Gaza• Une nou­velle réso­lution des Nations unies exige un cessez-​​le-​​feu immédiat

Afp, samedi 17 janvier 2009

L’Assemblée générale de l’ONU a exigé ven­dredi soir un cessez-​​le-​​feu immédiat et durable à Gaza, menant au retrait total des forces israé­liennes mais celles ci ont encore bom­bardé ce 17 janvier une école des Nations unies [1]. Les gou­ver­ne­ments bolivien et véné­zuélien, le Qatar et la Mau­ri­tanie condamnent les atro­cités com­mises à Gaza et rompent leurs rela­tions diplo­ma­tiques avec lui [2].

Dans une réso­lution adoptée à une large majorité, l’organe plénier de l’ONU "exige le respect sans condition de la réso­lution 1860 du Conseil de sécurité".

Le texte précise que cela doit com­prendre "l’appel qui y est lancé à l’instauration immé­diate d’un cessez-​​le-​​feu durable et plei­nement res­pecté menant au retrait total des forces israé­liennes de Gaza et à la dis­tri­bution sans entrave dans tout Gaza de l’aide humanitaire".

La réso­lution 1860 du Conseil, adoptée le 8 janvier, n’a pas été suivie d’effet, Israël ayant pour­suivi son offensive contre le mou­vement isla­miste Hamas dans la bande de Gaza, qui a fait plus de 1.100 morts depuis le 27 décembre.

Les résolutions de l’Assemblée ne sont pas considérées comme contraignantes.

Le pré­sident de l’Assemblée, Miguel d’Escoto, a annoncé que le vote avait été acquis par 142 voix pour, 6 contre et 8 abs­ten­tions. Mais un décompte révisé publié une heure plus tard a fait état de 142 voix pour, 3 contre (Etats-​​Unis, Israël, Nauru) et 9 abs­ten­tions. Le vote est intervenu au bout de plu­sieurs heures de négo­cia­tions et manoeuvres confuses. Il a conclu deux jours de débats dans le cadre d’une réunion urgente de l’Assemblée, demandée par le Mou­vement des non-​​alignés (118 Etats membres sur 192), pour exiger le respect de la réso­lution 1860.

Le texte est le fruit d’un com­promis négocié, au nom de la Palestine, par l’Egypte avec l’Union européenne.

Un groupe de pays com­prenant notamment la Syrie, l’Iran, le Vene­zuela, l’Indonésie et la Malaisie a tenté de faire adopter des amen­de­ments dur­cissant le texte, réclamant en par­ti­culier le "retrait immédiat et incon­di­tionnel des forces israé­liennes de Gaza".

Or un res­pon­sable gou­ver­ne­mental israélien a indiqué ven­dredi que le cabinet de sécurité devait voter en faveur d’un cessez-​​le-​​feu uni­la­téral samedi soir, "à la suite de la signature d’un accord à Washington et des progrès signi­fi­catifs réa­lisés au Caire" et que "les forces israé­liennes res­teront à Gaza" après la mise en place de ce cessez-​​le-​​feu, sans pré­ciser la durée de cette présence.

La ten­tative du groupe Syrie-​​Iran a été mise en échec après une inter­vention émou­vante de l’observateur per­manent de la Palestine à l’ONU, Riyad Mansour. Rap­pelant que les Pales­ti­niens de Gaza souf­fraient alors que l’Assemblée débattait, M. Mansour a affirmé que le texte initial lui paraissait "accep­table". Son col­lègue égyptien, Maged Abde­laziz, a aus­sitôt appelé à voter sur ce texte, sans les amen­de­ments des "durs", obtenant gain de cause après un ultime vote de pro­cédure. Après le vote, M. Mansour s’est réjoui de voir l’Assemblée "presque unanime" pour faire pression sur Israël en vue d’un cessez-​​le-​​feu. "Nous aurons gain de cause grâce à votre soutien", a-​​t-​​il dit en remer­ciant les délégués.

Israël et les Etats-​​Unis, son pro­tecteur tra­di­tionnel à l’ONU, ont cri­tiqué le texte et nié la per­ti­nence de la réunion. "Une réso­lution dis­tincte de l’Assemblée n’est ni néces­saire ni utile, surtout quand elle ne fait aucune mention des tirs de roquettes sur Israël", a dit l’ambassadeur amé­ricain adjoint, Ale­jandro Wolff.

Israël avait vai­nement tenté jeudi d’empêcher la réunion, arguant qu’aux termes de la Charte de l’ONU, l’Assemblée générale n’avait pas à s’emparer d’une question dont le Conseil de sécurité est déjà saisi. Il avait été ensuite copieu­sement cri­tiqué pour son offensive à Gaza et accusé de violer le droit inter­na­tional, notamment par ses frappes contre des hôpitaux et des bâti­ments abritant la presse et l’ONU. Ven­dredi sa déléguée, Meirav Shahar, a rejeté la réso­lution, la qua­li­fiant de "par­tiale" et notant elle aussi qu’elle ne men­tionne pas les tirs de roquettes ayant, selon Israël, jus­tifié son offensive.

L’ambassadeur d’Indonésie Marty Nata­legawa, très ému, a pour sa part expliqué son abs­tention en affirmant que le texte n’allait pas assez loin "dans la condam­nation d’Israël" pour son offensive meurtrière.

[1] des civils s’y étaient réfugiés. Encore au moins un enfant et une femme.assassinés. D’après Asso­ciated press : "Selon le Dr Moaiya Has­sanain, des ser­vices de santé de Beit Lahiya, cette nou­velle bavure israé­lienne affectant une dépen­dance de l’ONU dans l’enclave pales­ti­nienne a coûté la vie à une femme et à un enfant, blessant 25 autres personnes.

Chris Gunness, porte-​​​​parole de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), a condamné ce bom­bar­dement israélien, pré­cisant que 1.600 per­sonnes fuyant les combats avaient trouvé refuge dans l’établissement scolaire.

Selon lui, Israël dis­posait des coor­données de cette école à Beit Lahiya et savait qu’elle servait d’abri pour des civils. En consé­quence, il a appelé à l’ouverture d’une enquête pour crime de guerre. L’armée israé­lienne n’a pas réagi dans l’immédiat."

En 3 semaines d’horreur, 1200 vic­times de la bar­barie israé­lienne. Plus de 370 enfants depuis le début de ce nouveau mas­sacre. Une qua­ran­taine de morts le 6 janvier dans le bom­bar­dement israélien d’une école de l’UNWRA où les Israé­liens avaient regroupé des civils pales­ti­niens. Il y a deux jours, bom­bar­dement du siège des Nations unies et dis­pa­rition dans les flammes de l’approvisionnement qui y restait. Les res­pon­sables de l’Unwra affirment que les tirs étaient effec­ti­vement "ciblés". Le même jour, bom­bar­dement de l’hôpital Al Quds qui dis­paraît en flammes, les patients et blessés évacués en urgence -vers quel lieu tout aussi vul­né­rable ? Toutes "cibles" par­fai­tement connues et iden­ti­fiables, donc déli­bé­rément atta­quées. Le ter­ro­risme d’état d’Israël à l’oeuvre encore une fois…

[2] voir aussi

La Bolivie et le Venezuela solidaires des Palestiniens

A la une du quo­tidien bolivien le 15 janvier 2009, "la Bolivie rompt ses rela­tions diplo­ma­tiques avec Israël" La Bolivie et le Vene­zuela ont décidé de rompre [le 14 janvier 2009] leurs rela­tions diplo­ma­tiques avec Israël en soli­darité avec le peuple pales­tinien. Au cours de son dis­cours de bien­venue à une réunion de diplo­mates accré­dités en Bolivie, le pré­sident bolivien, Evo Morales, a même parlé d’encourager une cam­pagne inter­na­tionale pour que le pré­sident israélien, Shimon Pérès, soit traduit devant la Cour pénale inter­na­tionale pour crime contre l’humanité et génocide.

La situation à Gaza est dra­ma­tique, plus de 1 000 Pales­ti­niens sont morts, pour la moitié des civils, et 4 600 autres ont été blessés dans l’offensive israé­lienne, qui dure depuis vingt jours. "La Bolivie entre­tenait des rela­tions diplo­ma­tiques avec Israël, mais, face à ces actes graves attentant à des vies humaines, à l’humanité, le pays rompt ses rela­tions avec l’Etat hébreu", a déclaré le chef de l’Etat. De son côté, le ministère véné­zuélien des Affaires étran­gères a annoncé mer­credi soir que le gou­ver­nement d’Hugo Chávez avait décidé lui aussi de couper les ponts avec Israël en raison des "atro­cités" com­mises dans la bande de Gaza.

"Etant donné la gravité des atro­cités com­mises contre le peuple pales­tinien, le Vene­zuela rompt ses rela­tions diplo­ma­tiques avec Israël", précise le com­mu­niqué de la chan­cel­lerie de Caracas, qui qua­lifie les combats de l’armée israé­lienne contre les civils de "génocide". Le 8 janvier, Hugo Chávez avait déjà qua­lifié les diri­geants israé­liens de "géno­ci­daires" et expulsé leur ambas­sadeur au Venezuela.

Evo Morales a quant à lui précisé avoir consulté des experts en droit inter­na­tional avant de prendre cette décision. Pour le ministre des Affaires étran­gères bolivien, David Cho­que­huanca, la rupture des rela­tions diplo­ma­tiques avec l’Etat hébreu "n’affectera abso­lument pas les rap­ports com­mer­ciaux entre les deux pays. Israël et la Bolivie n’ont pas d’accords com­mer­ciaux, les échanges en la matière se font dans le secteur privé", a-​​​​t-​​​​il sou­ligné. "Rompre les rela­tions diplo­ma­tiques, c’est uni­quement rompre les rela­tions poli­tiques", a insisté le ministre.

La Bolivie, qui importe plus qu’elle n’exporte vers l’Etat hébreu, affiche un déficit de 6,7 mil­lions [environ 5 mil­lions d’euros] de dollars de sa balance com­mer­ciale avec Israël depuis 2000. Selon les chiffres de l’Institut bolivien de la sta­tis­tique (INE), les expor­ta­tions boli­viennes vers Israël [qui sont assez faibles et essen­tiel­lement com­posées par le quinoa et les noix de cajou] s’élevaient en 2008 à 1,8 million de dollars, contre 8,4 mil­lions d’importations israé­liennes [prin­ci­pa­lement des télé­phones cel­lu­laires] dans le pays. Cependant, la Bolivie et Israël ont depuis plu­sieurs années entrepris des pro­grammes de coopé­ration communs, notamment dans le domaine des bourses de for­mation. On estime également que 10 000 tou­ristes israé­liens se rendent chaque année dans le pays, ce qui en fait le deuxième groupe de visi­teurs le plus important.

"La Bolivie déposera une plainte devant la Cour pénale inter­na­tionale : nous lançons un appel à de nom­breux Etats et orga­nismes inter­na­tionaux, en par­ti­culier à ceux qui défendent la vie, pour nous mettre dès main­tenant au travail", a déclaré Evo Morales, en appelant à une prise de position inter­na­tionale. [Le pré­sident bolivien a également demandé à ce que le prix Nobel de la paix obtenu en 1994 par le pré­sident israélien Shimon Peres lui soit retiré.] Pour les ex-​​​​ministres boli­viens des Affaires étran­gères Armando Loiza et Fer­nando Messmer, la décision pré­si­den­tielle de rompre avec Israël est un choix sou­verain que peuvent exercer tous les pays en leur âme et conscience.

L’ambassade israé­lienne à La Paz a exprimé son éton­nement : elle a appris la nou­velle le 14 janvier par le biais de l’annonce d’Evo Morales et n’en a pas été informée offi­ciel­lement. "Cette décla­ration nous sur­prend", a déclaré Roberto Nel­kenbaum, le consul hono­raire israélien en poste à La Paz, qui a assuré n’avoir reçu ni lettre ni autre noti­fi­cation offi­cielle de la part de la chan­cel­lerie ou du palais du gouvernement.

L’ambassade d’Israël en Bolivie est de nature "iti­né­rante" et son titu­laire réside habi­tuel­lement à Lima, la capitale péru­vienne voisine, a expliqué Roberto Nel­kenbaum. Le consul hono­raire a par ailleurs tenu à rap­peler que l’amitié israélo-​​​​bolivienne existait "depuis de très nom­breuses années", sou­li­gnant l’existence de plu­sieurs pro­grammes de coopé­ration et la forte repré­sen­tation des Israé­liens dans le tou­risme en Bolivie. "Nos deux pays méritent d’être amis et de continuer à col­la­borer", a ajouté le consul israélien.

La Prensa, publié en français par Courrier international

http://​www​.cour​rie​rin​ter​na​tional​.com/​a​r​t​i​c​l​e​.​a​s​p​?​o​b​j​_​i​d​=​93575

le 15 janvier, le Qatar et la Mau­ri­tanie rompent aussi leurs rela­tions diplo­ma­tiques avec Israël

http://​fr​.news​.yahoo​.com/​2​/​​20090116​/​​t​w​l​-​​​g​a​z​a​-​​​l​a​-​​​m​a​u​r​i​t​a​n​i​e​-​​​e​t​-​​​l​e​-​​​q​a​t​a​r​-​​​s​u​s​p​e​-​​​0​a​24677​_​​1​.html

La Mau­ri­tanie et le Qatar ont décidé ven­dredi de sus­pendre leurs rela­tions avec Israël pour pro­tester contre l’offensive à Gaza, lors d’une réunion de pays arabes et isla­miques à Doha. Lire la suite l’article

Présent à la ren­contre, Khaled Mechaal, le chef du mou­vement isla­miste Hamas qui contrôle la bande de Gaza, a déclaré que son mou­vement rejetait les condi­tions d’Israël à un cessez-​​​​le-​​​​feu.

"La Mau­ri­tanie et le Qatar ont décidé de sus­pendre leurs rela­tions avec Israël lors de la séance à huis clos" de la ren­contre, a déclaré à l’AFP un membre de la délé­gation mau­ri­ta­nienne qui a requis l’anonymat, confirmant une infor­mation donnée par la chaîne qatarie Al-​​​​Jazira.

La Mau­ri­tanie est liée par des rela­tions diplo­ma­tiques avec l’Etat hébreu et le Qatar abrite un bureau commercial israélien.

Lors de la séance d’ouverture de la réunion orga­nisée par le Qatar, M. Mechaal avait déclaré que "malgré toutes les des­truc­tions à Gaza, nous n’accepterons pas les condi­tions d’Israël en vue d’un cessez-​​​​le-​​​​feu car la résis­tance à Gaza n’a pas été vaincue".

Il a de nouveau énuméré les exi­gences du Hamas — qui contrôle la bande de Gaza — en réclamant "l’arrêt de l’agression (…), le retrait (israélien) de Gaza, la levée du blocus et l’ouverture de tous les points de pas­sages notamment celui de Rafah" à la frontière égyptienne.

D’autres chefs de l’opposition radicale pales­ti­nienne basée à Damas étaient pré­sents, de même que les pré­si­dents iranien Mahmoud Ahma­di­nejad, syrien Bachar al-​​​​Assad et séné­galais Abdoulaye Wade (pré­sident de l’Organisation de la confé­rence isla­mique), ainsi que des repré­sen­tants du Vene­zuela, de l’Indonésie et de la Turquie.

M. Assad, dont le pays est avec l’Iran, le prin­cipal soutien du Hamas, avait appelé plus tôt les pays arabes ayant des rela­tions avec Israël à "fermer les ambas­sades d’Israël et à rompre tout contact direct ou indirect avec l’Etat hébreu".

L’Egypte et la Jor­danie, signa­taires d’un traité de paix avec Israël, accueillent des ambas­sades de l’Etat hébreu.

Le pré­sident Assad a également affirmé que son pays avait décidé "de sus­pendre sine die les négo­cia­tions indi­rectes avec Israël", engagées par l’intermédiaire d’Ankara.

Il a en outre affirmé que l’initiative de paix arabe (de 2002) pré­voyant une nor­ma­li­sation des rela­tions arabo-​​​​israéliennes en échange du retrait israélien des ter­ri­toires arabes occupés depuis 1967, "a été tuée par Israël et on doit la consi­dérer comme morte".

Israël y avait trouvé "des aspects positifs" mais ne l’a pas formellement acceptée.

Seule une dou­zaine des 22 membres de la Ligue arabe par­ti­ci­paient à la ren­contre, boudée par les deux poids lourds l’Arabie saoudite et l’Egypte, ainsi que par le pré­sident pales­tinien, Mahmoud Abbas.

Dans son inter­vention, l’émir du Qatar, cheikh Hamad Ben Khalifa Al-​​​​Thani, avait lui proposé aux pays arabes de recon­si­dérer leurs rela­tions avec Israël.

M. Ahma­di­nejad a lui demandé que les diri­geants israé­liens soient pour­suivis pour "crimes" à Gaza et a appelé les pays arabes et musulmans à "rompre les rela­tions" avec Israël.

Il a aussi affirmé que l’administration du futur pré­sident amé­ricain Barack Obama était "hostile" à la popu­lation de Gaza.

"Beaucoup d’analystes pensent que l’hostilité envers la popu­lation de Gaza est un plan com­plè­tement amé­ricain, qui trouve son origine dans la nou­velle admi­nis­tration amé­ri­caine", a-​​​​t-​​​​il dit.

Les gou­ver­ne­ments arabes sont par­tagés entre un courant par­tisan du Hamas, et un camp allié aux Etats-​​​​Unis, qui sou­tient le Fatah.

Réunis de leur côté à Koweït dans le cadre de la Ligue arabe, les ministres arabes des Affaires étran­gères ont adopté un appel demandant que cesse "l’agression israé­lienne" à Gaza et mettant en place un fonds de deux mil­liards de dollars pour la recons­truction du territoire.

Ils doivent sou­mettre leur appel à un sommet écono­mique arabe la semaine pro­chaine à Koweït.

AFP Taïeb MAHJOUB