Gaza, état de guerre

Amine Lotfi, lundi 29 décembre 2008

La Palestine, aujourd’hui plus que jamais, est la cible pri­vi­légiée des stra­tèges occi­dentaux qui cherchent soit à la nier, soit à la domestiquer.

L’agression per­pétrée par Israël contre Ghaza entre dans de tels calculs. Après l’Afghanistan et l’Irak, c’est au tour de la Palestine main­tenant de tomber sous la coupe exclusive de l’Europe et des Etats-​​Unis qui entendent y ins­taller des régimes acquis comme ils ont pu le faire à Kaboul et à Baghdad.Le profil du parfait diri­geant, pour les capi­tales occi­den­tales, est celui de l’Afghan Hamid Karzai ou de l’Irakien Nouri Al Maliki, tous deux portés au pouvoir par les fourgons des armées d’occupation étran­gères. Dans le cas de la Palestine, les Etats-​​Unis et l’Europe ne veulent pas entendre parler du Hamas et encore moins recon­naître le fait qu’il avait rem­porté les élec­tions dans des condi­tions que les obser­va­teurs avaient qua­li­fiées de loyales.

Cette vic­toire avait été tout de suite contestée non par les Pales­ti­niens eux-​​mêmes, ce qui aurait été leur droit, mais par les Occi­dentaux au pré­texte que le Hamas est considéré par les Etats-​​Unis et l’Europe comme une orga­ni­sation ter­ro­riste. En d’autres termes, ce n’est ni plus ni moins que de dicter aux Pales­ti­niens les choix à faire. Ce n’est pas le Hamas qui est dans le col­li­mateur de cet Occident donneur de leçons. Le regretté pré­sident Arafat n’était pas non plus en odeur de sainteté, à telle enseigne qu’il fut enfermé à Ramallah pour y mourir. Les Occi­dentaux cherchent en Palestine un Karzai ou un Al Maliki local au mépris des choix sou­ve­rains du peuple. Ce sont des pra­tiques expé­ri­mentées par les anciennes puis­sances colo­niales en Afrique et par les Etats-​​Unis en Amé­rique latine.

Il n’est pas inutile de relever que l’agression israé­lienne contre Ghaza inter­vient avant des échéances élec­to­rales impor­tantes pour les Pales­ti­niens. Il s’agit de savoir qui suc­cé­derait éven­tuel­lement au pré­sident Mahmoud Abbas. Mais quelles élec­tions pour­raient se tenir dans un pays ravagé ? Israël a eu le feu vert au moins des Etats-​​Unis pour déclencher ses raids meur­triers contre Ghaza, et Tel-​​Aviv autant que la Maison-​​Blanche en escomptent un coup fatal porté au moral des Pales­ti­niens. Et en arrière-​​plan, se dessine cette volonté occi­dentale à contre-​​courant de la marche de l’histoire d’imposer son hégé­monie aux peuples épris de liberté. Sous le vernis du dis­cours sur les droits de l’homme, se pro­filent les ombres de ceux qui s’étaient attaqués à Mos­sadegh, Lumumba et Sal­vador Allende.

Rien n’a changé, en fait, depuis ces temps-​​là en dépit du paravent de la mon­dia­li­sation : ce sont tou­jours les mêmes qui décident du sort de l’humanité. La Palestine ne recèle ni pétrole ni mines d’or et de dia­mants. Sa tra­gédie est de se trouver dans l’immédiate proximité d’un Etat d’Israël créé par l’Occident pour se dédouaner de l’holocauste commis par le IIIe Reich allemand. Toute remise en cause de cet Etat est assi­milée à une question de sécurité inté­rieure par les Etats-​​Unis et l’Europe. Après le Hamas pales­tinien, le temps viendra où l’Etat hébreu, avec la béné­diction de ses alliés, voudra frapper le Liban, la Syrie, l’Iran et tout autre pays qui s’aviserait de sortir des rangs.