Iran ; Une élection décisive

Alain Lormon, dimanche 7 juin 2009

Entre le dis­cours d’Obama au Caire et l’élection ira­nienne, les événe­ments se précipitent.

Le monde s’est rarement autant pas­sionné pour une élection pré­si­den­tielle ira­nienne. Cet intérêt pour le scrutin du 12 juin résulte évidemment du débat autour du nucléaire, mais aussi de la per­son­nalité de l’actuel pré­sident, Mahmoud Ahma­di­nejad, qui est can­didat à sa suc­cession. Acces­soi­rement, cette foca­li­sation peut nous per­mettre de com­prendre un peu mieux les com­plexités d’un régime qui n’est certes pas une « démo­cratie occi­dentale », mais qui n’est pas non plus une dic­tature. Les incer­ti­tudes du scrutin en témoignent. Si Mahmoud Ahma­di­nejad est donné favori des der­niers son­dages, une sur­prise n’est pas exclue.

Son prin­cipal rival semble être Mir-​​Hossein Mousavi, réputé plus libéral, dans tous les sens du mot. Il promet davantage de liberté. Mais c’est le can­didat reli­gieux, Mehdi Karoubi, qui reçoit le soutien des jeunes. L’un de ses mee­tings de cam­pagne, lundi à Machhad, s’est trans­formé en vio­lente mani­fes­tation anti-​​Ahmadinejad : « Mort au dic­tateur ! », ont scandé des mil­liers d’étudiants, dont cer­tains leaders avaient été empri­sonnés pour « insultes contre l’islam »… Mehdi Karoubi se pré­sente comme le can­didat du chan­gement, tant dans le domaine social que dans celui des libertés. Il promet aussi de « changer l’image inter­na­tionale de l’Iran » « en évitant les propos déplacés et en ouvrant l’économie aux par­te­naires étrangers ». Les libertés publiques et plus encore la situation écono­mique et sociale sont au cœur de la cam­pagne. La question du nucléaire et de l’indépendance nationale est surtout ins­tru­men­ta­lisée par Mahmoud Ahma­di­nejad pour esquiver la question sociale.

Le troi­sième can­didat, le général Mohsen Rezaï, ancien chef des Gar­diens de la Révo­lution, s’inscrit net­tement dans la lignée conser­va­trice, ou, pour le dire autrement, répressive. Mais l’élection ira­nienne sera pré­cédée d’un autre événement qui risque de modifier la donne dans la région. En s’adressant « aux musulmans », jeudi au Caire, le pré­sident amé­ricain Barack Obama devrait en dire un peu plus sur ses inten­tions en ce qui concerne le conflit israélo-​​palestinien. Il semble déterminé à placer ce dossier en tête de ses prio­rités dans la région. Il y est for­tement encouragé par l’Arabie Saoudite. Israël, en revanche, s’efforce tou­jours de convaincre que la question du nucléaire iranien est un préa­lable. En vérité, la question pales­ti­nienne est également ins­tru­men­ta­lisée par Mahmoud Ahma­di­nejad. Lui ôter cet argument devrait être un impé­ratif pour ceux qui veulent vraiment la paix dans la région.