Israël-​​Iran : le scénario nucléaire

Bernard Ravenel, Pour la Palestine n°48, mercredi 15 février 2006

Nucléaire au Proche-​​Orient /

Le pré­sident iranien, Mahmoud Ahma­di­nejad, a de toute évidence choisi l’escalade verbale à l’encontre de l’Etat d’Israël, menaçant de le détruire. Récemment, il avait fait scandale en niant le génocide des juifs d’Europe. Cette escalade inter­vient alors que les chan­cel­leries occi­den­tales sont pola­risées depuis des mois sur le nucléaire iranien et s’obstinent à occulter l’existence de l’arsenal nucléaire israélien. Une pre­mière question s’impose : quelle est la nature réelle du danger iranien ?

Une autre question, elle, semble ne pas sus­citer de débat, au moins public. C’est celle que pose le Sunday Times, début décembre 2005 : « Israël se prépare-​​t-​​il à bom­barder l’Iran ? » Citant « des sources mili­taires », l’hebdomadaire bri­tan­nique affirme qu’Ariel Sharon a ordonné à ses forces armées de se tenir prêtes à cette éven­tualité dès la fin mars 2006. La date ne doit rien au hasard : le directeur de l’AIEA, Mohammed El Baradeï doit pré­senter son pro­chain rapport sur l’Iran. La crise pourrait, alors, se pré­ci­piter. En outre, selon le Sunday Times, la fin mars serait le « point de non-​​retour » car l’Iran aura la capacité tech­nique d’enrichir suf­fi­samment l’uranium pour fabriquer des bombes. De son côté, la presse israé­lienne conteste la réalité d’une telle attaque, surtout sans un soutien amé­ricain. Pour le moment, le pro­gramme nucléaire iranien reste tou­jours affaire de diplo­matie inter­na­tionale. Jusqu’à quand ?

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© Hamed Najeeb
La poli­tique amé­ri­caine du « deux poids deux mesures » vis-​​à-​​vis de l’arsenal nucléaire israélien et des pro­grammes nucléaires au Proche-​​Orient.

Chaque jour ou presque durant l’année 2005 la chro­nique nous a lon­guement entre­tenus du pro­gramme nucléaire iranien et des pro­blèmes qu’il pose à la com­mu­nauté inter­na­tionale, ici réduite aux Etats-​​Unis et à l’Union euro­péenne, repré­sentée par l’Allemagne, la France et le Royaume Uni. Le souhait -répété - de Mahmoud Ahma­di­nijad qu’Israël soit rayé de la carte du monde, même s’il fait partie de la pro­pa­gande habi­tuelle du régime iranien, a pro­voqué une forte et légitime indi­gnation. Et l’on com­prend qu’il ait suscité de réelles inquié­tudes au sein de la société israé­lienne où le sen­timent de menace exis­ten­tielle reste exacerbé.

A la lumière de ces déve­lop­pe­ments inter­na­tionaux, une réflexion s’impose. La vio­lence verbale ira­nienne correspond-​​ elle à la réalité de la situation sur le terrain ? D’une part, Israël est un pays reconnu par une grande partie du monde et béné­ficie de sou­tiens inter­na­tionaux consi­dé­rables. D’autre part, il jouit d’une excep­tion­nelle puis­sance mili­taire qui le rend capable de frapper de manière décisive des ennemis poten­tiels plus forts en paroles qu’en réels moyens mili­taires… Israël existe et per­sonne ne peut mettre en doute ou menacer son exis­tence. Et ce alors qu’en revanche, Tel-​​Aviv s’obstine à ne pas recon­naître une fois pour toutes le droit des Pales­ti­niens à dis­poser eux aussi de leur droit à exister comme pays, comme Etat sou­verain sur la carte du monde. Qu’Ahmad Ahma­di­nejad, comme l’ont fait cer­tains régimes arabes, appuie ses dis­cours sur la situation pales­ti­nienne pour pré­tendre les jus­tifier n’y change rien : quels que soient ses propos déli­rants, rien ne laisse pré­sager une menace sérieuse sur l’existence d’Israël.

Traité de non prolifération : entre blocages et mystifications

Mais, une fois de plus, le non-​​dit est plus important que ce qui est formulé, mas­quant une fois de plus une réalité nucléaire bien plus pré­oc­cu­pante. Aujourd’hui, en l’état, Téhéran ne dispose pas de vraies capa­cités nucléaires. Ce qui, est revanche, n’est pas le cas d’Israël. L’actualité nucléaire de cette année doit être rap­pelée pour com­prendre ce qui se prépare réel­lement : l’hypothèse d’un scé­nario de guerre nucléaire au Moye­no­rient à partir d’une pro­li­fé­ration dont Israël est fon­da­men­ta­lement res­pon­sable [1]. En mai dernier, l’échec de la sep­tième Confé­rence de révision du Traité de non­pro­li­fé­ration (T.N.P.) a créé une situation de blocage pleine de dangers sans pré­cédent. En effet, les Etats-​​Unis en décidant de réa­liser des armes nucléaires com­plè­tement nou­velles - mini-​​bombes des­tinées à être employées sur le champ de bataille - veulent abolir la dis­tinction entre guerre conven­tion­nelle et guerre nucléaire. Ce faisant, ils ren­dront inopérant le régime actuel de non-​​prolifération car le traité actuel n’a pas prévu ces nou­veaux types d’armes. Face à ces risques, l’Iran et la Corée du Nord n’en sont qu’à leurs pre­mières armes … Très loin der­rière le Pakistan nucléaire (non adhérent au TNP mais pro-​​américain), ou encore l’Inde (également non adhé­rente au TNP) avec laquelle Washington vient de signer des accords de coopé­ration nucléaire « civile ». Mais n’est-ce pas ce même « civil » qui a permis aux deux pays de se doter la bombe ? Sans oublier la capacité et les ambi­tions nucléaires de l’Allemagne et du Japon. C’est dans ce contexte qu’a été com­mémoré début août le soixan­tième anni­ver­saire d’Hiroshima qui, au lieu d’inciter à une réflexion appro­fondie sur l’actuelle et folle course aux arme­ments nucléaires, a été lit­té­ra­lement pollué par les pré­sumées menaces de l’Iran ou de la Corée du Nord. Ces menaces nucléaires appa­raisssent en fait comme des pro­blèmes poli­tiques qui pour­raient être résolues paci­fi­quement si Washington et Israël le vou­laient vraiment. Parler aujourd’hui de « menace ira­nienne » sans évoquer la situation géos­tra­té­gique au Moyen-​​Orient sur le plan nucléaire est une véri­table mys­ti­fi­cation, où le potentiel et le virtuel iranien se sub­sti­tuent au réel israélien.

L’Iran et le nucléaire : du programme américain à la menace virtuelle

Les Etats-​​Unis sont, his­to­ri­quement, la pre­mière puis­sance à avoir organisé un super­marché de la pro­li­fé­ration. Dès 1953, ils lancent leur pro­gramme « l’Atome pour la paix » afin de pouvoir exporter leurs pro­grammes nucléaires vers leurs alliés. C’est ainsi que Washington, dès le début des années 1970, promet au Shah d’Iran un pro­gramme nucléaire pha­rao­nique, suivi par Paris et Berlin. Après le ren­ver­sement du Shah et l’installation du pouvoir isla­mique s’ouvre une décennie très agitée où la question nucléaire joue un grand rôle. L’Iran, qui avait adhéré au TNP depuis 1970, accepte les contrôles de l’Agence inter­na­tionale de l’énergie ato­mique. Celle-​​ci n’a jamais cessé de sou­tenir, jusqu’à ce jour, que Téhéran ne met pas en oeuvre un pro­gramme mili­taire. Certes la tech­no­logie d’enrichissement de l’uranium est à double usage - civil et mili­taire - mais per­sonne ne s’est scan­dalisé lorsque d’autres pays, comme le Brésil ou la Corée du Sud, ont récemment réalisé des expé­riences dans ce domaine. L’AIEA, sous pression amé­ri­caine mais aussi euro­péenne, vou­drait à présent que l’Iran sus­pende son activité d’enrichissement de l’uranium. Mais, en échange, l’Iran réclame des garanties pour sa sécurité et un statut plei­nement reconnu de puis­sance régionale dis­posant d’une auto­nomie stra­té­gique. En attendant, le fait est que Téhéran n’a pas violé le TNP. Beaucoup, à Washington comme en Europe, sus­pectent que les inten­tions de son pro­gramme nucléaire sont moins paci­fiques qu’il ne l’affirme, sans cependant le prouver. Sur la base des faits, il est impos­sible de condamner l’Iran ou de demander au Conseil de sécurité de décréter des sanc­tions comme le vou­drait Washington. En exi­geant, aujourd’hui, la sus­pension com­plète des acti­vités d’enrichissement de l’uranium, l’Europe va bien au-​​delà des obli­ga­tions du TNP qui, de fait, l’autorise. Il n’existe pas de base juri­dique pour saisir le Conseil de sécurité.

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© Khalil Abu Arafeh, Alquds.
Le comité du prix Nobel à El-​​Baradeï : « concentrez-​​vous sur l’Iran et fermez les yeux sur Israël ».

Dans ces condi­tions, le refus iranien était inévi­table. Téhéran invoque, à juste titre, la confis­cation de tout le pro­cessus tech­nique d’enrichissement par « l’Occident » et une poli­tique de « deux poids deux mesures » selon laquelle ce qui est légal et consenti aux autres (selon les règles mêmes du TNP) serait refusé à l’Iran. La réfé­rence évidente est Israël, super­pui­sance nucléaire et non signa­taire du TNP - sans que per­sonne ne s’en émeuve . Mais elle renvoit aussi à tous ces pays qui, en dehors du TNP, ont déve­loppé le nucléaire jusqu’à la construction de la bombe (Inde et Pakistan) - souvent avec l’appui des Etats-​​Unis et parfois de la France … Le porte-​​parole du par­lement iranien, Ali Haddad Adel, peut ainsi être fondé à demander pourquoi les puis­sances occi­den­tales pré­oc­cupées par l’accès à la tech­no­logie nucléaire des autres pays ne mani­festent aucune sen­si­bilité pour l’arsenal ato­mique israélien. Pour sa part, l’Europe, qui a pris l’initiative poli­tique, est accusée par Téhéran de n’avoir pas tenu ses enga­ge­ments (sur la four­niture de tech­no­logie nucléaire civile, l’entrée dans l’OMC, la levée des sanc­tions américaines).

L’option nucléaire mili­taire est évidemment pré­sente en Iran. Avec la tech­no­logie qu’il possède, il pourrait s’il le décidait envi­sager de dis­poser de la bombe d’ici 4 à 5 ans [2]. La menace ira­nienne se situe donc poten­tiel­lement à cet horizon. Si Téhéran est amené à quitter le TNP, il est possibe effec­ti­vement qu’il se dote d’ici 2009-​​ 2010 de l’arme nucléaire. Selon Ghassan Salamé [3], « les oppo­sants au régime en place sont favo­rables à la pour­suite du pro­gramme nucléaire », dans la mesure où l’Iran est envi­ronné de puis­sances nucléaires (Russie, Pakistan, Inde et Israël).

Israël et le nucléaire : une menace réelle

En fait, la pre­mière menace nucléaire au Moyen-​​Orient est celle, réel­lement exis­tante, d’Israël [4] qui incite les pays de la région à se doter à leur tour d’armes de des­truction de masse (A.D.M.) pour « dis­suader » Israël. Cet Etat non seulement n’adhère pas au TNP, mais encourage ainsi la pro­li­fé­ration des armes nucléaires. Pour mettre un terme à cette menace, la Confé­rence du TNP en 1995 avait, sous pression égyp­tienne, adopté une réso­lution sou­tenue par les Etats-​​Unis, la Grande-​​Bretagne et la Russie appelant à « l’établissement au Moyen-​​Orient d’une zone libre d’armes de des­truction massive ainsi que de leurs vec­teurs et, effec­ti­vement véri­fiable ». En l’an 2000, à la Confé­rence sui­vante du TNP, le soutien à ce projet a été réaf­firmé, ce qui sup­posait l’obligation d’Israël d’entrer dans le TNP et de placer ses acti­vités nucléaires sous le contrôle de l’AIEA. Or non seulement les Etats-​​Unis n’ont rien fait pour rendre effectif ce projet de dénu­cléa­ri­sation régionale, mais ils ont élaboré une nou­velle doc­trine dite de contre-​​prolifération pré­voyant l’usage pré­ventif de la force - y compris nucléaire - contre tout pays « hostile » qui essaierait d’acquérir des ADM.

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© Amjad Rasmi
Israël utilise les décla­ra­tions de Ahma­di­nejad comme paravent pour abriter son propre arsenal nucléaire.

Malgré son rôle tou­jours plus dan­gereux et désta­bi­lisant l’arsenal nucléaire israélien - le seul au Moyen-​​Orient - continue à être ignoré par les gou­ver­ne­ments des grandes démo­craties occi­den­tales. C’est ainsi que sont ignorées les réso­lu­tions répétées par les­quelles l’Assemblée Générale des Nations unies renou­velle « sa condam­nation du refus d’Israël de renoncer à la pos­session d’armes nucléaires » et demande au Conseil de sécurité de « mettre les ins­tal­la­tions nucléaires israé­liennes sous la juri­diction de l’AIEA ». [5] La situation est rendue encore plus dan­ge­reuse par le fait que le gou­ver­nement israélien entend conserver le monopole des armes nucléaires en empê­chant les autres pays de la région de déve­lopper des pro­grammes nucléaires, même civils…

L’ombre israélienne sur l’Iran

Pour Israël le pro­blème iranien est simple : il s’agit d’une réédition, en plus com­plexe, du cas irakien qui avait amené l’aviation israé­lienne a détruire le réacteur Osirak près de Bagdad en 1981. Aujourd’hui, pour Israël, il est tout aussi inac­cep­table que l’Iran puisse détenir l’arme nucléaire puisqu’il prône la des­truction de l’Etat d’Israël. Donc Tel-​​Aviv doit se pré­parer pour une option mili­taire. Or aujourd’hui l’alliance de la droite israé­lienne et de la droite amé­ri­caine, toutes deux au pouvoir, permet de prévoir la mise en oeuvre d’une stra­tégie de force. Comme en atteste notamment la ren­contre entre Ariel Sharon et W.Bush aux Etats-​​Unis, en avril 2004, au cours de laquelle les dis­cus­sions - en par­ti­culier avec Dick Cheney - ont lon­guement porté sur le pro­gramme nucléaire iranien. Pour Israël, ce pro­gramme est devenu une obsession. Ariel Sharon a tout fait pour convaincre Bush que Téhéran était proche du « point tech­no­lo­gique de non-​​retour ». et qu’il fallait que le Conseil de sécurité vote des sanc­tions. Mais la pos­si­bilité qu’Israël agisse seul en atta­quant les ins­tal­la­tions nucléaires ira­niennes n’a pas été offi­ciel­lement évoquée. En consé­quence, Ariel Sharon a demandé à George W. Bush de faire pression sur les Euro­péens pour qu’ils convoquent le Conseil de sécurité. Si per­sonne ne parle ouver­tement d’attaque, l’hypothèse reste de plus et plus évoquée par des indis­cré­tions -cal­culées - très détaillées. Israël annonce être prêt à bom­barder les sites nucléaires ira­niens au cas où les efforts diplo­ma­tiques ne débou­che­raient pas sur un arrêt du pro­gramme. Et l’on susurre que les Etats-​​Unis n’y feraient pas obs­tacle. Pour le moment, Israël entend donner la priorité à l’alliance nucléaire avec les Etats-​​Unis, tout en accé­lérant le rap­pro­chement avec l’OTAN. Mais en tout état de cause, Tel-​​Aviv se prépare mili­tai­rement (forces, plans, acti­vités clan­des­tines en Iran, réac­tions nucléaires) pour tous les cas de figure. [6]. Et Neta­nyahou recom­mande impli­ci­tement des frappes mili­taires pré­ven­tives contre le potentiel nucléaire iranien. [7]

Etats-​​Unis : Valse hésitation

Les Etats-​​Unis, les pre­miers à ali­menter les ambi­tions nucléaires ira­niennes l’époque du Shah, déclarent aujourd’hui, à l’instar d’Israël, que le pro­gramme iranien est « inac­cep­table ». En fait, ils font face à trois hypo­thèses : l’abandon par l’Iran de son pro­gramme nucléaire (inen­vi­sa­geable) ; une issue diplo­ma­tique en soutien aux Euro­péens mais sup­posant des conces­sions amé­ri­caines ; et enfin une menace et une inter­vention mili­taire . Mais à quel coût poli­tique ? Pour le moment, ils se contentent d’affirmer que « l’option mili­taire est ouverte ». En même temps, la res­pon­sa­bilité du « plan Iran » a été confiée à Donald Rum­sfeld, ministre de la Défense, et le pré­sident amé­ricain aurait autorisé l’infiltration en Iran de com­mandos et d’unités de forces spé­ciales pour recueillir des infor­ma­tions et, en par­ti­culier, pour le repérage des cibles [8] en liaison avec des spé­cia­listes israé­liens. En fait, le Pentagone prépare, entre autres, un scé­nario d’intervention mili­taire visant une dou­zaine d’installations avec des bom­bar­diers furtifs B2.

Une stratégie commune israélo-​​américaine ?

Dans les années 1980, Ronald Reagan avait déclaré Israël « allié stra­té­gique » et un mémo­randum avait été conclu entre les deux pays en 1986. Dans la foulée, une assis­tance tech­nique est fournie pour qu’Israël déve­loppe ses propres mis­siles nucléaires, ses satel­lites et sa tech­no­logie spa­tiale. Avec la guerre du Golfe en 1991, Israël acquiert un système anti­mis­siles de théâtre (Patriot 3) et poursuit le per­fec­tion­nement d’armes lasers. Actuel­lement, en liaison avec la nou­velle droite amé­ri­caine, se profile l’emploi pré­ventif d’armes nucléaires. En sep­tembre 2004, Israël a signé un contrat avec les Etats-​​Unis qui prévoit la livraison de 5000 nou­velles bombes dont 500 seraient capables de pénétrer des bunkers. Ces bombes peuvent aussi bien être uti­lisées contre les Pales­ti­niens que contre les ins­tal­la­tions mili­taires ira­niennes grâce aux chasseurs-​​bombardiers de type F15 et F-​​16. Après l’élection du nouveau pré­sident iranien, Israël a rouvert le dossier iranien et invite le monde « à prendre une position ferme ».

Des deux côtés le scé­nario nucléaire se précise : la même semaine Israël procède à un tir d’essai de son missile anti­missile Hetz (l’Arrow amé­ricain) qui inter­cepte un missile com­pa­rable au missile balis­tique iranien. Shahab-​​3, poten­tiel­lement capable d’importer une tête nucléaire. Et l’Iran confirme l’achat à la Russie de sys­tèmes anti-​​missiles Tor N-​​1, consi­dérés comme très per­for­mants pour inter­cepter des avions ou des héli­co­ptères, des mis­siles de croi­sière en balis­tique, ainsi que des drones, à moyenne ou très basse altitude.

Il est clair qu’un plan d’attaque, appuyé par les Etats-​​Unis, sur les ins­tal­la­tions nucléaires ira­niennes est prêt. L’Iran a averti qu’en ce cas, il effec­tuerait une rétorsion contre l’installation nucléaire israé­lienne de Dimona. Sharon pourrait uti­liser l’arme nucléaire [9].

Comment la France et l’Europe devraient-​​elles agir pour conjurer une telle catas­trophe ? En mon­trant leur volonté d’appliquer de bonne foi la « Décla­ration de Téhéran » du 21 octobre 2003 : celle-​​ci prévoit d’un côté l’engagement iranien à déve­lopper son nucléaire exclu­si­vement civil sous contrôle de l’AIEA, de l’autre l’engagement de l’Europe à coopérer à la consti­tution d’une zone libre d’armes de des­truction de masse au Moyen-​​Orient. Mais pour faire cela, l’Europe devrait offi­ciel­lement prendre acte qu’Israël possède des armes nucléaires et en demander le déman­tè­lement. On n’en est pas là.

Bernard Ravenel

[1] « Israël est res­pon­sable de la pro­li­fé­ration dans la région et du fait que d’autres pays, notamment l’Iran, essaient d’obtenir l’arme nucléaire ». Décla­ration de M. Vanunu dans l’Humanité dans une interview avec F. Germain-​​​​ Robin 22 août 2005. Il faut rap­peler que M. Vanunu, cer­tai­nement en raison de cette cou­ra­geuse décla­ration, vient d’être à nouveau arrêté.

[2] C’est ce que pensent les spé­cia­listes amé­ri­cains et français.

[3] Entretien dans l’Express du 3 novembre 2005.

[4] Cf Pour la Palestine n°43. Israël dispose d’une puis­sance nucléaire de des­truction équi­va­lente à presque 4000 bombes d’Hiroshima.

[5] Réso­lution 44/​​121 du 15 décembre 1989

[6] En cas d’attaque israé­lienne sur un de leurs sites, l’Iran, par la voix de son négo­ciateur Hassan Rohani, a publi­quement annoncé qu’il n’hésiterait pas à riposter en bom­bardant la cen­trale de Dimona (cf. Monde du 26.2.2005.)

[7] Le Monde, Laurent Zec­chini, 7 décembre 2005

[8] Seymour Hersch, New York Times du 17 janvier 2005, cité par Le Monde .

[9] Le Monde, 16 janvier 2005.