Hébron : l’armée israélienne intervient suite aux violences de colons

AFP, mercredi 3 décembre 2008

L’armée israé­lienne, accusée de pas­sivité face aux débor­de­ments de colons opposés à un ordre d’évacuation d’une maison dans la ville pales­ti­nienne de Hébron, a fini par décréter le secteur zone mili­taire fermée après plu­sieurs jours de violences.

L’armée a interdit mer­credi à des colons juifs l’accès aux quar­tiers pales­ti­niens de Hébron dans le sud de la Cis­jor­danie occupée, à la suite de vio­lentes mani­fes­ta­tions d’ultranationalistes israé­liens ces der­niers jours.

"Le secteur de la maison est décrétée ’zone mili­taire fermée’ et il est interdit à des Israé­liens de pénétrer dans les quar­tiers pales­ti­niens", a déclaré à l’AFP un porte-​​parole militaire.

Dans la pra­tique tou­tefois, l’armée n’empêche pas l’accès à la maison même à des mili­tants ultra­na­tio­na­listes, selon un cor­res­pondant de l’AFP sur place. Elle a tenté également de calmer les appré­hen­sions de la popu­lation pales­ti­nienne, face à la mul­ti­pli­cation de pro­vo­ca­tions d’extrémistes israé­liens à la faveur du laxisme des auto­rités. Le chef de l’administration mili­taire en Cis­jor­danie, le général de brigade Yoav Mor­dehaï, a ainsi fer­mement dénoncé des "agis­se­ments cri­minels" de colons, pro­mettant à la popu­lation pales­ti­nienne d’assurer sa pro­tection, dans une série d’interviews à des médias palestiniens.

Un res­pon­sable mili­taire, cité par le quo­tidien israélien Yedioth Aha­ronoth, a pour sa part accusé l’extrême droite en Israël de "vouloir pro­voquer une guerre de reli­gions" entre juifs et musulmans. Des res­pon­sables parmi les colons eux-​​mêmes se sont inquiétés d’une "perte de contrôle" sur les jeunes extré­mistes alors que la presse était quasi-​​unanime à reprocher aux auto­rités leur inaction.

Depuis lundi 1 décembre, 20 Pales­ti­niens et 18 Israé­liens ont été blessés lors d’affrontements à coups de pierres à Hébron, un haut lieu de ten­sions depuis l’occupation en 1967 de la ville par Israël, selon le quo­tidien israélien Haaretz. Les ultra­na­tio­na­listes, en grande majorité des jeunes, s’opposent à un ordre d’expulsion émis en novembre par la Cour suprême israé­lienne, d’une maison dis­putée à Hébron, mais tou­jours pas appliqué. Des unités de garde-​​frontières, mieux adaptées aux tâches de maintien de l’ordre, ont été dépê­chées en renfort dans le secteur, selon une source mili­taire. Les vio­lences, qui ont touché d’autres régions de Cis­jor­danie, ont pro­voqué de nom­breux dégâts matériels.

Des groupes de jeunes ultra­na­tio­na­listes ont jeté dans la nuit de lundi à mardi et durant des heures des pierres en toute impunité sur des maisons pales­ti­niennes ainsi qu’en direction de jeeps de la police et des garde-​​frontières. Ils ont brûlé des voi­tures, crevé des pneus et brisé des vitres de maisons. Des pierres tom­bales d’un cime­tière musulman à Hébron ont été brisées par des colons extré­mistes pré­sumés. Les mani­fes­tants israé­liens s’étaient ras­semblés après des rumeurs selon les­quelles la police et l’armée allaient pro­céder à l’évacuation du bâtiment disputé. Ce bâtiment de quatre étages est l’objet d’un litige sur les droits de pro­priété entre Morris Abraham, un homme d’affaires juif amé­ricain qui se prévaut d’un acte de pro­priété, et un Pales­tinien qui conteste la vente. La maison, bap­tisée "Maison de la Dis­corde" par les médias israé­liens, est située sur la route menant de l’implantation de Kyriat Arba, adja­cente à Hébron, au Caveau des Patriarches, lieu de pèle­rinage commun aux juifs et aux musulmans. Les accro­chages se sont déroulés dans le secteur sous occu­pation israé­lienne à Hébron, où vivent quelques cen­taines de colons sous la pro­tection de l’armée. A Jéru­salem, un Pales­tinien a été blessé à coups de cou­teaux par quatre israé­liens dans ce qui apparaît comme un attentat ultranationaliste.