Israël : Pas d’allégeance à l’Etat

Marie-​​Lys Lubrano (avec Reuters), lundi 1er juin 2009

Alors qu’il voulait faire adopter une loi obli­geant à prêter serment d’allégeance à Israël, le ministre des Affaires étran­gères Avigdor Lie­berman a vu ses ardeurs natio­na­listes freinées par le gou­ver­nement. Sa pro­po­sition empiétant sur les droits des citoyens arabes, l’équipe de Neta­nyahou refuse en effet d’envoyer son texte à la Knesset en tant que projet de loi.

Pré­senté comme un "poids lourd" du gou­ver­nement de Neta­nyahou, Avigdor Lie­berman vient pourtant d’essuyer un revers.

L’ultranationaliste s’est en effet vu refuser, par les autres ministres, le projet de loi par lequel il sou­haitait obliger tous les citoyens d’Israël à prêter serment d’allégeance à un Etat juif, sio­niste et démo­cra­tique, avant de recevoir leur carte d’identité. Il peut tou­jours demander à des députés de son parti, Israël Bei­tenou, de pré­senter ce texte comme une pro­po­sition de loi, mais sans le soutien de la majorité, ses chances de par­venir à le faire adopter sont incer­taines. Pour Lie­berman, tou­tefois, le noeud du pro­blème est ailleurs. Par son refus, le gou­ver­nement signifie qu’il n’entend pas suivre Israël Bei­tenou dans son combat contre ceux que l’ultranationaliste appelle "l’ennemi inté­rieur" ; c’est-à-dire les Arabes israéliens.

"L’ennemi intérieur"

Car ce sont eux qui étaient visés par le projet de loi du ministre des Affaires étran­gères, dénoncent ses oppo­sants. Ce sont eux que l’ultranationaliste voulait obliger à jurer fidélité à Israël, avant de se voir délivrer la carte que tout citoyen a l’obligation de détenir dès l’âge de 16 ans. Eux encore qu’il comptait forcer à servir dans l’armée, par le biais du même texte de loi. Une obli­gation dont les Arabes israé­liens sont, pour l’instant encore, dis­pensés du fait de la situation délicate dans laquelle cela les pla­cerait. L’armée peut en effet inter­venir contre les Pales­ti­niens ou attaquer leurs territoires.

Or, ceux que l’on appelle les Arabes israé­liens, et qui repré­sentent près de 20% de la popu­lation, ne sont autres que les des­cen­dants des Pales­ti­niens qui se sont retrouvés à l’intérieur des fron­tières d’Israël après la création de l’Etat, en 1948. Ils font partie de ceux qui n’ont pas été chassés ou qui n’ont pas fui ce qu’ils appellent la "naqba" (la catas­trophe, en arabe) : la nais­sance d’Israël. Un évènement que cer­tains d’entre eux célèbrent chaque année par des démons­tra­tions de tristesse.

Mais le gou­ver­nement de Neta­nyahou -faut-​​il y voir un signe d’ouverture vers Lie­berman ?- vient de l’interdire : désormais, le jour anni­ver­saire de la création d’Israël, per­sonne n’a le droit de montrer qu’il est en deuil.