Maude Girard, mercredi 1er avril 2009
Résolument à droite, le prochain gouvernement israélien a su convaincre le Parti travailliste d’intégrer la coalition. Un faux semblant qui ne présage rien de bon.
Depuis les dernières législatives et l’annonce qui chargeait Benyamin Netanyahu de former un gouvernement de coalition, de l’eau a coulé sous les ponts.
La droite extrémiste s’est rapidement ralliée au Likoud. Par droite extrémiste, on entend le parti d’Avigdor Lieberman Israel Beiteinou, ou encore le parti ultra-orthodoxe Shass. L’opposition, quant à elle, maintenait ses positions, le Parti travailliste et Kadima restaient hostiles quant aux propositions de Bibi, l’empêchant ainsi de parvenir à son objectif de coalition. Mais voilà. Le 24 mars, suite à des négociations sous-marines, le chef du Parti travailliste a changé la donne. En effet, Ehud Barak est parvenu à obtenir l’adhésion du comité central de sa formation pour rejoindre la coalition gouvernementale dirigée par Bibi (B. Netanyahou NdR).
Par 680 voix contre 507, les délégués approuvent l’accord concocté en moins de 24 heures par une équipe de négociateurs des deux partis. C’est la surprise générale et l’incompréhension aussi. Netanyahu n’avait pas besoin du soutien des Travaillistes pour avoir la majorité à la Knesset. Mais ce soutien est crucial pour qu’il puisse s’affranchir quelque peu de son alliance avec le parti d’extrême droite d’Avigdor Lieberman (Beiteinou), qui sera le ministre des Affaires étrangères. Cela permet à Netanyahu d’amorcer un virage nécessaire s’il veut avoir des relations constructives avec l’Administration de Barack Obama.
Dans le rôle d’Ehud Barak, on attendait Livni. Mais la dirigeante du parti centriste Kadima n’a pas voulu, elle, transiger avec ses principes ou servir de faire valoir à Netanyahu. Ehud Barak n’a pas ses scrupules. Le Travailliste a justifié son intention de rallier la droite en arguant de « l’intérêt supérieur de l’Etat », confronté à de graves problèmes économiques et de sécurité.
La présence des Travaillistes aux côtés du parti Israel Beiteinou d’Avigdor Lieberman et du Shass d’Eli Yichaï — deux formations qui excluent notamment, tout comme le Likoud, la moindre idée de concessions sur Jérusalem — permet de sauver les apparences. Le gouvernement faussement hybride est l’unique façon de montrer patte blanche auprès de la communauté internationale tout en conservant une unité de droite. Benyamin Netanyahu a composé une équipe qui peut s’accommoder du statu quo, mais qui éclatera à la minute où les dossiers principaux du conflit israélo-palestinien seront rouverts avec la volonté de trouver des solutions équitables et pérennes à la question des frontières, des réfugiés, des colonies et, bien entendu, de Jérusalem. Le chef du Shass, le nouveau parti de la coalition, a d’ores et déjà écarté toute « concession sur Jérusalem », dont Israël a annexé la partie arabe après sa conquête en 1967, et où les Palestiniens aspirent à établir la capitale de leur futur Etat.
Certains espéraient que Netanyahu modérerait son point de vue une fois nommé premier ministre. On est loin du compte.
En Egypte, Avigdor Lieberman, ministre des Affaires étrangères pressenti, risque fort de se heurter à un mur. Hosni Moubarak est peut-être doux avec les Américains, mais c’est Lieberman qui, en disant que le président égyptien devrait visiter Israël ou « aller en enfer », a profondément offensé le président égyptien.
En outre, nombreux ont été choqués en lisant les déclarations outrancières de Lieberman qui parlaient de noyer les Palestiniens dans la mer Morte ou d’exécuter les Palestiniens israéliens qui discuteraient avec le Hamas. Pour ne rien arranger, à l’occasion de l’anniversaire des trente ans de paix israélo-égyptienne, si certains médias sont restés consensuels, l’hebdomadaire égyptien Al-Ahram avait publié un éditorial dont le titre annonce la couleur : « Lettre de l’Egypte à Israël : Rien à célébrer ! ». Se référant à Benyamin Netanyahu et Avigdor Lieberman, l’éditorialiste parle de « l’aveuglement » des Israéliens et les accuse d’avoir choisi la « voie extrémiste » ainsi que de « tuer tout espoir ou pari sur la paix ». Le premier ministre sortant, Ehud Olmert (Kadima), a mis en garde son successeur en rappelant que la négociation avec les Palestiniens partait du principe de la création future d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël, avertissant que tout gouvernement israélien qui y renoncerait « perdrait son soutien international ». Désormais, selon la loi, Benyamin Netanyahu doit former son gouvernement d’ici le 3 avril, pour obtenir l’aval du Parlement [1].
[1] présenté à la Knesset le 31 mars, le gouvernement de Netanyahou a obtenu 69 voix sur 120. Voir AFP relayé par Yahoo :
Israël : le gouvernement Netanyahu obtient l’investiture du Parlement
Le gouvernement israélien dirigé par le chef de la droite Benjamin Netanyahu a obtenu mardi l’investiture du Parlement à une large majorité des voix.
Soixante-neuf députés de la Knesset sur 120 ont voté pour ce cabinet issu des législatives du 10 février et 45 ont voté contre, le reste ne participant pas au vote.
Après le vote, les ministres, M. Netanyahu en premier, ont procédé à la prestation de serment.
Ce gouvernement de coalition, qui compte trente ministres dont M. Netanyahu, le chef du parti Likoud, est le plus pléthorique dans l’histoire d’Israël. Il s’appuie sur une assise parlementaire d’au moins 69 députés.
Fortement dominé par les partis de droite et l’extrême droite, ce cabinet suscite l’inquiétude pour la poursuite du processus de paix avec les Palestiniens, M. Netanyahu étant opposé à un Etat palestinien indépendant en Cisjordanie et à Gaza, dont la création est soutenue par les Etats-Unis et l’Europe.
Le cabinet comprend notamment, au poste clé des Affaires étrangères, l’utlranationaliste Avigdor Lieberman, chef du parti Israël Beiteinou, qui s’est illustré par des déclarations anti-arabes et des critiques acerbes contre le président égyptien Hosni Moubarak.
Dans son discours d’investiture, M. Netanyahu, qui fut déjà Premier ministre entre 1996 et 1999, s’est dit prêt à négocier la paix avec les Palestiniens, mais s’est abstenu de toute référence à un Etat palestinien indépendant qui ne figure pas dans le programme de son cabinet.
"Je le dis aux dirigeants de l’Autorité palestinienne : si vous voulez vraiment la paix, il est possible d’arriver à la paix. Le gouvernement sous ma direction agira pour arriver à la paix sur trois volets : économique, sécuritaire et politique", a dit M. Netanyahu.
Dans le cadre d’un "accord définitif", a-t-il poursuivi, les Palestiniens "disposeront de tous les droits pour se gouverner eux-mêmes, sauf ceux susceptibles de constituer un danger pour la sécurité et l’existence de l’Etat d’Israël".
"Ces déclarations constituent un début qui n’est pas encourageant de la part de ce gouvernement", a déclaré à l’AFP Nabil Abou Roudeina, porte-parole du président palestinien Mahmoud Abbas.
"L’administration américaine doit faire pression sur le gouvernement de Netanyahu pour qu’il s’en tienne aux fondements du processus de paix, à savoir la paix contre la terre. Cela signifie la restitution de tous les territoires palestiniens occupés en 1967 y compris Jérusalem-est", a-t-il ajouté.
M. Netanyahu s’en est aussi pris avec véhémence à l’Iran, mettant en garde contre la possibilité pour ce "régime radical" de se doter de l’arme atomique.
"Le peuple juif a tiré les leçons (de la Shoah), il ne peut pas baisser la tête devant des dictateurs qui menacent de le détruire. Contrairement à ce qui s’est passé au siècle dernier, nous avons aujourd’hui les moyens de nous défendre. Nous savons comment nous défendre", a-t-il ajouté.
La chef du parti Kadima (centre-droit), devenue la dirigeante de l’opposition, Tzipi Livni, a dénoncé dans son allocution à la Knesset ce "gouvernement de baudruches avec des ministres et des vice-ministres chargés de rien du tout, mais qui se sont vu octroyer des titres ridicules". http://fr.news.yahoo.com/2/20090331/twl-israel-le-gouvernement-netanyahu-obt-0a24677.html