Incohérences européennes

Isabelle Avran - Pour la Palestine n°43, vendredi 19 novembre 2004

Coopération économique /

L’Union euro­péenne et Israël signent un nouvel accord écono­mique et scientifique.

Le 13 juillet dernier, quelques jours seulement après l’avis de la CIJ sur le mur israélien en Palestine occupée, l’Union euro­péenne concluait avec Israël un nouvel accord écono­mique et scien­ti­fique, de coopé­ration sur le pro­gramme Galiléo [1].

Le 9 juillet dernier, la Cour inter­na­tionale de justice rendait son avis sur les " consé­quences juri­diques de la construction d’un mur dans les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés". Réuni à Bruxelles les 12 et 13 juillet, le conseil des ministres de l’UE a examiné la situation proche-​​orientale à l’aune de cet avis. Et, alors que l’Europe réfutait pré­cé­demment l’opportunité d’un appel à la CIJ de la part de l’Assemblée générale de l’Onu, l’on peut se féli­citer du vote des 25 Etats euro­péens peu après, à la même Assemblée générale, en faveur de la réso­lution qui " exige qu’Israël, puis­sance occu­pante, s’acquitte de ses obli­ga­tions juri­diques telles qu’elles sont énoncées dans l’avis consul­tatif ". Chris Patten, alors com­mis­saire européen aux rela­tions exté­rieures, n’a pas hésité à faire part de sa déception devant la vive condam­nation par Israël de l’avis de la Cour. Mais également de sa per­plexité lorsque Tel-​​Aviv se tourne vers l’Europe pour y trouver une aide -notamment économique-​​ dans l’hypothèse d’un désen­ga­gement de Gaza…

Et cependant, loin de toute pression poli­tique, diplo­ma­tique ou écono­mique sur Tel-​​Aviv, ce sont au contraire de nou­veaux accords israélo-​​européens qui ont été conclus à Bruxelles en ce même mois de juillet. Le 13, en effet, le vice-​​premier ministre israélien Ehud Olmert, le ministre néer­landais des Affaires étran­gères, Bernard Bot, au nom de la pré­si­dence de l’UE, et la vice-​​présidente de la Com­mission euro­péenne res­pon­sable des trans­ports et de l’énergie, Loyola de Palacio, signaient un accord sur le pro­gramme de radio­na­vi­gation par satellite Galiléo. Dès lors, la coopé­ration devrait se déve­lopper entre l’UE et Israël dans les domaines de la navi­gation et de la syn­chro­ni­sation par satellite dans de nom­breux sec­teurs, qui vont de diverses tech­no­logies à la fabri­cation indus­trielle. Loyola de Palacio se félicite " d’une étape très impor­tante pour le déve­lop­pement de Galiléo en tant que pro­gramme inter­na­tional, et pour son uti­li­sation future dans le monde entier ".

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(© Joss Dray)

Le conseil avait invité dès le 16 janvier la com­mission à entamer avec Israël des négo­cia­tions for­melles avec Israël au sujet de Galiléo, dont les retombées peuvent pourtant concerner le mili­taire comme le civil. Selon un com­mu­niqué de l’Union euro­péenne, " d’intenses échanges ont alors eu lieu entre les parties, et un texte a été convenu et approuvé en un temps record au cours de la série de dis­cus­sions menées à Tel-​​Aviv le 17 mars (…) ". Une célérité qui laisse perplexe…

Objectif commun par ailleurs affiché : des négo­cia­tions per­mettant une coopé­ration israélo-​​européenne s’inscrivant dans la " Poli­tique euro­péenne de voi­sinage " (PEV), laquelle se fixe offi­ciel­lement pour ambition la bonne gou­ver­nance et la sta­bilité dans tout le voi­sinage de l’UE, ainsi que le ren­for­cement du dia­logue poli­tique bila­téral, fondé " sur le respect de valeurs par­tagées ". On reste pour le moins sceptique.

L’Europe, friande de coopé­ra­tions scien­ti­fiques et tech­no­lo­giques, est là fort loin de ses res­pon­sa­bi­lités poli­tiques. Elle néglige les par­le­men­taires eux-​​mêmes. Par deux fois, ceux-​​ci se sont exprimés en faveur de la sus­pension de l’accord d’association entre l’UE et Israël tant que ce dernier ne res­pec­terait pas le droit et ses obli­ga­tions inter­na­tio­nales. Au sein du nouveau par­lement élu au prin­temps dernier s’amorce un mou­vement de même nature. Avec ce nouveau pro­gramme Galiléo, l’UE va très exac­tement dans le sens inverse. A force de dédaigner les recom­man­da­tions du Par­lement, le conseil de l’union risque fort de prendre un double risque : d’une part, encou­rager l’occupation, la colo­ni­sation, et au fond l’obstruction à la relance d’un véri­table pro­cessus de paix au Proche-​​Orient ; d’autre part, décou­rager ceux qui, en Europe, conti­nuent à croire en la démocratie.

Isabelle Avran.

[1] Galiléo est le pro­gramme européen de radio­na­vi­gation par satellite. Lancé à l’initiative de la Com­mission euro­péenne et déve­loppé conjoin­tement avec l’Agence spa­tiale euro­péenne (ASE), il doit per­mettre le déve­lop­pement d’une nou­velle géné­ration de ser­vices uni­versels dans des sec­teurs tels que les trans­ports, les télécommunications..