Israël : Le candidat laïc, de la droite dure, remporte la mairie de Jérusalem

Adrien Jaulmes, mercredi 12 novembre 2008

Barkat est favo­rable à la pour­suite de l’implantation juive à Jérusalem-​​Est, annexée par Israël et tra­di­tion­nel­lement arabe, et rejete toute éven­tuelle concession aux Pales­ti­niens dans le cadre d’un futur plan de paix.

Son can­didat, un homme d’affaires fortuné, a obtenu 52% des voix, devançant de 9 points son rival ultra-​​orthodoxe. Aucun des grands partis tra­di­tionnels israé­liens n’avait pré­senté de can­didat aux muni­ci­pales dans la ville sainte.

Le can­didat laïc Nir Barkat, un homme d’affaires fortuné de droite, a rem­porté mardi les élec­tions muni­ci­pales à Jéru­salem, avec 52% des voix, selon les résultats offi­ciels défi­nitifs. Son rival ultra-​​orthodoxe le rabbin Meir Porush a obtenu 43% des suf­frages, tandis que le mil­liar­daire d’origine russe Arcady Gay­damak arrivait en troi­sième position avec 3,6% des voix au terme d’un scrutin qui n’a mobilisé que 42% des élec­teurs de la ville sainte.

« Cette vic­toire est celle de ceux qui aiment notre incroyable ville, capitale éter­nelle du peuple juif », a adé­claré Nir Barkat.

« Ce soir, Jéru­salem a gagné », s’est félicité Nir Barkat. A l’instar de ses adver­saires, le laïc a défendu une ligne dure, se mon­trant favo­rable à la pour­suite de l’implantation juive à Jérusalem-​​Est, annexée par Israël et tra­di­tion­nel­lement arabe, et rejetant toute éven­tuelle concession aux Pales­ti­niens dans le cadre d’un futur plan de paix.

La mairie de Jéru­salem a été dis­putée jusqu’à la der­nière minute. Le can­didat laïc, l’homme d’affaires Nir Barkat, était donné vain­queur hier soir selon les son­dages de sortie des urnes avec 50 % des voix, contre 42 % pour le rabbin orthodoxe Meir Porush, son prin­cipal rival.

Mais l’écart n’a cessé de se res­serrer au cours de la soirée. Le maire sortant, le reli­gieux orthodoxe Uri Lupo­lianski, ne se repré­sentait pas, et aucun des trois grands partis israé­liens n’avait pré­senté de can­didat à Jéru­salem pour les muni­ci­pales qui se tenaient hier en Israël.

Ni Kadima, le parti du centre, ni les Tra­vaillistes à gauche, ni le Likoud à droite n’ont fait cam­pagne dans cette ville, qui repré­sente pourtant 10 % de la popu­lation israélienne.

La plus divisée, la plus sen­sible, et la plus sym­bo­lique de toutes les muni­ci­pa­lités du pays reste un terrain dif­ficile. La religion pèse à Jéru­salem bien plus lourd que les pro­grammes de gestion muni­cipale, et les cli­vages y sont plus tranchés qu’ailleurs.

Une partie des Hié­ro­so­lo­my­tains ne votent pas : les 250 000 Arabes de Jérusalem-​​Est, occupée depuis la guerre des Six Jours en 1967, boy­cottent dans leur grande majorité le scrutin. Les Arabes de la ville peuvent par­ti­ciper aux élec­tions muni­ci­pales, mais refusent de le faire pour ne pas enté­riner l’annexion de Jéru­salem, dont Israël a fait sa capitale en 1980, sans que ce statut soit reconnu inter­na­tio­na­lement. Les hési­tants hésitent d’autant plus que l’Autorité pales­ti­nienne et le Hamas ont offi­ciel­lement appelé au boycott.

Du côté israélien, la cam­pagne s’est jouée à droite, les prin­cipaux can­didats s’opposant à toute division de la ville. Mais les élec­teurs restent très divisés, entre reli­gieux ortho­doxes et laïcs.

Les « hommes en noir », juifs tra­di­tion­na­listes de diverses obé­diences, repré­sentent à Jéru­salem une force d’autant plus impor­tante qu’ils sont capables de se mobi­liser plus qu’aucun autre élec­torat. Membre de la Knesset, élu sur la liste de l’Union pour la Torah, un parti reli­gieux orthodoxe, Meir Porush a cherché a atténuer son côté austère en se faisant pré­senter sur ses affiches par le dessin d’un per­sonnage sou­riant et barbu.

Trop chère, trop religieuse

Son prin­cipal adver­saire, laïc, n’était pas pour autant un modéré. Nir Barkat, ancien para­chu­tiste ayant fait fortune dans l’informatique, tech­no­crate plus efficace que cha­ris­ma­tique, s’oppose lui aussi à remettre en question le principe d’indivisibilité de Jérusalem.

Ses par­tisans ont fait cam­pagne pour « sauver la ville », alors que beaucoup de jeunes et d’entreprises quittent Jéru­salem, trop chère, trop reli­gieuse, et aux infra­struc­tures insuffisantes.

« Nous ne sommes pas contre les ortho­doxes, explique Ben­jamin Lachkar, l’un des conseillers de Barkat, mais on ne veut pas qu’ils imposent leur men­talité de ghetto, pré­oc­cupée de leurs seuls intérêts. Nous voulons aussi établir des ser­vices muni­cipaux dans la partie est de la ville, qui est com­plè­tement délaissée. »

Le seul can­didat à avoir vraiment fait cam­pagne dans les deux parties de Jéru­salem était l’outsider du scrutin, Arkady Gay­damak. L’homme d’affaires d’origine russe, pro­prié­taire du Betar, le club de football de la ville, prévenu dans l’affaire de l’« Angolagate » actuel­lement jugée en France, s’est plus que ses adver­saires adressé aux arabes des quar­tiers ouest de la ville, tout en cour­tisant les diverses caté­gories d’électeurs israé­liens. Mais il n’avait pas réussi ces der­niers jours à rat­traper dans les son­dages ses deux prin­cipaux opposants.

Aucun des can­didats n’a en revanche vraiment séduit les élec­teurs de la gauche libérale. Meron Bene­visti, ancien maire adjoint, his­torien et édito­ria­liste, n’envisageait même pas d’aller voter : « Jéru­salem a été une ville dis­persée depuis 1967, une série de quar­tiers reliés par des routes en mauvais état. Ce sont des pro­blèmes exis­ten­tiels et nationaux, et le maire de Jéru­salem ne dispose d’aucun des outils pour régler cette triste situation », a-​​t-​​il constaté.