Israël : l’enquête semble inévitable

Nathalie Janne d’Othée, dimanche 7 février 2010

Le Secré­taire Général des Nations-​​Unies, Ban Ki-​​Moon a accusé réception hier soir des réponses israé­liennes et pales­ti­niennes aux accu­sa­tions des Nations-​​Unies pour crimes de guerre durant l’Opération Cast Lead.

Israël a réaf­firmé dans son message aux Nation-​​Unies que son com­por­tement durant l’Opération Cast Lead avait été conforme au droit inter­na­tional. Ban Ki-​​Moon a refusé de s’exprimer au sujet du caractère « indé­pendant, cré­dible et conforme aux stan­dards inter­na­tionaux » des enquêtes internes qui étaient menées (voir Israel defends its Gaza probe as ’in line with inter­na­tional law, Haaretz, 5/2/2010http://haaretz.com/hasen/spages/114...).

Avant cela, depuis une semaine, le rapport d’enquête du juge Sud-​​Africain Richard Gold­stone sur les événe­ments de l’hiver passé était revenu au devant de la scène. Selon le Guardian, l’ « effet Gold­stone » a été placé par Ben­jamin Neta­nyahu dans les défis sécu­ri­taires les plus sérieux d’Israël (Pressure mounts for Israel to hold Gaza war inquiry, Guardian, 3/2/2010http://www.guardian.co.uk/world/201...). La probité de l’armée israé­lienne est mise en doute d’une part, et le spectre des sanc­tions plane au-​​dessus des res­pon­sables mili­taires. Bien que la com­mu­nauté inter­na­tionale ne se soit pas pro­noncée en faveur de sanc­tions directes, elle a néan­moins demandé aux parties que des enquêtes indé­pen­dantes et cré­dibles soient menées.

Depuis lors, aucune mesure en ce sens n’a encore été annoncée en Israël. Cette semaine, dans Haaretz, l’ancien Pro­cureur Général, Menachem Mazouz explique l’importance de la mise en place d’une telle enquête. Son argument n’est pas de mettre à jour d’éventuelles exac­tions israé­liennes durant la guerre à Gaza, mais bien de blanchir l’armée israé­lienne afin de sau­ve­garder sa légi­timité et celle du pays (Menachem Mazuz : "Israel must probe Gaza war to counter Gold­stone", Haaretz, 31/1/2010http://www.haaretz.com/hasen/spages...).

Mais celle qui s’autoqualifie « une des armées les plus morale au monde » pourra-​​t-​​elle réel­lement être blanchie ? On en doute de plus en plus. Le Monde (L’armée israé­lienne a changé sa doc­trine pour la guerre de Gaza, 3/1/2010http://www.lemonde.fr/proche-orient...) et The Inde­pendent (Israeli com­mander : « We rewrote the rules of war for Gaza », 3/2/2010http://www.independent.co.uk/news/w...) révèlent en effet cette semaine les propos d’un haut gradé israélien. Ce dernier explique que pendant la guerre de Gaza, le code mili­taire habituel a été révisé. L’armée israé­lienne opère géné­ra­lement selon le principe « des moyens et des inten­tions » (en hébreu : "emtza’im vé kavana") ce qui signifie que le tir sur une per­sonne n’est autorisé que si celle-​​ci pré­sente à la fois les moyens et l’intention de tuer. L’homme avoue que durant l’Opération Cast Lead, ce principe a été aban­donné au profit de celui du risque zéro qui pourrait se résumer à la formule, "Si tu n’es pas sûr, tu tues".

Les cir­cons­tances le justifiaient-​​elles ? En effet après la guerre contre le Hez­bollah au Sud Liban, les res­pon­sables de Tsahal ont compris les consé­quences des pertes humaines et ont voulu à tous prix les éviter. Cela peut expliquer, mais ne jus­tifie en rien le com­por­tement de l’armée israé­lienne pendant la guerre de Gaza. Au-​​delà des argu­ments, il ya en effet le nombre de morts qui lui n’est ni expli­cable, et encore moins jus­ti­fiable : 1400 morts Pales­ti­niens, contre 13 Israé­liens. S’il veut garder un sem­blant de légi­timité sur la scène inter­na­tionale, Israël pourra au final dif­fi­ci­lement éviter la mise en place d’une com­mission d’enquête interne.