Israël-​​Palestine, Portraits

Pauline Sales /​ Théâtre de l’Est parisien, mardi 18 novembre 2008

Une pro­duction Comédie de Valence, CDN Drôme-​​Ardèche jouée à Paris et en Normandie

Théâtre de l’Est parisien 159 avenue Gam­betta 75020 Paris Billet­terie : 01 43 64 80 80

les 13 décembre, 10 janvier et 8 février

http://www.theatre-estparisien.net/...

En 2007, Pauline Sales, auteure à la Comédie de Valence, part avec quatre écri­vains en Israël et en Palestine dans le cadre d’« Écri­tures Vaga­bondes » [1]. À son retour, elle écrit neuf textes pour les neuf acteurs per­ma­nents de la Comédie, neuf séquences de vie d’hommes et de femmes pris dans la tour­mente d’un conflit qui n’en finit pas de recom­mencer. Dans cette situation explosive que l’on croit connaître, Pauline Sales joue l’intime, en accro­chant à l’Histoire neuf petites his­toires à hauteur humaine.

Pro­po­si­tions scé­niques et jeu par les comé­diens de la troupe per­ma­nente Hélène Viviès, Juliette Delfau, Olivier Werner, Yves Barbaut, Claire Semet, Vincent Garanger, Anthony Poupard, Ali Esmili, Pauline Moulène Texte en cours d’édition

L’écriture de Pauline Sales ne peut laisser indif­férent. Son langage vif, précis et parlé impose une urgence de dire et d’entendre. Nul pathos, le récit a la force du décalage. Il extrait la noblesse de ces gens impuis­sants, attachés coûte que coûte à ne pas sombrer, affrontant, avec fierté, pré­jugés et indif­fé­rence. Avec parfois auto­dé­rision et lucidité à toute épreuve : « Il y en a qui connaissent déjà l’histoire. Il y en a que cette his­toire ennuie, parce qu’on connaît déjà la fin. Tu connais la fin de l’histoire ? Pourquoi on écou­terait, regar­derait, avec déjà la fin de l’histoire, si encore c’était une belle his­toire, si seulement c’était une his­toire. Je ne m’énerve pas, Yasmina, je ne m’énerve pas, je dis juste, je vois bien juste, qu’est-ce qu’ils peuvent en faire eux de cette histoire-​​là qui n’est même pas une his­toire ? » Pauline Sales répond magni­fi­quement à cette question en nous entraînant dans un grand hymne à la liberté de l’écriture, l’écriture qui sépare et qui rassemble.

Trois dates excep­tion­nelles pour découvrir ces textes. Attention horaires par­ti­cu­liers les 13 décembre, 10 janvier et 8 février (durée : 4h avec 2 entractes pour se désal­térer au bar de l’Est du Moyen-​​Orient)

Pro­duction Comédie de Valence, CDN Drôme-​​Ardèche. Avec la par­ti­ci­pation artis­tique de l’ENSATT.

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Et une fois par mois, au théâtre du Préau de Vire, un épisode ( environ 20/​30 min)

Théâtre du Préau Place Castel 14500 Vire Billetterie : 02 31 66 16 00

http://www.lepreaucdr.fr/saison/por...

- lundi 24 novembre 2008 à 20h Haïfa avec Yves Barbaut

- lundi 15 décembre 2008 à 20h Kiryat Gat avec Juliette Delfau

- lundi 26 janvier 2009 à 20h Jérusalem avec Claire Semet

- lundi 23 février 2009 à 19h Anjuna avec Anthony Poupard (artiste associé au Préau)

- lundi 9 mars 2009 à 20h Netanya avec Vincent Garanger

- lundi 27 avril 2009 à 20h Gaza avec Ali Esmili

- lundi 11 mai 2009 à 20h Jaffa avec Olivier Werner

- ven­dredi 29 mai 2009 à 19h Paris, Kiryat Gat, Jaffa, Gaza, Jeru­salem, Haïfa, Netanya, Anjuna et Valence avec Pauline Moulène

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ENTRETIEN AVEC PAULINE SALES Relevé sur le site http://​www​.troi​sie​me​bureau​.com/ consacré à l’écriture théatrale

“Le pro­blème n’est pas que vous ne savez rien, c’est que vous êtes au courant de tout et que ça ne change rien.”

TB : Pauline Sales, pouvez-​​vous, pour com­mencer, nous dire quelques mots sur ce voyage organisé par Ecri­tures Vaga­bondes et ce qu’il devait repré­senter en terme d’écriture ?

PS : Nous n’étions pas tenu d’écrire une fiction ou une pièce de théâtre, mais de remettre un journal de notre voyage. J’aimais bien cette contrainte, cela m’obligeait à retenir cer­taines sen­sa­tions du voyage, sen­sa­tions qui mine de rien s’évanouissent très vite.

TB : Votre pré­cédent et très beau texte Les Arran­ge­ments (à paraître aux Soli­taires Intem­pestifs) évoque la mémoire juive et l’héritage contro­versé de la Shoah. Le texte que vous allez lire ce soir est le premier mono­logue d’une série de neuf joués à la Comédie de Valence puis au Fes­tival Temps de Parole. Le projet de ce mono­logue s’inscrit donc dans une véri­table conti­nuité autour de la question israélo-​​palestienne, qui dépasse le cadre de la com­mande faite par Ecri­tures Vaga­bondes. Comment ce voyage a-​​t-​​il pu ques­tionner votre écriture, la nourrir voire la mettre en crise ?

PS : Nous avons ren­contré majo­ri­tai­rement des Pales­ti­niens. On se rend alors peut-​​être compte que l’Histoire de la Shoah, même si elle a touché le monde entier, reste pour les Pales­ti­niens une his­toire qui concerne d’abord les Euro­péens. C’est assez étonnant de voir à quel point le peuple israélien en s’appuyant sur cette mémoire de la Shoah est capable, tout en se sentant pro­fon­dément victime et constamment victime, de faire vivre aux Pales­ti­niens une telle vio­lence dans leur vie de tous les jours. Même si c’est incom­pa­rable avec ce que les juifs ont vécu, ils uti­lisent parfois les mêmes armes qui sont des armes de ségrégation.

TB : A ce dépla­cement dans les ter­ri­toires, vous répondez par un théâtre du posi­tion­nement ou du moins qui le ques­tionne vio­lemment. Ce n’est plus un per­sonnage qui va en Israël-​​Palestine mais une jeune Pales­tienne, Faten, qui est accueillie en France par une femme dont la position sociale semble acquise. C’est par les yeux de Faten que nous voyons la situation en France. Pourquoi ce mou­vement inverse ? Déjouer l’attente d’un récit jour­na­lis­tique, folklorique ?

PS : La question pri­mor­diale que je me suis posée pour les neufs mono­logues et prin­ci­pa­lement pour le premier, qu’il fallait abso­lument résoudre, c’est D’où je parle. Je l’ai résolue avec Faten qui nous regarde et me regarde. J’avais l’impression que la chose la plus dif­ficile quand nous étions là-​​bas, c’était notre exo­tisme pour les Pales­ti­niens. On repré­sente pour eux des gens extrè­mement nantis. Notre pré­sence est tou­jours inter­rogée et c’est légitime, et d’autant plus notre pré­sence en tant qu’auteur. C’est cela que j’ai voulu tra­vailler, ques­tionner notre position par rapport à eux.

TB : Il y a en per­ma­nence dans ce texte la recherche de l’endroit juste, de la juste dis­tance, du mot juste…

PS : Comment faire pour parler d’un endroit qui est for­cément lointain tout en essayant d’être juste ? Tra­vailler sur deux femmes toutes deux prêtes au rapport à l’autre. La ten­tative est sincère des deux côtés et c’est essentiel, autrement le texte aurait peu d’interêt. Il tom­berait dans un sté­réotype qu’on peut tous régler assez vite, deux per­sonnes qui n’ont pas les mêmes condi­tions de vie ne peuvent pas se com­prendre. Je m’intéresse ici à la ten­tative et à la sin­cérité des deux femmes. Et comme elles essaient d’être justes même si elles ne le sont pas for­cément, elles ne cessent de refor­muler ce qu’elles formulent.

TB : « Vous avez envie d’entendre le pire, le gôut du sang, comme dans les films d’horreur. Freiner la ten­tation de l’exagération. » dit Faten. Cette phrase renvoie à l’une des inter­ro­ga­tions cen­trales du Fes­tival, à savoir la posture can­nibale du spec­tateur occi­dental face aux conflits et aux guerres, avide d’horreurs.

PS : Faten dans le texte est encou­ragée par les Occi­dentaux à raconter l’horreur. Même nous, quand on ren­trait de Palestine, on était convoqué avant tout à dire l’horrible. On a envie d’avoir des nou­velles des autres pays en guerre sous forme d’anecdotes, d’histoires, de faits divers, comme s’il n’y avait que le faits divers pour répondre à l’horreur, une sorte de peo­pli­sation de l’horreur. Et en même temps on culpa­blise de ne plus être un pays qui vit de grandes frac­tures alors que rien n’est plus faux.

TB : Faten dit à la femme à la fin du texte « Tu n’es relié à rien ». Comme si cette femme fran­çaise qui ne connait pas de pro­blème maté­riels, n’habitait nul part, flot­tante et décon­nectée du monde.

PS : C’est la question de la solitude, la question de l’individualisme sans que ce ne soit for­cément négatif. A partir du moment où la question qui est posée à l’individu est de se réa­liser indi­vi­duel­lement, j’ai l’impression qu’il perd de plus en plus de lien, de devoir même, envers un peuple, une famille, un espace local, il ne doit plus que des choses à lui-​​même. Le monde devient pour lui quelque chose qu’il utilise à ses propres fins. Un ins­trument pour sa propre réa­li­sation. Faten, elle, seule se sent inexis­tante. Une vraie chose que j’ai pu ren­contrer lors de ce voyage et que l’on peut ren­contrer dans d’autres pays du monde, c’est cette volonté de faire partie d’une lignée, d’un peuple, volonté que j’ai l’impression que l’on perd de plus en plus en France. En Palestine, c’est très rare de voir des SDF, des vieux aban­donnés, le tissu social est beaucoup plus fort, et c’est ce que dit Faten à cette femme en affirmant qu’elle n’est reliée à rien.

TB : A la suite des repré­sen­ta­tions des mono­logues à la Comédie de Valence, n’ y étiez-​​vous pas sommée de parler d’Israël Palestine plus que de pro­blé­ma­tiques d’écriture et de théâtre ?

PS : Je me suis docu­mentée comme n’importe qui peut le faire. Autour de ces inter­ro­ga­tions là, dix milles per­sonnes peuvent répondre beaucoup mieux que moi. On a vécu un voyage de quinze jours et on ne peut abso­lument pas pré­tendre connaître ce pays en quinze jours. Ce qui a peut-​​être pu manquer, c’est de rentrer davantage dans des ques­tions humaines, des ques­tions de place, à quelle place NOUS sommes à écouter ça, à quelle place NOUS sommes quand on écrit ça. J’ai l’impression que la connais­sance de l’écrivain touche autre chose quand elle se met véri­ta­blement en jeu. On est très peu interrogé sur cette connais­sance là, une connais­sance mys­té­rieuse, orga­nique, liée à l’empathie qu’on essaie de pro­voquer. C’est cela qu’il faut inter­roger. Comment ou non on a visité ces per­son­nages, et de quel endroit ?

TB : Comment les comé­diens se sont-​​ils emparés de vos textes qui exigent une véri­table virtuosité ?

PS : Hélène Viviès a inter­prété le premier mono­logue et c’est parce qu’elle a su véri­ta­blement s’en saisir que j’ai eu la force et le courage de continuer à écrire les sui­vants. Un vrai cadeau de comé­dienne à auteur.

TB : Pour finir, y aurait-​​il un livre que vous auriez envie de faire connaître aux lec­teurs de notre gazette et dont on ferait la présentation ?

PS : Je viens de finir La Route de Cormack Mac Carthy.

La gazette du Toisième Bureau Cet article a été publié le Mardi 20 mai 2008

Troi­sième bureau, col­lectif artis­tique plu­ri­dis­ci­pli­naire réunissant comé­diens, auteurs, met­teurs en scène, pro­fes­sionnels du livre, uni­ver­si­taires, œuvre depuis plu­sieurs années à une dif­fusion “cri­tique” des nou­velles écri­tures théâtrales.

Documents joints

[1] « Écri­tures Vaga­bondes » tisse des liens entre le monde du théâtre et des pays sen­sibles de notre planète. Chaque année, l’association com­mande des par­cours d’écriture lors d’un voyage col­lectif d’auteurs et met en place des ate­liers d’écriture dra­ma­tique des­tinés à la for­mation de jeunes écri­vains étrangers.