Entretien avec Sufian Abu Zaïda - Pour la Palestine n°55, lundi 12 novembre 2007
Pour l’ancien ministre -Fatah- Sufian Abu Zaida, le Hamas combat les forces laïques en Palestine. Si celui-ci n’admet pas avoir commis un crime, ne s’excuse pas et ne retire pas ses forces de tous les bâtiments de la Sécurité palestinienne à Gaza, il ne saurait, affirme Sufian Abu Zaida, y avoir place pour le dialogue.
Bitterlemons International : Quand le Hamas a pris le contrôle de la bande de Gaza, a-t-il fait le saut tout seul, ou l’a-t-on poussé ?
Abu Zaida : D’un point de vue idéologique
et à la lumière d’événements
historiques, le Hamas se considère,
depuis sa fondation en 1987 - 1988,
comme le remplaçant de l’OLP laïque.
Le Hamas pense qu’à terme c’est lui
qui sera à la tête de la cause palestinienne
et qu’il le fera en mêlant religion
et lutte armée. Le Hamas a ainsi
utilisé la deuxième Intifada -sous prétexte
de lutte contre Israël- pour
construire une milice forte et bien organisée.
Mais je ne doute pas un instant
que l’essentiel de la force militaire que
le Hamas a construite pendant ces
années soit dirigée contre l’Autorité
palestinienne et non contre Israël. La
dernière preuve en est le coup militaire,
en juin, à Gaza.

Bitterlemons International : Le Hamas avait déjà gagné les élections législatives ; alors, pourquoi une action militaire ?
Abu Z. : Le Hamas
a utilisé la démocratie
pour arriver
au pouvoir mais, en
tant que mouvement
d’idéologie
islamiste, il n’a rien
à faire de la démocratie.
Le Hamas
pense que les seuls
moyens démocratiques
ne seront pas
suffisants pour exercer
un contrôle total sur l’ensemble de
la Palestine. Il était en revanche assez
puissant pour le faire à Gaza. D’où le coup.
Je ne doute pas un instant que, si la situation était différente en Cisjordanie, il y ferait de même.
Quand on écoute attentivement les porteparole du Hamas, des gens comme Mahmoud Zahar et d’autres, ils ont dit clairement qu’ils avaient planifié l’attaque de juin, que c’était leur intention, et qu’ils voulaient prendre le contrôle.
Prenez ce qu’a dit Nizar Ayyan après le coup. Il a déclaré : « Maintenant nous avons nettoyé Gaza des laïques et des incroyants ». C’était ça, les véritables intentions du Hamas. Ce n’est pas qu’ils aient eu du mal à travailler en tant que gouvernement, ou bien des problèmes avec des gens comme Mohammad Dahlan, comme certains d’entre eux le disent. La véritable bataille, c’est ce que Nizar Ayyan a si clairement exprimé : ils combattaient les forces laïques en Palestine.
Bitterlemons International : Et vous pensez qu’ils feraient la même chose en Cisjordanie ?
Abu Z. : Bien sûr. Mais
en Cisjordanie c’est un peu différent.
Bitterlemons International : Le Hamas dit aussi qu’ils ont nettoyé Gaza d’éléments criminels et que maintenant l’ordre et le droit y règnent. Qu’en pensez vous ?
Abu Z. : Je ne vais même
pas remonter jusqu’à juin. Prenons les
trois ou quatre derniers jours. On ne peut
prétendre, quand on voit les images télévisées
de membres du Hamas qui s’attaquent
avec une grande brutalité à une
fête de mariage, que c’est de la sécurité.
Avant-hier, des combattants du Hamas
ont occupé des bâtiments afin d’empêcher
des journalistes de prendre des
photos de leurs activités. Et ils appellent
ça de la sécurité et de l’ordre ?
Bitterlemons International : Pensez vous que la voie prise par le Président Mahmoud Abbas est la bonne, ou y a-t-il encore place au dialogue ?
Abu Z. : Si le Hamas n’admet pas avoir
commis un crime, s’il ne s’excuse pas et
s’il ne retire pas ses forces de tous les
bâtiments de la Sécurité palestinienne à
Gaza, je ne vois pas comment il pourrait
y avoir place pour le dialogue.
Sufian Abu Zaida, ancien ministre du Fatah (à Gaza), est actuellement enseignant en sciences politiques à l’université Al Qods.