Israël et l’arme nucléaire

AP et AFP, vendredi 30 juillet 2004

Selon Ariel Sharon, Washington sou­tient le droit d’Israël à pos­séder une capacité de dissuasion.

Washington reconnaît le droit d’Israël à pos­séder des armes de dis­suasion, a déclaré jeudi le Premier ministre israélien Ariel Sharon dans une allusion indi­recte àl’arsenal nucléaire secret de l’Etat hébreu.

Lors d’une réunion poli­tique à Tel Aviv, Ariel Sharon a déclaré que les Etats-​​Unis recon­naissent qu’"Israël fait face à une menace sur son exis­tence et doit être capable de se défendre par lui-​​même en pré­servant sa capacité de dissuasion".

Le chef du gou­ver­nement israélien a noté que l’Iran fait l’objet de pres­sions amé­ri­caines sur la question du nucléaire et que la Libye a pris des mesures pour sus­pendre son pro­gramme d’armement nucléaire. Mais "nous avons reçu ici une position amé­ri­caine claire qui dit en d’autres mots qu’il ne faut pas toucher à Israël concernant sa capacité de dissuasion".

L’Etat hébreu n’a jamais admis pos­séder des armes nucléaires, main­tenant une poli­tique de l’ambiguité à ce sujet. Tou­tefois, les révé­la­tions de "l’espion nucléaire" Mor­dechai Vanunu ont laissé penser aux experts qu’Israël possède des dizaines, peut-​​être des cen­taines, de bombes nucléaires. L’ancien tech­nicien de la cen­trale ato­mique de Dimona, aux confins du désert du Neguev dans le sud d’Israël, avait fourni en 1986 à l’hebdomadaire lon­donien "The Sunday Times" des infor­ma­tions et pho­to­gra­phies sur le pro­gramme nucléaire israélien. Sur la base de ces renseignements,les experts avaient alors classé l’arsenal nucléaire de l’Etat hébreu au sixième rang mondial.
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Le chef de l’AIEA sceptique sur la dénucléarisation en Israël

Le chef de l’Agence inter­na­tionale de l’énergie ato­mique (AIEA), Mohamed ElBa­radei, a entamé mardi une visite en Israël pour plaider en faveur d’un Proche-​​Orient dénu­cléarisé tout en se disant scep­tique sur ses pos­si­bi­lités de convaincre Israël de révéler ses secrets nucléaires. "Je ne me fais pas d’illusions : les choses ne se pro­duisent pas du jour au len­demain, mais je crois que plus le dia­logue sécu­ri­taire com­mencera tôt, mieux ce sera", a déclaré M. ElBa­radei aux jour­na­listes à Tel-​​Aviv après avoir aupa­ravant Proche-​​Orient.

L’Etat hébreu est l’un des rares pays à ne pas avoir signé le Traité de non-​​prolifération (TNP), mais M. ElBa­radei a affirmé vouloir tenter de convaincre le cabinet israélien de signer d’autres accords avec son agence.

Il devrait ainsi presser M. Sharon, durant leur ren­contre prévue mer­credi, de conclure un accord aux termes duquel Israël infor­merait l’AIEA de ses impor­ta­tions et expor­ta­tions de maté­riaux liés au nucléaire.

"Le chemin à par­courir est long (…) Mais il faut faire le premier pas", a ajouté le chef de l’AIEA, en estimant qu’Israël pourrait conclure un accord sur un pro­tocole addi­tionnel avec son agence.

"Evi­demment, je ne dispose pas d’une baguette magique, ni du pouvoir d’imposer, mais je peux recom­mander ou conseiller (…) Le Proche Orient a besoin d’un dia­logue sécu­ri­taire. Nous devons définir comment établir la sécurité dans la région, en parallèle avec la pour­suite du pro­cessus de paix", a encore dit M. Elba­radei, dont la visite doit durer trois jours.

M. Sharon a pour sa part d’emblée accueilli la mission de M. ElBa­radei par une douche froide en affirmant que "la poli­tique d’ambiguïté sur le nucléaire qui est la nôtre a fait ses preuves, et elle se poursuivra".

"Je ne sais pas ce qu’il (ElBa­radei) vient voir. Israël est obligé de détenir entre ses propres mains toutes les com­po­santes de la force néces­saires à sa défense", a encore sou­ligné M. Sharon.

Israël, dont l’arsenal est estimé à quelque 200 ogives nucléaires, ne veut pas non plus signer le TNP, qui autorise l’agence de sûreté nucléaire des Nations Unies à ins­pecter les pro­grammes nucléaires dans le monde.

Dans ce contexte, le voyage de M. ElBa­radei doit être inter­prété comme un geste envers les pays arabes et musulmans qui reprochent régu­liè­rement à l’Agence d’enquêter sur le pro­gramme nucléaire iranien sans se soucier de celui prêté à Israël.

M. ElBa­radei "s’est beaucoup occupé de l’Iran. Il doit main­tenant s’occuper de l’autre côté", a déclaré dans un entretien télé­pho­nique à l’AFP Jon Wolf­sthal, de la Fon­dation Car­negie pour la paix, de Washington. Il a qua­lifié le voyage d’acte visant à rétablir l’équilibre".

L’expert israélien Gerald Steinberg, du Centre de Jéru­salem pour les affaires publiques, a pour sa part estimé qu’"il n’y a pas de base pour un chan­gement" d’attitude en Israël à propos du nucléaire.

"La menace contre Israël ne s’est pas estompée depuis 50 ans, et la haine à l’égard de l’Etat hébreu reste intense dans les mondes arabe et musulman", a-​​t-​​il dit.

Selon lui, Israël ne peut accepter un mar­chandage "faisant le lien entre le pro­gramme nucléaire illégal de l’Iran et les pres­sions lui enjoi­gnant d’abandonner sa force de dis­suasion" nucléaire.

En sep­tembre 2003, l’Assemblée générale de l’AIEA a rejeté une motion des pays arabes qui aurait condamné Israël pour son refus de signer le TNP. Les 137 pays membres de l’Agence étaient seulement convenus, par consensus, d’établir une "zone dénu­cléa­risée" au Proche-​​Orient, mais sans faire mention d’Israël.