Israël cherche à noyer le poisson

Hicham Mourad, mercredi 3 février 2010

Le gou­ver­nement israélien est divisé sur la façon de répondre au rapport Gold­stone qui l’accuse de crimes de guerre lors de son attaque contre la bande de Gaza, l’an dernier.

Israël se démène pour se dis­culper des accu­sa­tions inter­na­tio­nales de crimes de guerre. Il s’est défendu d’avoir violé les lois de la guerre il y a un an dans la bande de Gaza dans un rapport officiel remis à l’Onu, qui s’efforce de réfuter les graves accu­sa­tions de la com­mission d’enquête du juge sud-​​africain Richard Gold­stone. Dans ce jus­ti­fi­catif de 46 pages, l’Etat hébreu assure que son armée s’est conformée au droit inter­na­tional pendant l’opération « Plomb durci » à Gaza, du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009. « La com­plexité et l’ampleur de telles opé­ra­tions entraînent inévi­ta­blement des erreurs tra­giques et des fautes de jugement », argu­mente le document. Israël sou­ligne avoir ouvert des enquêtes sur 150 inci­dents séparés, dont 36 font l’objet d’une enquête cri­mi­nelle. A ce jour, tou­tefois, un seul cas a donné lieu à une condam­nation, selon un porte-​​parole de l’armée : un soldat a été puni de sept mois et demi de prison pour … le vol de cartes de crédit !

Déclenchée pour stopper les tirs de roquettes contre Israël à partir de la bande de Gaza [1], contrôlée par le mou­vement isla­miste pales­tinien Hamas, l’offensive israé­lienne, qui a duré du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009, a fait 1 450 morts pales­ti­niens, des civils pour la plupart, et 13 côté israélien.

A New York, le secré­taire général de l’Onu, Ban Ki-​​moon, a reçu la réponse offi­cielle du gou­ver­nement israélien. « Le secré­taire général a reçu une com­mu­ni­cation de la part du gou­ver­nement israélien et il prépare sa propre réponse à l’Assemblée générale (de l’Onu) confor­mément à sa réso­lution » du 5 novembre 2009, a précisé son porte-​​parole. L’Assemblée plé­nière de l’Onu avait adopté ce jour-​​là, à une très large majorité, une réso­lution donnant trois mois à Israël et aux Pales­ti­niens pour ouvrir des enquêtes « cré­dibles » sur les allé­ga­tions de crimes de guerre contenues dans le rapport de Richard Gold­stone. Aux termes de cette réso­lution, M. Ban est tenu de remettre un rapport à l’Assemblée d’ici 5 février.

Jusqu’à présent, Israël n’a pas annoncé la création d’une com­mission d’enquête comme le réclame l’Onu. Le ministre de l’Information, Youli Edel­stein, a affirmé cette semaine que son pays refu­serait de créer une telle com­mission, mais le gou­ver­nement israélien est partagé. L’ex-conseiller juri­dique du gou­ver­nement, Menahem Mazuz, a plaidé en faveur d’une com­mission afin d’« écarter l’accusation infa­mante de crimes de guerre ». Cet avis est partagé par le ministre tra­vailliste chargé des mino­rités, Avishaï Bra­verman, qui s’est pro­noncé dimanche pour la création d’une com­mission d’enquête sur le com­por­tement de l’armée israé­lienne dans la bande de Gaza. En revanche, la diri­geante du parti Kadima (oppo­sition, cen­triste), Tzipi Livni, s’est déclarée hostile à toutes formes d’enquête israé­lienne indé­pen­dante. « Ce serait une erreur de créer une com­mission », a déclaré à la presse Mme Livni, qui était ministre des Affaires étran­gères à l’époque de l’offensive. Selon la presse, Israël pourrait cependant accepter une com­mission aux pou­voirs limités qui se bor­nerait à exa­miner les consignes données par les chefs mili­taires et le gou­ver­nement de l’époque, dans le but de dis­culper Israël.

Le rapport Gold­stone, com­mis­sionné par l’Onu, recom­mande la saisine de la Cour Pénale Inter­na­tionale (CPI) si Israël refuse d’ouvrir une enquête. L’Etat hébreu craint que ses res­pon­sables poli­tiques et mili­taires ne soient pour­suivis par la justice inter­na­tionale et éven­tuel­lement condamnés.

Maître de Gaza, le Hamas, lui, s’est absout de tout crime de guerre en sou­tenant que sa branche armée avait frappé « des cibles mili­taires et évité les cibles civiles » israé­liennes. De son côté, l’Autorité pales­ti­nienne, basée en Cis­jor­danie et qui a perdu le pouvoir dans la bande de Gaza depuis juin 2006, a remis ven­dredi à l’Onu un rapport pré­li­mi­naire sur la façon dont elle prévoit d’enquêter sur la guerre à Gaza. Elle a annoncé cette semaine la création d’une com­mission d’enquête de cinq juges et experts juristes. Le repré­sentant per­manent de la Palestine aux Nations-​​Unies, Riyad Mansour, a indiqué avoir transmis au secré­tariat de l’Onu une lettre du premier ministre, Sallam Fayad, et des docu­ments contenant notamment un décret pré­si­dentiel créant une com­mission d’enquête de cinq juges et experts juristes pour exa­miner les événe­ments de Gaza après les accu­sa­tions du rapport Gold­stone. Les docu­ments contiennent également un rapport pré­li­mi­naire de cette com­mission. Mais le repré­sentant pales­tinien s’est refusé à donner des détails sur le contenu de ce rapport.

[1] c’est la version israélienne