Gaza, un numéro d’illusionniste

Monique Etienne, Pour la Palestine n°47, mardi 11 octobre 2005

Désengagement /

Entretien avev Samia Bamya direc­trice générale pour les Affaires euro­péennes au Ministère de la Planification.

PLP : Comment appréciez-​​vous le plan de désengagement de Sharon à Gaza ?

Samia Bamya : Malgré l’optimisme du monde, nous ne sommes pas très opti­mistes. Bien sûr, chaque pouce de terre que les Israé­liens quit­teront sera le bienvenu. Mais nous voyons que nous n’avons aucune maî­trise sur ce qui va se passer à Gaza et qu’en revanche ce que nous redou­tions se produit. Pendant que le monde entier s’illusionne sur le pas en avant que constitue le retrait des colons de Gaza, Sharon consolide la colo­ni­sation de la Cis­jor­danie par l’expansion rapide des colonies et l’avancée du mur d’annexion. Il trans­forme les bar­rages de Qalandya et de Bet­léhem en fron­tières offi­cielles, sur le modèle d’Erez qui sépare Gaza d’Israël, en annexant de facto des régions pales­ti­niennes entières et les grans blocs de colonies. Cela signifie que cet ancien scé­nario qui consiste à mor­celer le ter­ri­toire pales­tinien en quatre cantons se met en place. Bravo à M.Sharon qui est en train de définir uni­la­té­ra­lement les issues finales : Jéru­salem et les fron­tières. Les condi­tions, qui sont aussi celles de l’Union euro­péenne, pour rendre viable le retrait de Gaza, ne sont pas appli­quées. Qui aura le contrôle sur les fron­tières que ce soit du côté égyptien ou israélien ? Comment allons-​​nous relier la Cis­jor­danie à Gaza ? Quid de ce fameux passage prévu depuis Oslo et qui n’a jamais existé ? Aurons -nous le droit de recons­truire l’aéroport, le port ? Le monde sait que si ces condi­tions ne sont pas rem­plies, Gaza va devenir une grande prison dont Israël aura tou­jours les clefs. Il y a un pro­verbe arabe qui dit : « on jette du sable dans les yeux », c’est un numéro d’illusionniste. Il ne s’agit pas d’un retrait mais d’un redé­ploiement. Les condi­tions dans les­quelles il s’effectue montrent que nous sommes en train de perdre la pos­si­bilité d’avoir un Etat pales­tinien. Exac­tement ce que M.Weissglass, conseiller de M.Sharon et son repré­sentant auprès des Etats-​​ Unis, avait déclaré : « “Gaza first, Gaza last ”. Le plan de désen­ga­gement de Gaza, c’est le formol néces­saire pour qu’il n’y ait pas de pro­cessus poli­tique avec les Palestiniens. »

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© Khalil Abu Arafeh, Alquds
Israël se retire de Gaza pour mieux ter­miner la construction du Mur encer­clant la Cisjordanie

Bien sûr, la réso­lution de la Cour suprême israé­lienne après que des colons l’ont saisie pour qu’elle statue sur l’illégalité du retrait de Gaza, est inté­res­sante. Pour la pre­mière fois, la Cour suprême a déclaré que Gaza, la « Judée-​​Samarie » et Jéru­salem ne sont pas des terres israé­liennes. Mais c’est comme pour les réso­lu­tions de l’ONU, on peut faire toutes les décla­ra­tions ; si sur le terrain, rien n’est fait pour arrêter la colo­ni­sation forcée, ce seront des paroles en l’air.

PLP : Qu’est-ce qui a changé, sur le terrain, depuis la mort de Yasser Arafat ?

S. B. : Au quo­tidien, nous constatons que la vie des gens est de plus en plus dif­ficile. A Charm El Cheick, des enga­ge­ments ont été pris qu’Israël, comme d’habitude, n’a pas tenus. Il recom­mence comme durant le pro­cessus d’Oslo, à rené­gocier ce qui avait déjà été négocié A Jéricho, l’armée israé­lienne n’occupait pas la ville, elle devait retirer le check-​​point à l’entrée. Il est tou­jours là. A Tul­karem, les incur­sions se pour­suivent. En fait, les soldats peuvent revenir à n’importe quel moment. En ce qui concerne les pri­son­niers, c’est le mar­chandage. Nous demandons la libé­ration des pri­son­niers poli­tiques. Nous ne sommes pas concernés par les cri­minels. Dans le premier groupe des libérés, il y avait 200 pri­son­niers poli­tiques, pour la plupart en fin de peines et 200 droits communs. En deux, trois jours, l’armée empri­sonne 60 nou­velles per­sonnes. Israël avait accepté que les Pales­ti­niens de Cis­jor­danie déportés à Gaza puissent rentrer chez eux. Per­sonne n’est rentré, sauf quelques-​​uns, à Jéricho. Le retrait de l’armée d’occupation sur les posi­tions de sep­tembre 2000 n’a pas com­mencé. Israël a repris sa poli­tique d’assassinats extra judi­ciaires dans le but de pro­voquer des ripostes du Jihad ou du Hamas. Comme si Sharon ali­mentait la révolte sur le terrain pour que les Pales­ti­niens, une fois de plus, doutent d’une issue poli­tique et que tout éclate de nouveau. Jusqu’à quand Mahmoud Abbas pourrat-​​ il appeler au calme, si rien ne change ? Aujourd’hui, Israël est en train d’avaler lit­té­ra­lement nos terres et de mettre en place un vrai système d’apartheid, raciste. Comment le monde ne le voit-​​il pas ? Quand nous aurons des « Erez » partout, des portes dans les murs pour entrer et sortir avec des permis pour cir­culer, des routes prin­ci­pales qui nous sont confis­quées parce qu’elles vont nous contenter de tunnels, il n’y aura plus d’entité pales­ti­nienne pos­sible. Que fait la com­mu­nauté inter­na­tionale, en ce début de 21ème siècle ?

Les décla­ra­tions de Bush, lors de la visite de Mahmoud Abbas à Washington, mar­quaient une évolution positive puisqu’il s’est pro­noncé pour l’arrêt de l’expansion des colonies et de la construction du Mur et pour une relance des négo­cia­tions sur les fron­tières, bien que nous consi­dé­rions que les fron­tières ne sont pas négo­ciables. Bush a même fait réfé­rence aux lignes d’armistice de 1949. Mais est-​​ce que l’administration amé­ri­caine va s’engager concrè­tement sur le terrain ? Est-​​ce que l’Europe qui, pendant les trois der­nières années, a dit qu’elle ne pouvait rien faire seule, va saisir cette oppor­tunité pour peser sur l’administration amé­ri­caine ? Si elle le veut, l’UE a les moyens de jouer un rôle plus important, ne serait-​​ce qu’au travers des rela­tions transatlantiques…

Cela fait un an que la Cour de Justice Inter­na­tionale a donné son avis… Rien ne s’est passé. Même Koffi Annan, qui devait rédiger un rapport sur les dégâts causés par le Mur, ne l’a pas fait. On a demandé aux pays membres de prendre les mesures néces­saires pour l’application de ce jugement. La Suisse, qui était man­datée, prépare son rapport, mais le monde a entériné la position d’Israël qui ne veut rien entendre de cette décision de la CIJ. Nous avons laissé un an au quar­tette, à la com­mu­nauté inter­na­tionale pour agir. Nous allons être obligés, de nouveau, d’interpeller l’AG de l’ONU et peut-​​être le Conseil de Sécurité pour exiger l’application. Nous avons réussi avec les non-​​alignés et les pays arabes à obtenir des sanc­tions contre les com­pa­gnies qui sub­ven­tionnent ou qui inves­tissent dans la construction du mur ou des colonies. Cela, au moins, va-​​t-​​il être appliqué ?

PLP : Quelle est la marge de manoeuvre de l’Autorité palestinienne ?

S. B. : M.Abbas a été élu sur un pro­gramme. Ce pro­gramme contient une partie interne concernant l’ordre et la sécurité des citoyens, les réformes à mettre en oeuvre, et une partie externe : la pro­messe d’un retour vers les négo­cia­tions. A mon avis, nous ne pouvons pas séparer les deux. A quoi bon mettre en oeuvre la réforme sécu­ri­taire -ce qu’il a com­mencé en réor­ga­nisant les forces de sécurité - alors que les incur­sions mili­taires israé­liennes se pour­suivent ? Si Israël refuse que nos poli­ciers et nos forces de sécurité soient armés, alors qu’il y a des groupes armés sur le terrain, comment les poli­ciers peuvent-​​ils exercer leur mission ? Quand Poutine a offert des blindés à l’Autorité pales­ti­nienne, Israël a fait un scandale. Ce n’est pas sérieux. Si moi, simple citoyen, je vois qu’il y a des poli­ciers à chaque coin de rue mais que les jeeps de l’armée israé­lienne rentrent comme elles veulent dans les centres urbains, quel respect vais-​​je avoir pour nos poli­ciers ? Comment peuvent-​​ils être cré­dibles ? Dans le plan d’action que nous avons signé avec l’UE, une clause indique qu’il s’agit de « pro­mouvoir la culture de la non-​​violence »…Comment pou­vonsnous pro­pager cette culture si, tous les jours, les gens conti­nuent d’être humiliés aux cheks-​​points, arrêtés chez eux ? Les Israé­liens sont pré­sents dans toutes nos déci­sions et, pourtant, nous avons besoin de réformes. Comment les réa­liser quand la poli­tique d’occupation est pré­do­mi­nante dans nos vies ? On est en train de perdre chaque jour. La terre, de nouveau, est l’enjeu du conflit.

La com­mu­nauté inter­na­tionale devrait être beaucoup plus sérieuse pour faire appliquer ses déci­sions par Israël. Que ce soit par des pres­sions, par le dia­logue, ce qu’elle veut, mais qu’elle se fasse entendre ! Où allons-​​nous ? Nous voulons par­venir à la paix. Mais nous en avons assez du « pro­cessus » de paix qui n’en termine jamais avec l’occupation. Il est temps qu’il y ait une pro­po­sition globale sérieuse. Les diri­geants d’Israël sont intel­li­gents. Quand nous pré­pa­rions les rap­ports pour la CIJils ont demandé à sa Cour de justice de redé­finir les tracés du mur. Ils avaient bien compris qu’à un moment donné ils pou­vaient être sous pression et qu’ils devaient lâcher du lest.

PLP : Comment analysez-​​vous le résultat des élec­tions muni­ci­pales et la montée du Hamas ?

S. B. : Selon les pre­mières ana­lyses, le fait qu’Hamas ait accepté le dia­logue avec l’OLP et le Fatah, qu’il ait décidé de se trans­former en parti poli­tique et d’accepter le pro­cessus élec­toral, c’est positif. Qu’il le veuille ou non, se pré­senter pour les légis­la­tives, c’est recon­naître une décision de l’Accord d’Oslo. Hamas s’est montré très intel­ligent parce que les can­didats sur leurs listes muni­ci­pales n’étaient pas tous du Hamas. Ils ont recruté des figures popu­laires cré­dibles et res­pectées des Pales­ti­niens. Ils ont res­pecté le jeu démo­cra­tique. Main­tenant, jusqu’à quel point les gens ont-​​ils voté pour le Hamas ou pour ces per­son­na­lités ? Ou encore pour exprimer un vote sanction de l’Autorité ? Tant que celle-​​ci n’arrivera pas sérieu­sement à appliquer le pro­gramme poli­tique de M.Abbas et à ouvrir des négo­cia­tions, je crois que nous aurons un vote de protestation.

L’Autorité a une lourde res­pon­sa­bilité dans ce mécon­ten­tement, ainsi que le Fatah. Le pré­sident, le Premier ministre, la plupart des ministres, le pré­sident du Conseil légis­latif sont membres du Fatah. Tout dépend main­tenant de la façon dont celui-​​ci va résoudre ses contra­dic­tions internes. Le Congrès a été repoussé. Cela fait quinze ans qu’il n’y a pas eu d’élections de ses repré­sen­tants. Le Congrès devra établir très clai­rement un pro­gramme poli­tique. Actuel­lement, n’importe quel grou­puscule peut se réclamer de la ban­nière du Fatah, et faire ce qu’il veut. Seul un Congrès peut mettre un terme à ces agis­se­ments en affirmant son appar­te­nance au mou­vement du peuple pales­tinien, en défi­nissant une ligne poli­tique claire et des cri­tères stricts d’adhésion.

Je crois que nous sommes rentrés trop vite dans l’euphorie élec­torale. On voulait faire, dans la foulée, la pré­si­den­tielle, les muni­ci­pales, les légis­la­tives ; tenir les congrès des Unions popu­laires, des syn­dicats, des partis. Il est vrai que c’est très important de tenir les légis­la­tives, puisque le Conseil légis­latif aurait du être renouvelé en 1999. Mais les dis­cus­sions autour de la nou­velle loi élec­torale ont pris beaucoup de retard. Nous sommes par­venus à un consensus. Je crois que nous aurons notre double système : au niveau des cir­cons­crip­tions et au niveau national. C’était le pour­centage de repré­sen­tation qui posait pro­blème. Je crois qu’on va vers 50%-50% et que ce sera béné­fique. Et puis il y avait le débat sur le pour­centage minimal pour être élu. Fina­lement c’est passé de 5 à 2%. Une fois la loi adoptée, il faut un délai de trois mois avant de pouvoir tenir des élections.

Pour ouvrir une alter­native, nous avons besoin d’une troi­sième voie. Aujourd’hui, il y a deux forces, le Fatah et le Hamas, et tous ces petits partis libéraux de gauche. La pré­si­den­tielle a montré combien ils étaient mino­ri­taires. Mains nous ne pouvons pas évacuer la question essen­tielle : comment tenir des élec­tions s’il n’y a pas retrait des posi­tions israé­liennes sur les lignes de sep­tembre 2000 comme le demande la « feuille de route » ? Comment un can­didat pourra-​​t-​​il faire cam­pagne s’il ne dispose pas de mobilité, de sa liberté de mou­vement et d’expression ? On voit bien que nous vivons une période où s’ouvrent des pos­sibles dans une grande incer­titude. Tout dépendra du rôle de la com­mu­nauté inter­na­tionale et du « quar­tette » qui est le sponsor de la « feuille de route ». Vont-​​ils laisser face à face le gou­ver­nement israélien et l’Autorité pales­ti­nienne, sachant le dés­équi­libre des forces ? Les Pales­ti­niens ont donné un signe poli­tique fort en votant pour le pro­gramme de réformes et le retour aux négo­cia­tions. Si une fois de plus, ils constatent que ça ne sert à rien, qu’ils sont aussi misé­rables qu’avant et qu’au contraire, leurs terres conti­nuent d’être avalées, je me demande jusqu’où ira l’explosion de violence ?

Ariel Sharon déménage les colonies de Gaza vers la Cisjordanie.

PLP : Nous avons constaté, au cours de notre voyage, un grand sen­timent d’impuissance…

S. B. : C’est très dan­gereux parce que c’est ce qui va conduire à un nouvel extré­misme. Je crois que nous sommes vraiment dans une période char­nière. Il faut abso­lument que le monde s’implique sérieusement.

PLP : Quel rôle l’Europe peut-​​elle jouer dans cette période ?

S. B. : C’est un dilemme parce que nous savons que, depuis Oslo, c’est l’Union euro­péenne qui a soutenu notre projet de construire nos ins­ti­tu­tions, nos infra­struc­tures depuis la cana­li­sation d’eau jusqu’au circuit de télé­vision, même pendant l’Intifada, alors qu’il y avait un risque réel de faillite de l’Autorité à cause du manque de moyens finan­ciers. Notre frus­tration vient d’une autre attente : que l’Europe joue un rôle poli­tique à la mesure des enjeux. Je qua­li­fierais nos rela­tions de l’ordre du « dépit amoureux ». Nous avons besoin, dans ce monde uni­po­laire, du contre­poids de l’Europe. Nous ne serions plus là si l’Europe ne s’était pas impliquée dans notre projet poli­tique. Mais si elle ne bouge pas poli­ti­quement, ce sera un gâchis. Nous savons qu’elle a les moyens de convaincre Israël et elle ne les utilise pas. Nous l’avons inter­pellée, lui disant que rien n’avait été fait pour faire appliquer l’accord d’association par Israël. Au contraire, nous sommes entrés dans une forme de coopé­ration plus étroite, avec les accords de voisinage.

L’Europe nous demande de faire des réformes. Mais sur le terrain, comment la vie va-​​t-​​elle changer ? Comment l’économie va-​​t-​​elle se relever, sans l’application par Israël de ses obli­ga­tions  ? Pourquoi l’Europe accepte-​​telle la vio­lation de ses propres lois, de ses propres accords ? L’Europe avançait l’idée selon laquelle l’Amérique devait s’engager et faisait valoir qu’elle ne pouvait pas bouger seule. Aujourd’hui, c’est le moment. Dans cette relation trans­at­lan­tique, l’administration Bush sou­haite que l’Europe joue un rôle. C’est sur le plan poli­tique que l’Europe peut prendre une initiative.

PLP : Vous croyez que Bush a réellement changé de politique ?

S. B. : Ses décla­ra­tions montrent que oui. Mais si c’est sérieux, pourquoi Sharon ne l’écoute-t-il pas ? Les spé­cu­la­tions sur le retrait de Gaza vont bon train. Nous avons le monde entier sur le terrain. Nous avons une coopé­ration en matière de sécurité avec les Amé­ri­cains, les Euro­péens veulent tous réformer nos forces de sécurité, mais per­sonne ne veut arrêter les incur­sions, les assas­sinats extra-​​judiciaires, l’avancée du Mur… Donc, ce monde qui dit que la solution passe par la recon­nais­sance de deux Etats oublie la loi inter­na­tionale, les posi­tions de prin­cipes, le droit des peuples à l’autodétermination. Comment ce monde peut-​​il per­mettre la dis­pa­rition d’une grande partie de nos terres sur laquelle devrait s’établir cet Etat ? C’est pourquoi cer­tains Pales­ti­niens et Israé­liens disent que « deux Etats, ça ne mar­chera pas » et pro­posent un Etat bi-​​national. Ce qui ne mar­chera pas non plus. Car les Israé­liens veulent leur Etat, juif. Mais qu’ils nous laissent le terrain où nous voulons établir notre Etat. Les réfé­rences de la « feuille de route » sont la réso­lution 242 et le droit inter­na­tional. Mais concrè­tement… la com­mu­nauté inter­na­tionale se mobilise dans d’autres parties du monde pour faire appliquer ce droit ; quand il s’agit d’Israël, c’est le silence. Il y a deux poids, deux mesures. Nous en avons assez d’entendre que l’Europe ne peut pas bouger à cause de l’antisémitisme, après l’Holocauste… Jusqu’à quand allonsnous
- payer pour un crime que nous n’avons pas commis ? Nous avons payé un lourd tribut en 1948. Nous avons reconnu l’existence d’Israël sur 78 % de notre terre. Et nous devons encore payer ? Je ne suis pas très opti­miste mais c’est la réalité. Un petit volet d’espoir s’est ouvert et s’il se referme, ce sera une catas­trophe, pire qu’en 2000. Pour les deux peuples … D’où votre responsabilité.

Aujourd’hui, c’est nous qui demandons : « où est notre inter­lo­cuteur israélien ? » Il est clair que l’argument israélien pré­tendant qu’ils n’avaient pas d’interlocuteurs pales­ti­niens, était un men­songe. Aujourd’hui, ils en ont un qui a dit très clai­rement les choses. Quelle a été leur réponse : rendre la vie encore plus dif­ficile  ; détruire le moindre petit pas vers un calme complet et un retour aux négo­cia­tions. Chaque jour, sur le por­table, je reçois des mes­sages : incur­sions, morts… Mais on restera là. On ne peut aller nulle part. Seulement, les mal­heurs risquent d’être encore plus grands.

PLP : Qu’attendez-vous du mouvement de solidarité ?

S. B. : Il peut lancer la cam­pagne de sanc­tions contre les com­pa­gnies qui contri­buent à construire le mur. Peu­têtre cela fera-​​t-​​il pression sur les gou­ver­ne­ments pour qu’ils agissent également. C’est tou­jours pour moi une sur­prise que tant de gens dans cette com­mu­nauté inter­na­tionale ne soient pas déses­pérés et conti­nuent d’être soli­daires. J’ai tel­lement l’impression parfois, qu’on est un peuple de survivants !

Propos recueillis par Monique Etienne, à Ramallah, le 11 juin 2005.