restés pendant la Nakba sur le ter­ri­toire qui devait devenir Israël en 1948. Pour un État qui se définit comme juif, tout non juif est par défi­nition suspect. Les Pales­ti­niens d’Israël sont perçus comme un danger de l’intérieur au même titre que ceux de Cis­jor­danie, de Gaza et les réfugiés le sont perçus de l’extérieur.

Ces attaques juri­diques contre ceux qui s’opposent à la poli­tique raciste de l’État israélien sont cohé­rentes avec un système fait pour reléguer les Pales­ti­niens dans un statut de seconde zone ou pour les pousser au départ. Les Pales­ti­niens «  citoyens  » israé­liens sont vic­times de mul­tiples dis­cri­mi­na­tions socio-​​économiques  : chômage, accès à l’emploi, logement, expro­priation continue de terres et de maisons arabes, dans le Nord ou à Jaffa notamment. 52 % des Pales­ti­niens d’Israël vivent en dessous du seuil de pau­vreté, contre 16 % des juifs d’Israël.

La loi en tant que telle laisse l’illusion aux naïfs d’une égalité au moins for­melle entre Israé­liens juifs et Pales­ti­niens. C’est oublier quelques dis­po­si­tions légis­la­tives clai­rement dis­cri­mi­na­toires, comme l’impossibilité de se marier avec un Pales­tinien de Cis­jor­danie ou de Gaza. C’est surtout oublier le rôle de l’armée dans la société israé­lienne. Lorsque l’accès à des loge­ments ou des fonc­tions sont condi­tionnées au fait de faire le service mili­taire, et que ce même service mili­taire ne peut être effectué par les Pales­ti­niens citoyens d’Israël, les inéga­lités sont for­ma­lisées dans un système d’apartheid de fait.

Le gou­ver­nement actuel va plus loin, et c’est une vrai ins­ti­tu­tion­na­li­sation de l’apartheid qui est pro­jetée. Une loi des­tinée à obliger toute per­sonne demandant la rési­dence à prêter serment à Israël en tant qu’État Juif sio­niste et démo­cra­tique est en dis­cussion, tout comme une loi qui per­met­trait d’enlever la citoyenneté d’une per­sonne consi­dérée comme déloyale vis-​​à-​​vis de l’État israélien. Si le mou­vement de soli­darité se construit essen­tiel­lement en direction de Gaza et de Cis­jor­danie, les Pales­ti­niens dits de l’intérieur sont une com­po­sante parfois oubliée du peuple pales­tinien. Pourtant, ils sont vic­times de dis­cri­mi­na­tions révé­la­trices de l’idéologie sio­niste  : il ne peut y avoir de droits égaux pour les non juifs en Israël.

C’est le sens de la cam­pagne BDS (Boycott, dés­in­ves­tis­sement, sanc­tions) qui, au-​​delà de l’occupation et de la colo­ni­sation, s’attaque aux inéga­lités struc­tu­relles dont sont vic­times les Pales­ti­niens d’Israël en reven­di­quant l’égalité des droits.