Histoires de réfugiés : Ma vie à Nahr el-​​Bared me manque

Mayssoun Mustapha, dimanche 25 mai 2008

« Notre maison de Nahr el-​​Bared avait trois chambres et était toute équipée. Malgré les dif­fi­cultés, nous menions une vie heu­reuse. Nous étions entourés de notre famille, de nos voisins et de ceux que nous aimions, cela nous aidait à oublier l’adversité et les pro­blèmes de la vie. Cette vie que nous menions, la quiétude et les ras­sem­ble­ments de la famille, me manquent. »

« Notre maison de Nahr el-​​Bared avait trois chambres et était toute équipée. Mon mari vendait des pommes de terre et moi je l’aidais. Ce n’était pas facile de joindre les deux bouts, et nous rece­vions une aide finan­cière car nous avions une famille rela­ti­vement impor­tante – six garçons et deux filles », explique Samira Yousef Loubani, 44 ans.

« Malgré les dif­fi­cultés, nous menions une vie heu­reuse. Nous étions entourés de notre famille, de nos voisins et de ceux que nous aimions, cela nous aidait à oublier l’adversité et les pro­blèmes de la vie. Bien que mai­tenant nous vivons dans ce grand garage, la vie d’avant, sa quiétude, les ras­sem­ble­ments de famille me manquent. La guerre nous a créé de nom­breux pro­blèmes, notamment des dettes qui s’accumulent (700 000 Livres Liba­naises), parce que mon mari a perdu son emploi. »

Pendant un moment Samira se tait. Puis ses yeux se rem­plissent de larmes. « Nous n’avons pas quitté le camp quand les autres sont partis. Nous sommes restés pendant environ un mois, pensant que tout serait terminé en quelques jours et que le cau­chemar pren­drait fin. Nous n’aurions jamais pu ima­giner ce qu’il allait se passer.

Au début, nous sommes allés dans un abri pour per­sonnes déplacées. Après ça, avec l’aide finan­cière de l’UNRWA, nous avons habité ce garage. » Les yeux de Samira font le tour de la pièce comme pour me dire que cette habi­tation n’est pas faite pour être une maison. « Les murs ne sont ni peints ni tapissés. Nous n’avons pas de réfri­gé­rateur, de machine à laver ni rien de ce que nous avions à el-​​Bared. Nous avons tout perdu », dit Samira. Elle soupire, déses­pérée, sachant qu’elle n’a pas d’autre choix.

« Les ser­vices d’aides de l’UNRWA nous ont bien aidé. Notamment pour le riz, le sucre et la farine », dit-​​elle. « Nous avons également reçu deux nattes, trois matelas, quatre oreillers et bien sûr l’argent pour le loyer. Tout cela nous a soulagé un peu, mais qu’est-ce qui pourrait com­penser les biens que nous avons perdus et les sou­venirs qui ont dis­parus ? Malgré toute l’assistance de l’UNRWA, nous res­sentons encore la tris­tesse et la douleur des événe­ments qui ont détruits notre camp et séparé notre famille », dit-​​elle dans une voix cassée par l’émotion.