« Il y a toujours une partie qui met les bâtons dans les roues »

entretien avec Rabah Mehanna, FPLP, mercredi 17 septembre 2008

Rabah Mehanna, membre du bureau poli­tique du FPLP, s’exprime dans al-​​Ahram hebdo sur la situation poli­tique interne et les chances du dia­logue interpalestinien.

Al-​​Ahram Hebdo : Malgré les efforts égyp­tiens et arabes, le dia­logue inter­pa­les­tinien n’a tou­jours pas abouti. Peut-​​on parler de blocage et y a-​​t-​​il un délai fixé pour par­venir à un résultat ?

Rabah Mehanna : Même si les résultats se font tou­jours attendre, nous avons noté un véri­table sérieux au cours de nos ren­contres avec les res­pon­sables égyp­tiens qui déploient d’énormes efforts pour la réussite du dia­logue et qui ont mobilisé une position arabe impor­tante en gagnant le soutien de l’Arabie saoudite, du Yémen et de la Syrie. Les res­pon­sables égyp­tiens qui par­rainent ce dia­logue ont déterminé un délai allant d’un mois et demi à deux mois pour for­muler une vision qui prépare la voie à un dia­logue inter­pa­les­tinien qui devra durer plu­sieurs jours.

Quels sont les points sur les­quels il y a accord et ceux sur les­quels il y a désaccord ?

— Nous avons discuté avec les res­pon­sables égyp­tiens de dif­fé­rentes ques­tions. Nous nous sommes mis d’accord sur le fait que le dia­logue doit se baser sur le document d’entente nationale et l’accord du Caire de 2005. Il a été également conclu que l’objectif du dia­logue est de mettre fin aux dis­sen­sions internes et de former un gou­ver­nement d’entente nationale qui sera chargé de 2 mis­sions. Pre­miè­rement, unir les ins­ti­tu­tions pales­ti­niennes et deuxiè­mement pré­parer des élec­tions pré­si­den­tielles et par­le­men­taires. Concernant ces élec­tions, il s’agira d’un scrutin par liste. Nous nous sommes également mis d’accord sur la nécessité de restruc­turer les ser­vices de sécurité.

Cependant, les avis ont divergé autour de la question de l’envoi de forces arabes à Gaza, car une telle solution peut engendrer de nom­breux risques. Nous avons donc proposé la for­mation d’un conseil pales­tinien de sécurité nationale chargé de réformer les appa­reils de sécurité pales­ti­niens en col­la­bo­ration avec des experts arabes.

Quel rôle pourrait assumer le Front Popu­laire de Libé­ration de la Palestine (FPLP) dans le dia­logue inter­pa­les­tinien dans le contexte du dif­férend entre le Hamas et le Fatah ?

— Tous les points pro­posés dans le dia­logue national sont des ini­tia­tives du FPLP puisque nous agissons non en tant que médiateur, mais en tant que partie concernée qui propose un point de vue national loin de tout compte per­sonnel. La seule chose qui compte est l’intérêt national.

Il a été dit que l’Egypte et la Ligue arabe tendent à contraindre le Fatah et le Hamas à accepter des pro­po­si­tions déter­minées afin de régler la crise. Qu’en est-​​il ?

— Dans nos ren­contres avec les négo­cia­teurs égyp­tiens et de la Ligue arabe, nous avons en effet noté une ten­dance arabe allant dans cette direction. Une série de pro­po­si­tions sera exposée et les parties concernées devront les accepter toutes ou les refuser toutes. Je pense que le Conseil des ministres arabes des Affaires étran­gères donnera à l’Egypte la pré­ro­gative de sou­mettre ces pro­po­si­tions. L’Egypte et la Ligue arabe exercent de fortes pres­sions sur toutes les parties pour la réussite du dialogue.

Pensez-​​vous que le Hamas est prêt à faire des concessions ?

— Nos confrères du Hamas com­mettent parfois cer­taines erreurs. Cela dit, il existe au sein du Mou­vement des per­sonnes qui sont conscientes de l’intérêt national. Et notre rôle, ainsi que celui des Arabes, est d’encourager ces per­sonnes pour revenir à la table des négociations.

Mais la crise risque de s’accentuer notamment après les récentes décla­ra­tions des deux parties au sujet de l’échéance de janvier pro­chain. Est-​​il pos­sible que Mahmoud Abbass soit prêt à trancher toutes les ques­tions sus­pendues avec le Hamas avant la fin de son mandat ?

— Suite à nos ren­contres avec les dif­fé­rentes parties, nous avons res­senti beaucoup de sérieux chez Abbass. Mais le pro­blème c’est qu’il y a tou­jours parmi les négo­cia­teurs une partie qui met les bâtons dans les roues et on se retrouve ainsi tou­jours à la case départ.

Vous avez récemment fait des décla­ra­tions hos­tiles envers le Hamas. Y a-​​t-​​il une crise entre le Hamas et le FPLP ?

— Mes décla­ra­tions ne sont pas hos­tiles. J’ai tout sim­plement cri­tiqué les pro­po­si­tions faites par le diri­geant du Hamas Mahmoud Al-​​Zahar lors d’une confé­rence popu­laire à Rafah. Il avait alors déclaré que c’était à partir de Gaza que devait se lancer le projet isla­mique et c’est une erreur grave.

Cer­tains estiment que la restruc­tu­ration de l’Organisation de Libé­ration de la Palestine (OLP) devrait passer avant la récon­ci­liation entre le Fatah et le Hamas. Quel est votre avis ?

— Il s’agit en effet d’une question impor­tante qui a été lar­gement dis­cutée lors des ren­contres avec les res­pon­sables égyp­tiens. Je pense que le pré­sident Mahmoud Abbass a entravé l’application de l’accord du Caire de 2005 qui abordait prin­ci­pa­lement la question de la restruc­tu­ration de l’OLP. C’est là l’une des causes de la tension qui règne sur la scène poli­tique pales­ti­nienne. En effet, la restruc­tu­ration de l’OLP et le ren­for­cement de son rôle en tant que repré­sentant légitime et unique du peuple pales­tinien sont une nécessité pressante.