Israël . Ehoud Barak entre « dans la poubelle de l’histoire »

Pierre Barbancey, vendredi 27 mars 2009

Les tra­vaillistes intègrent le gou­ver­nement de Neta­nyahou, avec l’extrême droite. Un parti de colons pourrait se joindre à eux.

Ehoud Barak a réussi son pari et va retrouver son ministère de la Défense. Les tra­vaillistes israé­liens ont approuvé mardi, à sa demande, l’entrée du parti dans une coa­lition gou­ver­ne­mentale for­tement ancrée à droite. La motion défendue par Barak a été adoptée par une nette majorité de 59 % des votants du congrès tra­vailliste à l’issue d’une réunion extra­or­di­naire à Tel-​​Aviv.

Une patine plus accep­table Un résultat qui a comblé de joie Ben­jamin Neta­nyahou, le chef du Likoud qui va diriger le pro­chain gou­ver­nement et obtient, grâce à Barak, une patine plus accep­table sur la scène inter­na­tionale. Il avait obtenu jusque-​​là le soutien de l’extrême droite laïque d’Avigdor Lie­berman, Israël Bei­teinou, et du parti ultraor­thodoxe, Shass. Avec l’apport des tra­vaillistes, il dispose main­tenant d’une majorité stable, avec 66 députés sur 120, même si un député opposé à la motion Barak, Ofir Pinès, a menacé de ne pas par­ti­ciper à la coa­lition, lançant au leader tra­vailliste : « Vous avez obtenu un mandat pour nous mener, et non pas pour jeter le parti dans la pou­belle de l’histoire. »

Après le vote cependant, plu­sieurs des élus opposés à l’accord de coa­lition, dont l’ancien ministre de la Défense Amir Peretz (qui avait mené la guerre au Liban en 2006), ont annoncé qu’ils res­pec­te­raient la décision de la majorité. De son côté, le chef de la cen­trale syn­dicale His­ta­drout, Ofer Eini, qui avait plaidé pour l’entrée au gou­ver­nement, a estimé que le vote « per­mettra la mise en oeuvre d’un pro­gramme gou­ver­ne­mental contre le chômage », sem­blant ignorer que lorsque Neta­nyahou était ministre des Finances, sa poli­tique ultra­li­bérale de pri­va­ti­sation a eu l’effet inverse. Ehoud Barak peut bien lancer : « Je n’ai pas peur de Ben­jamin Neta­nyahou, nous ne serons pas son cache-​​sexe. Nous serons un contre­poids qui fera en sorte que le cabinet ne soit pas (exclu­si­vement) de droite », ce qui se dessine est très inquiétant. D’abord, l’accord est très vague sur une relance du pro­cessus de paix israélo-​​palestinien, en principe voulue par les tra­vaillistes. Il ne fait aucune mention d’un règlement basé sur la création d’un État pales­tinien aux côtés d’Israël et se borne à indiquer que le futur gou­ver­nement « res­pectera les accords signés » par ses prédécesseurs.

Barack Obama ne rassure pas

Ce n’est sans doute pas un hasard si Neta­nyahou a entamé hier des négo­cia­tions avec le Foyer juif, un parti d’extrême droite proche des colons, en vue de son ral­liement au gou­ver­nement. Ce ne devrait pas gêner Ehoud Barak, qui, lorsqu’il était premier ministre, avait battu tous les records de construc­tions de colonies dans les ter­ri­toires occupés.

Inquié­tantes aussi, les décla­ra­tions de Barack Obama, qui se contente de dire : « Il est crucial que nous pro­gres­sions vers une solution à deux États, où Israé­liens et Pales­ti­niens puissent vivre en paix côte à côte, dans leurs États, en paix et en sécurité », sans parler des fron­tières de 1967, de Jérusalem-​​Est comme capitale pales­ti­nienne, de l’arrêt de la colo­ni­sation ou du droit au retour des réfugiés. Si, pour l’avenir de la poli­tique israé­lienne, les seuls garants sont main­tenant Ehoud Olmert, premier ministre sortant, et Tzipi Livni, jusque-​​là ministre des Affaires étran­gères, cores­pon­sables de la guerre menée cet hiver à Gaza et inca­pables de la moindre ini­tiative poli­tique cou­ra­geuse, il y a effec­ti­vement du souci à se faire.  [1]

[1] voir aussi sur Courrier inter­na­tional la tra­duction d’un texte du Yediot Aharonot :

Ehoud Barak, un homme sans caractère

Le ral­liement du leader du Parti tra­vailliste et ministre de la Défense à la coa­lition de Benyamin Néta­nyahou, regroupant la droite, l’extrême droite et les reli­gieux, suscite la colère de nom­breux Israé­liens. Coup de gueule du Yediot Aha­ronot. Une des raisons pour les­quelles les par­tisans d’Ehoud Barak parlent de sa néces­saire par­ti­ci­pation à la "sau­ve­garde de la nation" repose sur l’illusion que c’est est un grand ministre de la Défense. Mais l’est-il vraiment ? Quand il était simple com­mandant, tout le monde pensait qu’il devien­drait un jour chef d’état-major. Plus tard, il est devenu un soldat légen­daire. Ensuite, il s’est embarqué dans des négo­cia­tions de paix avec les Pales­ti­niens, en 2000, mais il a perdu la bataille. Avec un chef d’état-major sans pareil dans l’histoire de Tsahal [le général Gaby Ash­kenazi], il a pla­nifié la pire guerre qu’Israël ait jamais connue [la guerre à Gaza, dite opé­ration Plomb durci, entre décembre 2008 et janvier 2009]. Au lieu d’utiliser des sub­ter­fuges pour mener une opé­ration limitée, mais puis­sante, les deux hommes ont expédié l’armée de l’air  –  qui aurait pu tout aussi bien raser la France  –  et ordonné l’envoi de cen­taines de chars, sans tou­tefois rem­porter la victoire.

L’homme qui, pendant des années, était supposé mener une opé­ration puis­sante et judi­cieuse a fini par engendrer la haine contre Israël, voire par détruire une partie des struc­tures internes de l’armée. Pour finir, Barak et son acolyte se sont arrangés, une pre­mière dans l’histoire d’Israël, pour trans­former une opé­ration mili­taire en un gigan­tesque pogrom, avec des cen­taines des morts et de nom­breuses maisons détruites à Gaza. Le Hamas s’est réfugié dans des cachettes, s’est moqué de nous et en est sorti ren­forcé : il a été salué partout dans le monde et il a prouvé qu’il ne pouvait être brisé. Et voilà que notre homme s’empresse main­tenant d’aider Benyamin Néta­nyahou parce que celui-​​​​ci est isolé et affolé. Néta­nyahou n’a aucun inter­lo­cuteur dans la coa­lition qu’il a formée hâti­vement et sans dis­cer­nement. Il n’a que Barak. Et même si ce dernier est seul à le rejoindre, Néta­nyahou s’en contentera. Il a besoin de lui, car tous deux sont taillés dans le même moule.

Barak cherche un moyen de récu­pérer la sagesse qu’il a perdue. Mais pourquoi les membres de son misé­rable parti devraient-​​​​ils le suivre ? [les membres du Parti tra­vailliste ont approuvé la nou­velle coa­lition, mais avec des réti­cences]. Après tout, même avec Barak, ce gou­ver­nement sera inca­pable de sur­vivre face à l’Amérique. Obama s’intéresse plus à l’Iran qu’à Israël. Et si Barak et Néta­nyahou sont obligés de déman­teler des avant-​​​​postes et de stopper la construction de colonies en Cis­jor­danie, ils le feront. Cette fois-​​​​ci, Barak ne pourra pas se cacher der­rière des men­songes. Il n’y a plus de secrets dans ce monde. Quand Néta­nyahou et Barak seront fina­lement obligés de se plier à la volonté des Amé­ri­cains, cer­taines per­son­na­lités du Likoud [parti de Néta­nyahou] et la plupart des membres du gou­ver­nement de droite, radical et reli­gieux, pro­tes­teront et renon­ceront à leurs postes.

Enfin, si Barak entre dans le gou­ver­nement à cause de la situation écono­mique et montre le même dis­cer­nement que pendant la seule guerre menée sous ses ordres, non seulement notre économie s’effondrera, mais elle dis­pa­raîtra. Depuis quand Barak peut-​​​​il aider l’économie nationale ? Hélas, si tous nos héros israé­liens sont tombés, vous vous êtes détruit tout seul, mon­sieur Barak. Vous et Néta­nyahou, vous avez beaucoup de points communs, mais, surtout, vous manquez tous deux de cette qualité dont on parlait tant au Palmach* : le "caractère".

* Pre­mière unité juive de combat en Pales­tinen créée en 1941.

Yoram Kaniuk Yediot Aharonot [http://​www​.cour​rie​rin​ter​na​tional​.co… http://​www​.cour​rie​rin​ter​na​tional​.co…]