Indépendance de la Palestine : l’appel à l’UE

Serge Dumont, mardi 17 novembre 2009

L’Autorité pales­ti­nienne demande aux Vingt-​​Sept de sou­tenir sa démarche en vue d’une recon­nais­sance par le Conseil de sécurité d’un Etat pales­tinien indé­pendant. Les auto­rités israé­liennes de leur côté mettent en garde contre tout « geste unilatéral »

Par la voie de son ministre des Négo­cia­tions, Saëb Erekat, l’Autorité pales­ti­nienne (AP) a offi­ciel­lement demandé lundi (16 novembre) aux repré­sen­tants diplo­ma­tiques euro­péens en poste dans la région de sou­tenir son plan visant à pro­clamer uni­la­té­ra­lement l’indépendance d’un Etat pales­tinien « dans les fron­tières de 1967 et avec Jérusalem-​​Est (la partie arabe de la ville) pour capitale ». Dans la foulée, le pré­sident du comité exé­cutif de l’OLP, Yasser Abed Rabo (un proche conseiller du pré­sident Mahmoud Abbas), a entamé des démarches auprès des ins­tances des Nations unies afin de pré­senter le projet au Conseil de sécurité [1].

Malgré l’enthousiasme de façade de l’entourage de Mahmoud Abbas, la pro­cla­mation éven­tuelle de l’indépendance de la Palestine sur quelques par­celles de Cis­jor­danie suscite le plus souvent des réac­tions mitigées. Au sein même de l’AP, le colonel Jibril Rajoub, un res­pon­sable du Fatah qui passe pour un suc­cesseur potentiel du pré­sident pales­tinien, a estimé que des négo­cia­tions directes avec Israël sont à ses yeux « pré­fé­rables a tout geste uni­la­téral ». Une position iden­tique à celle de la diplo­matie égyp­tienne ainsi qu’aux vues de l’émissaire de l’Union euro­péenne, Marc Hotte. [2]

[1] voir aussi sur Courrier international :

Les Palestiniens ne veulent plus attendre

16.11.200

"Nous avons décidé de nous adresser au Conseil de sécurité des Nations unies pour essayer d’obtenir son soutien à la création d’un Etat pales­tinien indé­pendant ayant Jérusalem-​​​​Est pour capitale et dont les fron­tières seraient celles de 1967 [d’avant la guerre israélo-​​​​arabe des Six-​​​​Jours de juin 1967]. Nous allons chercher à obtenir l’appui de l’Union euro­péenne ainsi que celui de la Russie et d’autres pays", a déclaré, le 15 novembre, le prin­cipal négo­ciateur pales­tinien, Saëb Erakat, rap­porte Al-​​​​Hayat Al-​​​​Jadida. Une annonce accueillie avec hos­tilité en Israël. Le Premier ministre Benyamin Néta­nyahou "a rejeté toute décision pales­ti­nienne uni­la­térale. Il a averti que ce genre de démarche ne fera qu’anéantir la trame des accords existant entre nous et conduira à des mesures uni­la­té­rales de la part d’Israël. : http://​www​.cour​rie​rin​ter​na​tional​.co…

[2] voir aussi sur le Monde :

Une indé­pen­dance pales­ti­nienne, un geste sym­bo­lique voué à l’échec ?

Face au blocage per­sistant des négo­cia­tions de paix avec Israël, l’Autorité pales­ti­nienne évoque, depuis plu­sieurs semaines, l’idée de pro­clamer uni­la­té­ra­lement l’indépendance de leur Etat, avec l’appui de l’ONU. Dans un entretien au Monde, le 11 novembre, le prin­cipal négo­ciateur pales­tinien, Saëb Erakat, expli­quait déjà qu’en l’état actuel des choses "les Pales­ti­niens vont bientôt réa­liser qu’ils doivent de nouveau réfléchir à la solution d’un seul Etat".

Les dis­cus­sions entre les deux camps sont au point mort, en grande partie à cause du refus israélien de mettre un terme à la colo­ni­sation comme condition préa­lable à la reprise des pour­parlers. Cette ini­tiative pales­tienne, même si elle n’a qua­siment aucune chance d’aboutir, illustre la frus­tation et la volonté de relancer le pro­cessus par un élec­trochoc. Les Pales­ti­niens, qui béné­fi­cient du sou­tient de la Ligue arabe, veulent également que le Conseil de sécurité de l’ONU prenne position. "Nous avons décidé de nous adresser au Conseil de sécurité pour essayer d’obtenir son soutien à la création d’un Etat pales­tinien indé­pendant ayant Jéru­salem pour capitale et dont les fron­tières seraient celles de juin 1967", a résumé M. Erakat.

Pour l’instant, les res­pon­sables pales­ti­niens n’ont pas indiqué quand ils pour­raient faire cette annonce auprès du Conseil de sécurité. Selon un diplomate arabe à l’ONU, la démarche doit se faire "à un moment opportun". Entre temps, les Pales­ti­niens mul­ti­plient les dis­cus­sions pour s’assurer du soutien des pays membres du Conseil. "Plus nous nous en appro­chons, plus nous avons une très bonne chance d’obtenir le soutien, la sym­pathie et l’encouragement de la com­mu­nauté inter­na­tionale", espère le premier ministre, Salam Fayyad. "Nous allons chercher à obtenir l’appui de l’Union euro­péenne ainsi que celui de la Russie et d’autres pays", explique pour sa part Saëb Erakat. Les ministres des affaires étran­gères euro­péens doivent évoquer la question, mardi, lors d’une réunion au sommet.

"JE PRÉSUME QUE LES ETATS-​​​​UNIS OPPO­SE­RAIENT LEUR VETO"

Au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, chacun des cinq membres per­ma­nents possède un droit de véto per­mettant de bloquer toute ini­tiative. Les Etats-​​​​Unis, alliés his­to­riques des Israé­liens, sont sus­cep­tibles de bloquer toute indé­pen­dance de la Palestine. Lundi, le dépar­tement d’Etat a réagi tout en nuance, estimant que la négo­ciation reste "le meilleur moyen" de faire naître un Etat pales­tinien. Des séna­teurs amé­ri­cains, actuel­lement en visite en Israël, ont été plus directs, la qua­li­fiant "d’initiative mort-​​​​née". "J’espère et je présume que les Etats-​​​​Unis oppo­se­raient leur veto", a ajouté le conser­vateur Joseph Lieberman.

Côté israélien, la levée de bou­clier a été immé­diate. L’ensemble des res­pon­sables gou­ver­ne­mentaux ont affirmé qu’une décision uni­la­térale serait contre-​​​​productive. "Nous voulons des négo­cia­tions directes", a rappelé Sylvan Shalom, sup­pléant du premier ministre Benyamin Néta­nyahou. Israël sou­haite que les dis­cus­sions reprennent sans condition préa­lable et dès que pos­sible. "J’espère que la com­mu­nauté inter­na­tionale ne coopérera pas avec ce projet et s’exprimera clai­rement en faveur de l’unique approche pos­sible, à savoir la tenue de négo­cia­tions directes", a ajouté le ministre chargé des affaires de la dia­spora, Yuli Edelstein.

Menaçant, le ministre des affaires étran­gères, Avigdor Lie­berma, a promis que "tout mou­vement uni­la­téral sera suivi d’un mou­vement uni­la­téral de notre part". Seul Ehoud Barak, ministre de la défense, a mis en para­lèlle l’initiative pales­ti­nienne et le blocage du pro­cessus de paix, estimant que la pre­mière gagnera du poids tant que le deuxième sera enlisé. "Cette menace ne se pro­duira pas demain mais il ne faut pas la prendre à la légère", a résumé l’ancien premier ministre.

Le Monde​.fr

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