Ini­tiative euro­péenne : la recon­nais­sance d’un Etat pales­tinien d’ici l’année prochaine

Barak Ravid, dimanche 21 février 2010

Le ministre français des affaires étran­gères, Bernard Kouchner, et son homo­logue espagnol, Miguel Mora­tinos, font la pro­motion d’une ini­tiative par laquelle l’Union Euro­péenne recon­naî­trait un Etat pales­tinien dans 18 mois, même avant la conclusion des négo­cia­tions entre Israël et l’Autorité Pales­ti­nienne pour un règlement permanent.

Selon d’éminents diplo­mates euro­péens et des hauts fonc­tion­naires israé­liens, Israël a transmis son oppo­sition à cette ini­tiative – mettant en garde que cela saperait toute chance de réussite au pro­cessus de paix.

Un diplomate européen de premier plan a fait remarquer qu’Israël avait été informé de cette ini­tiative, il y a plu­sieurs semaines, ce qui a été confirmé par un res­pon­sable israélien. Ce dernier a déclaré que cette ini­tiative a été lancée par Kouchner, lequel est allé chercher le soutien du ministre espagnol des affaires étran­gères, dont le pays tient actuel­lement la pré­si­dence tour­nante de l’Union Euro­péenne. Des sources israé­liennes ont dit que les deux ministres des affaires étran­gères pré­pa­raient un article qu’ils ont l’intention de publier ensemble dans les prin­cipaux quo­ti­diens euro­péens. Le message prin­cipal de cet article est que l’Union Euro­péenne devrait recon­naître un Etat pales­tinien avant que les négo­cia­tions soient achevées, dans l’hypothèse où le Pré­sident de l’Autorité Pales­ti­nienne, Mahmoud Abbas, ferait une telle déclaration.

Cette ini­tiative repose sur un projet du Premier ministre pales­tinien, Salam Fayyad, qui établirait un Etat pales­tinien dans les deux ans, le temps néces­saire, selon lui, pour déployer les ins­ti­tu­tions d’Etat, mettre en place les réformes écono­miques et achever l’entraînement des forces de sécurité pales­ti­niennes, néces­saire pour ramener l’ordre et la loi en Cisjordanie.

Le projet de Fayyad a été déve­loppé il y a plus de six mois et l’initiative franco-​​espagnole est censée lui donner du poids, en pro­mettant la recon­nais­sance du bloc européen.

Israël a répondu à Kouchner et à Mora­tinos en exprimant clai­rement son oppo­sition à cette ini­tiative et en disant qu’elle était contraire aux prin­cipes du pro­cessus de paix. « Une solution imposée ne réa­lisera pas les objectifs », a sou­ligné Israël dans son message.

« Si l’Union Euro­péenne détermine les résultats à l’avance et promet aux Pales­ti­niens de recon­naître leur Etat, ceux-​​ci n’auront aucune moti­vation à reprendre les négo­cia­tions », stipule le message israélien.

« La question qui se pose, en ce moment, c’est la construction d’une réalité », a déclaré Kouchner au Journal du Dimanche [1] dans une interview publiée hier. « La France forme des poli­ciers pales­ti­niens, des entre­prises se créent en Cis­jor­danie… Ensuite, on peut envi­sager la pro­cla­mation rapide d’un Etat pales­tinien et sa recon­nais­sance immé­diate par la com­mu­nauté inter­na­tionale, avant même la négo­ciation sur les frontières. »

« Si à la mi-​​2011, le pro­cessus poli­tique n’a pas mis fin à l’occupation, j’ai fait le pari que l’état d’avancement des infra­struc­tures et des ins­ti­tu­tions pales­ti­niennes créera une telle pression qu’Israël sera contraint de renoncer à l’occupation" » [2], a-​​t-​​il ajouté.