Israël commence la construction du Mur près de Jérusalem-​​Est

reuters, dimanche 5 septembre 2004

Malgré l’avis de la Cour Inter­na­tionale de Justice qui a déclaré à Lahaye, le 9 juillet 2004, l’illégalité du Mur érigé par Israël en ter­ri­toire pales­tinien, la construction continue, coupant Jérusalem-​​est du reste de la Cisjordanie.

Israël a com­mencé jeudi ( 2 sep­tembre) à construire les pre­mières sec­tions de sa "bar­rière de sécurité" sur la route prin­cipale reliant Jéru­salem à la Cis­jor­danie [1].

La construction inter­vient deux jours après le double attentat suicide de Beer­sheba, dans le sud d’Israël, per­pétré par deux kami­kazes venus de Cis­jor­danie. Seize per­sonnes ont été tuées dans cet attentat.

Des témoins affirment que des ouvriers, pro­tégés par des soldats et des gardes armés, sont arrivés pendant la nuit et ont com­mencé à construire le mur, haut de six mètres.

A cet endroit, la bar­rière de sécurité séparera les Pales­ti­niens vivant à Jérusalem-​​Est de leurs voisins qui habitent de l’autre côté de la route, en Cis­jor­danie [2].

"Ils (les Israé­liens) ont fait cela aujourd’hui à cause de l’attentat, sans aucun doute", a déclaré l’avocat Mohamed Dahleh, qui repré­sente les habi­tants d’Al Ram devant la Haute cour de justice israélienne.

"Israël pense à présent que la com­mu­nauté inter­na­tionale ne sera pas aussi agressive pour cri­tiquer ce mur qui est construit au coeur de la société pales­ti­nienne", a-​​t-​​il ajouté.

"Ils nous tuent à petit feu"

Pour l’Etat juif, l’édification de cette bar­rière de 730 km alternant murs en béton et clô­tures de bar­belés doit empêcher l’infiltration de kami­kazes pales­ti­niens sur son sol.

Les Pales­ti­niens craignent qu’elle ne constitue une ten­tative déguisée d’Israël pour annexer des ter­ri­toires et les priver d’un Etat viable. La bar­rière ser­pente par endroits bien à l’intérieur de la Cis­jor­danie afin d’englober du côté israélien d’importants blocs de colonies juives.

Le ministère israélien de la Défense et l’armée n’ont pour l’heure fait aucun com­men­taire sur le début de la construction à proximité de Jérusalem-​​Est.

Début juillet, la Cour Inter­na­tionale de Justice de La Haye a rendu un avis consul­tatif jugeant que la bar­rière était "illégale" et qu’elle devait être détruite.

Confor­mément à une injonction de la Haute Cour de justice israé­lienne, l’Etat juif a ensuite déclaré qu’il envi­sa­geait de redes­siner le tracé du Mur pour réduire les souf­frances des Palestiniens.

Mais la Haute Cour avait aussi affirmé qu’Israël pouvait ériger la bar­rière sur des ter­ri­toires consi­dérés comme "contestés".

"Ils enterrent des gens vivants. Les per­sonnes ici sont conscientes (de ce qui se passe). Ils nous mettent sous terre (…) Ils nous tuent à petit feu", déclarait Nabil, un mar­chand de pneus d’Ar Ram dont le magasin est situé à proximité du lieu où a com­mencé jeudi la construction.

[1] dans le quartier d’Al Ram, sur la route qui lie Jéru­salem à Ramallah, les travaux, com­mencés depuis des semaines, avaient été inter­r­rompus après un jugement de la Cour israé­lienne qui sti­pulait que les souf­frances infligées à la popu­lation pales­ti­nienne d’Al ram étaient dis­pro­por­tionnées par rapport aux argu­ments de sécurité

[2] le Mur au coeur de cette ban­lieue exclu­si­vement pales­ti­nienne de Jéru­salem aura pour consé­quence de com­pléter au nord l’encerclement de Jérusalem-​​​​est dont la vocation de capitale de l’Etat de Palestine deviendra irréalisable