Israël confirme s’être emparé de 234 hectares en Cisjordanie occupée

L’Orient le Jour, jeudi 17 mars 2016

L'envoyé spécial de la France au Moyen-Orient, Pierre Vimont, a rencontré hier le chef de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à Ramallah. Abbas Momani/AFP

Israël a confirmé, hier, avoir pris possession de 234 hectares de terres dans la vallée du Jourdain en Cisjordanie, un territoire palestinien occupé. Le Cogat, organe du ministère israélien de la Défense chargé de coordonner les activités israéliennes dans les territoires palestiniens occupés, a indiqué que ces 234 hectares avaient été déclarés « terres d’État » par Israël, confirmant des informations de l’ONG La Paix maintenant. Les autorités israéliennes n’ont pas dit pourquoi elles avaient pris possession de ces terres. Mais selon l’ONG, cette annexion, qui est la plus importante depuis deux ans dans la stratégique vallée du Jourdain, doit permettre de développer des colonies juives situées dans les environs et de construire des installations commerciales et touristiques prévues depuis un certain temps par le gouvernement israélien.

De son côté, le négociateur palestinien en chef, Saëb Erekat, a demandé dans un communiqué à la communauté internationale d’intervenir pour qu’Israël interrompe son projet. L’Organisation de libération de la Palestine (OLP) a publié sur Twitter des photos montrant un panonceau officialisant la confiscation des terrains, une carte en hébreu et des documents intitulés « Déclaration de propriété d’État ». Datés du 10 mars, les documents dressent une liste de 2 342 dounoums, soit 234 hectares, et portent la signature d’un responsable identifié comme étant le « superviseur de la propriété de l’État et des propriétés abandonnées en Judée et Samarie », le nom hébreu de la Cisjordanie.

Israël maintient sa position selon laquelle les implantations israéliennes en Cisjordanie seront exclues des négociations avec les Palestiniens qui, de leur côté, accusent les autorités israéliennes de morceler volontairement la Cisjordanie pour les empêcher de fonder un État viable. Cette prise de possession risque de renforcer les tensions déjà vives entre Israéliens et Palestiniens. Hier encore, un Palestinien a succombé à des blessures reçues il y a deux semaines lors de heurts provoqués par l’incursion fortuite de deux soldats israéliens dans un camp de réfugiés proche de Jérusalem, a annoncé le ministère palestinien de la Santé.

Relancer l’effort de paix moribond

C’est dans ce contexte que l’envoyé spécial de Paris Pierre Vimont a discuté lundi et hier avec des responsables palestiniens et israéliens du projet français de conférence internationale pour relancer l’effort de paix, rencontrant l’adhésion des premiers et le scepticisme des seconds. Pierre Vimont a été chargé par le gouvernement français de travailler sur le terrain à la réalisation, d’ici à l’été, du projet français de conférence internationale pour relancer l’effort de paix moribond entre Israéliens et Palestiniens. M. Vimont, ancien ambassadeur français aux États-Unis et secrétaire général exécutif de la diplomatie de l’Union européenne, a rencontré lundi le directeur général du ministère des Affaires étrangères israélien Dore Gold. Lors de leur rencontre « à la demande de l’envoyé français », le directeur général du ministère israélien des Affaires étrangères a « tenté de comprendre la logique de l’initiative » française, a indiqué le porte-parole du ministère israélien Emmanuel Nahshon. « La partie israélienne a insisté sur l’importance de négociations directes, bilatérales, sans condition préalable », a-t-il ajouté. Côté palestinien, M. Vimont s’est entretenu hier à Ramallah, en Cisjordanie, avec le président Mahmoud Abbas, le ministre des Affaires étrangères Riad al-Malki et Saëb Erakat. « Les idées françaises arrivent à temps, sont réalistes et sont la seule proposition existante », a dit M. Erakat qui a participé à toutes les discussions de paix depuis 1991. « Les Français n’essaient pas de réinventer la roue, ils disent : "Nous voulons sauver la solution à deux États" » israélien et palestinien, coexistant en paix, a poursuivi M. Erakat. « Personne n’a plus à gagner que les Palestiniens au succès de l’initiative française, et personne n’a plus à perdre que les Palestiniens », a-t-il dit.