Israël craint l’isolement après l’accord entre le Hamas et le Fatah

Joël David, la Croix, vendredi 29 avril 2011

Scep­tiques sur la récon­ci­liation des frères ennemis pales­ti­niens, les diri­geants israé­liens n’excluent tou­tefois pas que la com­mu­nauté inter­na­tionale entérine leur cabinet d’union et légitime ainsi le Hamas

« Impos­sible de faire la paix simul­ta­nément avec le Hamas et Israël ! » C’est ce que le premier ministre israélien Benyamin Neta­nyahou a affirmé au pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne Mahmoud Abbas, après l’annonce d’un pro­tocole d’accord de récon­ci­liation entre son parti laïque, le Fatah, et les isla­mistes du Hamas au pouvoir à Gaza depuis leur coup de force en 2007.

Enfonçant le clou, son ministre de la Défense, Ehoud Barak, assure qu’« on ne peut pas parler de paix avec un cabinet pales­tinien de tech­no­crates inté­grant le Hamas, ce dernier ayant pour objectif déclaré de détruire Israël ».

Et d’ajouter que le mou­vement isla­miste sera considéré comme par­te­naire uni­quement s’il souscrit aux condi­tions du Quar­tette (États-​​Unis, Russie, UE, ONU) en recon­naissant Israël ainsi que tous les accords conclus par les Pales­ti­niens, et en disant oui à la paix et non à la violence.

Vers une reconnaissance à l’Onu

Fon­ciè­rement scep­tiques sur la récon­ci­liation des frères ennemis pales­ti­niens, les diri­geants israé­liens n’excluent tou­tefois pas que la com­mu­nauté inter­na­tionale entérine leur cabinet d’union et légitime ainsi le Hamas, pour l’heure considéré comme « ter­ro­riste » par Washington et l’UE.

Tou­jours est-​​il que Neta­nyahou a désormais beau jeu de pré­senter Israël comme un bastion de démo­cratie assiégé par l’islam radical et l’Iran, alors qu’Abbas fait cavalier seul et veut obtenir en sep­tembre l’approbation par l’Assemblée générale de l’ONU d’un État pales­tinien uni­la­té­ra­lement pro­clamé dans les fron­tières d’avant la guerre des Six Jours de juin 1967.

Il y a fort à parier que ce thème sera au cœur du dis­cours que Neta­nyahou doit pro­noncer à Washington le 24 mai devant la Chambre des repré­sen­tants et le Sénat réunis en session commune, tandis que la contes­tation bou­le­verse le paysage poli­tique arabe au Moyen-​​Orient. Israël pourrait constituer un cabinet d’urgence

En 2009, il a accepté l’idée d’un État pales­tinien, rompant ainsi avec l’idéologie du Likoud, son parti de droite. Mais, en deux ans d’exercice du pouvoir, il n’a pas avancé d’un iota sur la voie de la paix.

Selon ses proches, Neta­nyahou songe à des accords pro­vi­soires assortis de conces­sions ter­ri­to­riales pré­servant le caractère juif d’Israël et garan­tissant sa sécurité, en coor­di­nation étroite avec les Américains.

Il peut à présent arguer de l’accord Hamas-​​Fatah et des menaces isla­mistes aux fron­tières pour appeler le parti cen­triste Kadima de Tzipi Livni à rallier un « cabinet d’urgence nationale » afin de pro­mouvoir un plan de paix commun et tenir tête tant aux Pales­ti­niens qu’à la com­mu­nauté internationale.