Israël craint une troisième Intifada

Ron Ben-​​Yishai, samedi 8 mars 2008

Une analyse israé­lienne (dans le Yediot Aharonot)sur les stra­tégies en action et les choix qui se pré­sentent aux auto­rités israé­liennes après l’attentat à Jéru­salem : "L’attentat per­pétré le 6 mars contre une école tal­mu­dique de Jéru­salem s’inscrit dans une stra­tégie du groupe isla­miste radical pour se placer dans une position de force, estime le quo­tidien israélien Yediot Aharonot".

Pendant que des mani­fes­ta­tions de joie écla­taient dans la bande de Gaza juste après le retrait des troupes israé­liennes [le 4 mars], le chef de l’aile radicale du Hamas [exilé à Damas], Mahmoud Al-​​Zahar, avait expli­ci­tement menacé l’Etat hébreu de repré­sailles sur son ter­ri­toire en réponse aux opé­ra­tions des forces israé­liennes. L’attentat d’hier [6 mars] contre une école tal­mu­dique de Jéru­salem serait donc lié aux récentes incur­sions menées dans la bande de Gaza. Le Hamas n’a pas encore reven­diqué la res­pon­sa­bilité de ce mas­sacre [l’attentat a fait 8 morts] mais nous savons que l’organisation dispose de réseaux bien établis dans les quar­tiers arabes de Jéru­salem et de ses environs [l’organisation a fina­lement reven­diqué l’attentat dans l’après-midi du 7 mars].

Le ter­ro­riste res­pon­sable de l’attentat serait un habitant du quartier Jabel Mukaber, situé dans le sud-​​est de Jéru­salem. On ignore encore s’il était membre du Hamas ou d’un autre groupe – il aurait même pu agir seul –, mais tous les soupçons se portent sur l’organisation extré­miste. Les membres du Hamas – ou de tout autre groupe ter­ro­riste pales­tinien – résidant à Jéru­salem pos­sèdent des cartes d’identité israé­liennes et des plaques d’immatriculation israé­liennes, de couleur jaune, qui leur per­mettent d’entrer librement en ter­ri­toire israélien et dans les quar­tiers juifs qu’ils connaissent parfaitement.

Le fait qu’il s’agisse d’une fusillade semble également indiquer que cette attaque était dirigée depuis les quar­tiers arabes de Jéru­salem, où les acti­vités du Shin Bet [les ser­vices de ren­sei­gne­ments israé­liens] empêchent la création d’ateliers de fabri­cation de bombes, tels qu’il en existe en Cis­jor­danie. Outre son désir de ven­geance, le Hamas est guidé par le besoin de pousser Israël à diminuer ses attaques et éviter une opé­ration israé­lienne de grande envergure dans la bande de Gaza afin d’y conserver son influence. En ce moment, les chefs du Hamas s’efforcent de négocier un cessez-​​le-​​feu tem­po­raire soutenu par une médiation égyptienne.

Mais le Hamas ne se contentera pas d’une simple trêve. Ses chefs veulent qu’Israël s’engage à mettre un terme aux pres­sions mili­taires et au siège de Gaza. Le Hamas pourrait ainsi crier vic­toire et ren­forcer son influence. Afin de pouvoir faire pression sur l’Egypte et Israël, le Hamas tente de créer une situation où il serait en position de force pour négocier un arrêt des combats. C’est pour cela que les tirs de roquettes se pour­suivent sans relâche depuis la bande de Gaza et que l’organisation radicale mono­polise toutes ses res­sources et attise la colère de la popu­lation pour ouvrir un nouveau front en ter­ri­toire israélien.

Le mas­sacre de l’école tal­mu­dique, le récent attentat suicide de Dimona et les émeutes à Jérusalem-​​Est ces der­nières semaines relèvent tous de cette stra­tégie. Mais ce n’est pas tout. Il faut s’attendre à ce que le Hamas tente dans les jours qui viennent de rallier les groupes armés de Cis­jor­danie, de Jérusalem-​​Est et d’autres mou­ve­ments isla­mistes pré­sents en Israël afin d’organiser des vio­lences mas­sives, sus­cep­tibles de déboucher sur une troi­sième Intifada.

Il est également pos­sible que le Hamas s’entende avec d’autres orga­ni­sa­tions pales­ti­niennes, comme nous avons souvent pu le constater récemment, pour lancer des attaques coor­données et "par­ti­cu­liè­rement effi­caces". Le Djihad isla­mique pourrait, par exemple, lancer des tirs de roquettes contre Israël avec la béné­diction du Hamas.

Le plus urgent pour les forces de sécurité israé­liennes est d’éviter l’éclatement de troubles massifs résultant des ten­sions exa­cerbées en Cis­jor­danie, à Jérusalem-​​Est et parmi les citoyens arabes israé­liens. L’attentat de Jéru­salem est considéré comme une grande vic­toire par les Pales­ti­niens et pourrait inciter de nom­breux jeunes dans les ter­ri­toires et en Israël à s’en prendre aux forces de sécurité. Il faut également s’attendre à d’éventuelles émeutes ou actes de ven­geance commis par des Juifs, poussés par la droite israélienne

Le gou­ver­nement a le choix entre deux solu­tions. La pre­mière consis­terait à accepter la pro­po­sition égyp­tienne négociée avec le Hamas pour s’entendre sur un cessez-​​le-​​feu. Cette trêve per­met­trait aux loca­lités [israé­liennes] proches de Gaza de souffler un peu et de rabaisser le niveau d’alerte anti­ter­ro­riste en Israël. Mais dans le même temps, le Hamas pourrait se targuer d’une belle vic­toire et n’en sor­tirait que grandi, ce qui signifie que la pro­chaine vague d’attaques ne tou­cherait pas seulement Ash­kelon mais aussi les habi­tants d’Ashdod et d’autres loca­lités. Le Hamas vic­to­rieux pourrait également gagner des par­tisans en Cis­jor­danie et finir de dis­cré­diter ce qui reste du gou­ver­nement de Mahmoud Abbas.

Une autre solution consis­terait à rejeter les condi­tions du Hamas pour aug­menter la pression mili­taire sur la bande de Gaza. Le Hamas pourrait ainsi être amené à revoir sa stra­tégie et à accepter les condi­tions d’Israël pour un cessez-​​le-​​feu. Mais avant cela, il faudra s’attendre à une mul­ti­pli­cation des tirs de roquettes et une aggra­vation du risque d’attentat en Israël et dans les Ter­ri­toires occupés.

Si le gou­ver­nement opte pour cette seconde option, nous devrons nous pré­parer à une longue période de combats sur tous les fronts ainsi qu’à un pos­sible ral­liement du Hez­bollah libanais au Hamas. C’est toute la ligne de front qui doit être prête, notamment dans le Sud, y compris à une pos­sible évacuation des femmes et des enfants. Il nous faut également œuvrer au plan diplo­ma­tique pour faire com­prendre les moti­va­tions d’Israël.