Israël : Livni renonce à former un gouvernement

Catherine Monnet, dimanche 26 octobre 2008

Tzipi Livni a décidé d’interrompre les négo­cia­tions pour former un gou­ver­nement et de convoquer des élec­tions anti­cipées. La chef du parti Kadima, avait vu ses chances de former un gou­ver­nement majo­ri­taire réduite à néant après le refus du parti ultra-​​orthodoxe Shass d’y par­ti­ciper. Elle est attendue dimanche après-​​midi chez le pré­sident Shimon Peres.

Tzipi Livni a choisi un retour aux urnes, plutôt que de former un gou­ver­nement mino­ri­taire au prix fort. Une décision prise au len­demain du refus du Shass de par­ti­ciper à la nou­velle coa­lition. Le parti reli­gieux ultra-​​ortodoxe et ses douze députés ont claqué la porte faute d’avoir obtenu l’énorme enve­loppe bud­gé­taire pour les allo­ca­tions fami­liales qu’ils récla­maient et faute aussi d’avoir obtenu des garanties que le sort de Jéru­salem ne soit pas négocié lors des pour­parlers de paix avec les Palestiniens.

Hier, les six députés d’un autre parti ultra-​​orthodoxe, La liste unifiée de la Torah, qui auraient pu per­mettre de former une équipe mino­ri­taire, ont également exclu de par­ti­ciper à une coa­lition sous la direction de Tzipi Livni.

La diri­geante de Kadima, sou­cieuse de ne pas donner l’impression d’être prête à tout pour former une coa­lition a fina­lement choisi de jeter l’éponge, bien avant la fin du délai que la loi lui accordait pour former un nouveau gouvernement.

Quatorze jours pour former un gouvernement

Une attitude qui détonne, dans un pays où les res­pon­sables poli­tiques ont l’habitude des négo­cia­tions serrées jusqu’à la der­nière minute et des accords poli­tiques à l’arraché. La dame de fer a cédé pour garder sa probité et a prévu, d’après ses proches, de pro­poser au pré­sident Shimon Peres de convoquer des élec­tions vers la mi-​​février.

Shimon Peres, qui sera donc offi­ciel­lement informé en fin d’après-midi de la décision de Tzipi Livni, dispose de plu­sieurs jours pour consulter avant d’informer la Knesset du renon­cement de Tzipi Livni. Le Pré­sident peut encore confier à un autre diri­geant poli­tique le soin de tenter de former une équipe gou­ver­ne­mentale dans les qua­torze jours. Une hypo­thèse peu pro­bable, étant donné le rapport des forces au parlement.


voir aussi sur le NouvelObs [1] :

Chronologie de la crise politique en Israël

Voici les grandes dates de 34 mois de crise politique :

2006 :

- 4 janvier : Le vice-​​Premier ministre Ehud Olmert assure l’intérim du pouvoir, après l’hospitalisation du Premier ministre Ariel Sharon, depuis dans le coma. Le 16, il est nommé à la tête de Kadima, le parti fondé en novembre 2005 par M. Sharon.
- 28 mars : Kadima rem­porte les légis­la­tives.
- 4 mai : L’investiture du gou­ver­nement de coa­lition d’Olmert a lieu.

2007 :

- 16 janvier : Une enquête est ouverte sur Ehud Olmert impliqué dans un scandale financier, alors qu’il est soup­çonné dans plu­sieurs autres affaires de cor­ruption.
- Début mai : Un rapport sur les ratés de la guerre de 2006 au Liban est publié.
- 13 juin : Shimon Peres est élu pré­sident d’Israël. Il succède à Moshé Katzav, accusé de har­cè­lement sexuel.

2008 :

- 30 : Le rapport défi­nitif sur la guerre du Liban conclut à "un grand et grave ratage" pour Israël, tout en ména­geant Ehud Olmert.
- 8 mai : Le Premier ministre est soup­çonné de cor­ruption. Des appels à la démission se font entendre dans son propre camp.
- 25 juin : Ehud Olmert sauve in extremis son gou­ver­nement, et accepte des pri­maires au sein de Kadima.
- 30 juillet : Ehud Olmert annonce qu’il ne se pré­sentera pas aux pri­maires de Kadima et qu’il quittera ses fonc­tions après celles-​​ci.
- 17 sep­tembre : La ministre des Affaires étran­gères Tzipi Livni est élue à la tête de Kadima.
- 21 sep­tembre : Ehud Olmert démis­sionne.
- 22 sep­tembre : Tzipi Livni est chargée par le pré­sident Shimon Peres de former un nouveau gou­ver­nement dans un délai de 42 jours, soit d’ici au 3 novembre.
- 20 octobre : Shimon Peres octroie un délai sup­plé­men­taire de deux semaines à Tzipi Livni pour former un gou­ver­nement de coa­lition.
- 23 octobre : Tzipi Livni fixe un ulti­matum à ses alliés poten­tiels, dont le parti ultra-​​orthodoxe Shass (12 députés sur 120), et se donne trois jours pour former un gou­ver­nement de coa­lition.
- 24 octobre : Shass refuse les condi­tions de Tzipi Livni, consi­dérant ne pas avoir obtenu satis­faction sur ses deux prin­ci­pales reven­di­ca­tions : la garantie que Jérusalem-​​est, annexée par Israël, ne sera pas négociée avec les Pales­ti­niens et l’augmentation des allo­ca­tions fami­liales.
- 26 octobre : "Je ne suis pas prête à céder à des chan­tages poli­tiques et bud­gé­taires. C’est pourquoi nous nous diri­geons vers des élec­tions. Je n’en ai pas peur", déclare Tzipi Livni qui devait informer le pré­sident Peres dans la journée du fait qu’elle ne pouvait pas former de gouvernement.