Gaza : la marine israé­lienne a refoulé un bateau libyen chargé d’aide humanitaire

Afp et Imemc, jeudi 4 décembre 2008

L’occupant israélien empêche l’arrivée à Gaza assiegée et mourant de faim d’un navire huma­ni­taire lybien.

Un bateau libyen en route pour la bande de Gaza, bouclée par Israël, a été inter­cepté par la marine israé­lienne et contraint à rebrousser chemin, ont indiqué lundi des sources pales­ti­nienne et israé­lienne. Le cargo, chargé d’aide huma­ni­taire, a été inter­cepté au large de Gaza par des bâti­ments israé­liens qui l’ont sommé de regagner le port égyptien d’El-Arich, a indiqué le député pales­tinien Jamal Al-​​Khoudari, qui dirige un Comité popu­laire luttant contre le blocus israélien.

Le Al-​​Marwa était le premier bateau d’un pays arabe à se diriger vers Gaza pour tenter de briser le blocus israélien imposé au ter­ri­toire contrôlé par les isla­mistes du Hamas. Des embar­ca­tions privées trans­portant des mili­tants pro-​​palestiniens étrangers avaient fait le voyage ces der­niers mois mais la marine israé­lienne les avaient laissé passer.

Une asso­ciation cari­tative du Qatar a annoncé lundi son intention d’acheminer par bateau une tonne de médi­ca­ments aux Pales­ti­niens de la bande de Gaza.

Israël a confirmé avoir refoulé le bateau libyen.

"Des navires de la marine se sont approchés du bateau libyen et l’ont sommé par radio de rebrousser chemin", a déclaré à l’AFP le porte-​​parole du ministère israélien des Affaires étran­gères Yigal Palmor.

"Qui­conque sou­haite ache­miner de l’aide huma­ni­taire à Gaza doit le faire en coor­di­nation avec Israël et à travers les points de passage connus. Ils peuvent aussi contacter l’Egypte", a-​​t-​​il ajouté.

Le ter­minal de Rafah, à la fron­tière entre la bande de Gaza et l’Egypte, est fermé qua­siment en per­ma­nence depuis juin 2006 et ne peut fonc­tionner sans le feu vert d’Israël.

Réagissant à l’interception du bateau, un porte-​​parole du Hamas, Fawzi Barhoum, a affirmé dans un com­mu­niqué que cette mesure "révèle le vrai visage cri­minel de l’occupant".

Il a aussi appelé l’Egypte à rouvrir le ter­minal de Rafah. "Le maintien de sa fer­meture entrera dans l’Histoire comme un crime commis par tous ceux qui assiègent la bande de Gaza", a affirmé M. Barhoum.

A Tripoli, une source offi­cielle libyenne a déclaré a l’AFP que l’équipage du bateau était en contact avec les auto­rités libyennes. "L’équipage nous a indiqué que le bateau, bien que chargé d’aide huma­ni­taire, faisait l’objet de tra­cas­series de la part d’embarcations de guerre israéliennes".

Elle a ajouté que le bateau, faute de pouvoir décharger sa car­gaison à Gaza n’aurait d’autre choix "que de revenir en Libye".

Le blocus de la bande de Gaza, en vigueur depuis la prise de pouvoir par le Hamas en juin 2007, a été ren­forcé début novembre en raison d’une recru­des­cence des violences.

Le bateau libyen trans­portait 500 tonnes d’huile, 750 tonnes de lait, 1.200 tonnes de riz, 500 tonnes de farine de blé et 100 tonnes de médi­ca­ments, selon le Fonds libyen d’aide et de déve­lop­pement en Afrique, qui a affrété le navire.

Pour pro­tester contre le blocus, des mili­tants pro-​​palestiniens ont déjà organisé à trois reprises — parfois accom­pagnés de per­son­na­lités poli­tiques — des tra­versées depuis Chypre depuis le mois d’août, afin de livrer des denrées et du matériel humanitaire.

A chaque fois, les auto­rités israé­liennes avaient fini par laisser passer les bateaux après avoir menacé de les inter­cepter.


Selon El Khodary sur IMEMC : “Le Al Marwa est tou­jours dans les eaux régio­nales et veut atteindre Gaza”

Jamal El Khodary, député et res­pon­sable du Comité popu­laire contre le Siège de Gaza a déclaré mardi 2 décembre que le navire lybien était tou­jours dans les eaux régio­nales après son inter­ception par la marine israé­lienne, et qu’il continue à tenter de rejoindre Gaza pour y apporter le matériel huma­ni­taire qu’il transporte.

El Khodary affirme que la crise s’intensifie à Gaza qui manque de matériel médical, des pro­duits de base et de nour­riture pour la survie quotidienne.

Dans un entretien avec le journal arabe Al Yawm (Aujourd’hui) , El Khodary a déclaré que le navire a réessayé d’atteindre Gaza mardi matin mais que les bateaux israé­liens l’ont intercepté.

Le Dr. Ahmad Tibi, député arabe à la Knesset, a tenté d’intervenir pour que le bateau soit autorisé à passer mais Israël main­tient son refus. El Khodary a ajouté que les res­pon­sables lybiens en charge du navire ont insisté pour que le bateau soit autorisé à atteindre la côte afin de livrer son char­gement humanitaire [1].

El Khodary a remercié la Libye et son gou­ver­nement pour leurs efforts, et appelé la com­mu­nauté inter­na­tionale, de même que les groupes de défense du droit et des droits humains, à inter­venir et à faire pression sur Israël pour qu’il laisse le navire franchir le blocus.

[1] tou­jours selon l’AFP relayée par Yahoo, La Lybie a émis mer­credi 3 décembre une vaine pro­tes­tation à l’ONU.

La Libye, qui ne reconnaît pas l’existence d’Israël, a pro­testé en vain mer­credi devant le Conseil de sécurité de l’ONU après l’interception par l’Etat hébreu d’un de ses bateaux chargé d’aide huma­ni­taire en route pour Gaza. Lire la suite l’article tension monte autour d’un bâtiment occupé par des colons à Hébron

Lors d’une réunion d’urgence du Conseil convoquée à sa demande, l’ambassadeur libyen, Gia­dalla Ettalhi, s’est livré à un réqui­si­toire contre l’action de la marine israé­lienne, l’assimilant à "un acte de pira­terie en haute mer".

Relevant que le Conseil de sécurité a adopté trois réso­lu­tions depuis juin sur la lutte contre la pira­terie au large de la Somalie, il l’a appelé à "assumer ses res­pon­sa­bi­lités" dans ce cas. Il lui a demandé de prendre une décision "qui assurera qu’Israël se conforme au droit huma­ni­taire inter­na­tional et au droit de la mer".

Mais il n’a pu convaincre les 14 autres Etats membres d’approuver une décla­ration condamnant l’incident, dont l’adoption aurait nécessité un consensus.

Invitée à s’exprimer bien que son pays ne siège pas au Conseil, l’ambassadrice d’Israël, Gabriela Shalev, a rejeté en bloc la pro­tes­tation libyenne, en par­ti­culier l’accusation de pira­terie, accusant à son tour Tripoli de "provocation".

Rap­pelant que la Libye ne reconnaît pas l’existence de l’Etat d’Israël, elle a jus­tifié l’interception du navire libyen au nom de la sécurité.

"Aucun Etat membre de ce Conseil, ni aucun membre des Nations unies en général, ne per­met­trait à une car­gaison en pro­ve­nance d’un pays hostile de s’approcher d’un ter­ri­toire qui sert de zone de lan­cement pour des attaques ter­ro­ristes contre ses citoyens", a-​​​​t-​​​​elle affirmé.

Un cargo libyen chargé d’aide huma­ni­taire, en route pour la bande de Gaza bouclée par Israël, a été inter­cepté lundi par la marine israé­lienne, qui l’a sommé de regagner le port égyptien d’El-Arich.

Le Al-​​​​Marwa était le premier navire d’un pays arabe à se diriger vers Gaza pour tenter de briser le blocus israélien imposé au ter­ri­toire contrôlé par les isla­mistes du Hamas.

Le blocus de la bande de Gaza, en vigueur depuis la prise de pouvoir par le Hamas en juin 2007, a été ren­forcé début novembre en raison d’une recru­des­cence des vio­lences, notamment des tirs de roquettes de la bande de Gaza vers le territoire israélien.

L’ambassadeur amé­ricain adjoint, Ale­jandro Wolff, a lui aussi rejeté les argu­ments libyens, qua­li­fiant d’"absurde" l’accusation de pira­terie, les forces israé­liennes n’ayant selon lui "ni tiré un coup de feu, ni abordé le navire" libyen.

M. Wolff a qua­lifié de "dan­ge­reuse et irres­pon­sable" la façon dont la Libye a tenté d’acheminer l’aide, direc­tement vers un port qui n’est pas ouvert au trafic maritime, au lieu de passer par les canaux habi­tuels de l’aide inter­na­tionale, notamment les agences de l’ONU.

Plu­sieurs autres Etats membres ont cependant saisi l’occasion de ce débat pour sou­ligner leur pré­oc­cu­pation devant la situation huma­ni­taire dans la bande de Gaza et déplorer la pour­suite du blocus israélien.

Avant le débat, l’ambassadeur de France, Jean-​​​​Maurice Ripert, a qua­lifié de "très inquié­tante" la situation huma­ni­taire à Gaza. Il a rappelé l’appel de la pré­si­dence fran­çaise de l’UE à "la réou­verture des points de passage et la reprise des livraisons de fuel et de produits humanitaires".