Indignation sélective

T. Hocine, samedi 8 mars 2008

La situation au Proche-​​Orient ne peut s’accommoder du statu quo. Il y a une occu­pation, quoi que disent Israël et ses alliés. Mais on se demande à quoi jouent ces der­niers en prenant souvent fait et cause pour l’occupant, croyant user de leur puis­sance pour réduire au silence tout un peuple.

C’était déjà le cas durant toute la période qui a suivi la création, en 1948, d’Israël, sur la base d’une réso­lution des Nations unies. Et il a fallu attendre deux décennies pour que l’existence du peuple pales­tinien soit enfin reconnue. La réso­lution 242 de 1967 n’en parlait, quant à elle, qu’en termes de réfugiés.

Mais entre les deux périodes, venait d’être déclenchée la lutte armée pales­ti­nienne, et le monde venait enfin de découvrir l’existence d’un peuple et toute une pro­blé­ma­tique. Et pourtant, la suite ne sera pas un exemple de linéarité. A son corps défendant, elle empruntera des chemins sinueux pour n’aboutir nulle part. Retour à la case de départ et avec cela, une plus grande amertume du peuple palestinien.

Et ce monde, qui se fait le com­plice d’une injustice, trouvera une formule qui révélera son embarras quand Israël sou­mettra le ter­ri­toire pales­tinien de Ghaza à un déluge de feu pendant près d’une semaine. Quand cela devenait excessif, cer­tains disaient leur regret d’une telle situation. D’autres tou­jours constants, il est vrai, par­laient du droit d’Israël à la légitime défense. Du jamais vu dans les annales internationales.

Un agresseur au statut avéré puisque établi par des dizaines de réso­lu­tions de l’ONU qui reven­dique un tel droit, c’est tout sim­plement une inversion des rôles. Les Pales­ti­niens n’ont jamais occupé une quel­conque par­celle de terre. Ils en ont été eux-​​mêmes spoliés, et contraints à l’exil ou à être parqués dans des camps de réfugiés. Le seul exercice auquel ils sont contraints, c’est celui de la survie. Ou alors de compter leurs morts.

Il y a dix jours, plus de 120 Pales­ti­niens, le plus jeune ayant tout juste deux mois, venaient d’être tués. Leur seul tort était de refuser la sou­mission et de com­battre l’occupation et cela, après avoir été soumis à un blocus inhumain. Ce que les Euro­péens connaissent, à moins d’accepter que ceux des leurs qui avaient com­battu l’occupation nazie soient qua­lifiés de terroristes.

Le monde se tait. Dans un exercice aussi vain que périlleux, il met les deux parties - Israël et les Pales­ti­niens dos - à dos. Les Pales­ti­niens avaient juré de venger leurs morts. Ils viennent de le faire [1], ne crai­gnant pas aussi de se mettre à dos une partie des Etats de la planète qui viennent de montrer à quel point ils savent faire preuve d’indignation sélective. L’opération des Pales­ti­niens à El Qods a été condamnée par les mots les plus durs, leur faisant même endosser l’échec éventuel d’un hypo­thé­tique pro­cessus de paix qu’ils sont déci­dément les seuls à voir venir.

Ainsi donc, l’ambassadeur des Etats-​​Unis auprès des Nations unies, Zalmay Kha­lilzad, considère qu’« il y a une dif­fé­rence entre le meurtre d’étudiants en religion et les pertes civiles qui se pro­duisent lors d’opérations mili­taires dont l’intention pre­mière n’est pas de tuer des civils ». Ou encore, l’Union euro­péenne qui avait cru bon, il y a quinze jours, de dénoncer la vio­lence des deux côtés, et qui a cette fois condamné « dans les termes les plus forts » l’attentat commis jeudi soir par des Pales­ti­niens. Inutile de rap­porter les réac­tions des Etats membres, tant elles sont identiques.

Mais pourquoi, s’interroge-t-on, une telle position même devant la mort ? Il leur devient, par consé­quent, dif­ficile et même impos­sible de faire admettre quoi que ce soit devant autant de partis pris. De toute façon, ceux-​​là ont tou­jours tenté de contourner le fond de la question, et faire croire qu’elle relève de l’humanitaire. Quelle erreur !