Gaza cette nuit

Ism, vendredi 30 juin 2006

Mardi 27 juin, 22h30. Pendant que j’écris, les chas­seurs à réaction tournent dans le ciel, avec leur bruit épou­van­table, apportant la mort et l’horreur.

Je n’irai pas me coucher ce soir, comme la plupart des habi­tants de Gaza. J’ai préparé mon sac d’urgence, il est près de la porte. Les hôpitaux ont décrété l’état d’urgence extrême, le per­sonnel médical est épuisé et limité à cause des sanctions.

Mercredi 28 juin, 1h 30 du matin.

Les opé­ra­tions contre Gaza se pour­suivent. Le pont de Gaza a été détruit. Les chas­seurs à réaction conti­nuent de viser leurs cibles. Le bâtiment du gou­ver­nement de Gaza a été touché par au moins 7 mis­siles. Depuis ma fenêtre, je vois un énorme feu et j’entends les sirènes des ambu­lances. Ils tirent aussi depuis les bateaux. J’habite près de la plage.

Mercredi 28 juin, 7h du matin.

Hier soir, c’était très dan­gereux d’atteindre un ordi­nateur. En plus, le courant était coupé. Je suis restée assise par terre avec mon fils et ma fille. Comme tous les habi­tants de la Bande de Gaza, nous n’avons pas dormi de la nuit. Nous n’y sommes pas arrivés, à cause du bruit des bombes, énorme et ter­ri­fiant, et ils conti­nuent leurs attaques. J’ai contacté l’hôpital plu­sieurs fois : pas encore de vic­times. L’opération se déroule sur dif­fé­rentes parties de la Bande de Gaza, mais elle cible le sud : Rafah. Là, je ne sais pas s’il y a des victimes.

Nous sommes vraiment entourés par la mort et nous l’attendons à n’importe quel moment. Le désen­ga­gement de l’armée israé­lienne, en sep­tembre dernier, a laissé la popu­lation de Gaza seule face à son destin, avec le contrôle total de ses fron­tières exté­rieures par l’armée israé­lienne. Le désen­ga­gement et la construction du mur en Cis­jor­danie n’ont pas apporté la paix aux Israéliens.

Nous avons l’expérience de toutes sortes d’agressions israé­liennes au cours des der­niers mois, et tout au long de l’Intifada. Depuis qu’Ehud Olmert est arrivé au gou­ver­nement il y a 4 mois, 85 Pales­ti­niens ont été tués, des sanc­tions écono­miques et poli­tiques ont été imposées et les gens, ici à Gaza, n’ont plus rien à perdre. Ils n’ont à perdre que leurs chaînes ; ils sont frustrés et n’envisagent aucun avenir.

J’espère qu’Israël ne va pas pour­suivre ses opé­ra­tions sur Gaza, les résultats pour­raient être hor­ribles, le mou­vement de résis­tance se prépare lui aussi, mais le dés­équi­libre des forces est évident, et de toutes façons Israël nous attaque en per­ma­nence, qu’il y ait ou non une résis­tance pales­ti­nienne. Mais cette fois, ce sera dif­férent et dans ce pro­cessus, beaucoup de civils vont mourir. J’écoute la radio locale. Il semble que les opé­ra­tions ont com­mencé à Khan Yunis, l’artillerie a com­mencé à tirer, sous cou­verture des héli­co­ptères Apaches et des chas­seurs à réaction. Main­tenant je peux écrire mais je ne sais pas ce qui va se passer, l’électricité peut être coupée.

Il y a quelques heures, Mohammed et Sondos (mes fils chéris, je prie pour la sécurité de tous les enfants du monde, y compris les enfants israé­liens) ont fait un petit détour en ren­trant à la maison ; une voiture a explosé à 150 mètres de la maison, près de celle du Pré­sident. Une per­sonne a été tuée et 4 blessés, je ne peux pas m’empêcher d’être angoissée. Après tout, je suis une mère. Je res­terai forte.

Demain j’irai au bureau du Croissant Rouge. Nous devons recevoir quelques médi­ca­ments qui avaient été stoppés aux fron­tières proches et qui seront uti­lisés au service des urgences de l’hôpital Alawda.

J’espère y arriver, avec l’aide de l’OMS. Je ne suis pas sûre que nous les rece­vions à temps, mais je vais quand même essayer. L’hôpital Alawda est à l’intérieur du camp de réfugiés de Jabalia. Il y a deux semaines, l’hôpital a reçu les enfants de la famille Galia qui ont perdu leurs parents lors du bom­bar­dement de la plage. Les réserves en médi­cament de l’hôpital sont suf­fi­santes pour une semaine de travail normal. Si l’opération israé­lienne continue et si le nombre des vic­times aug­mente, il s’en suivra un désastre humanitaire.

C’est juste une remarque parce que je suis médecin.

Le bruit des avions est de plus en plus fort. Je conti­nuerai à écrire, cela me fait du bien.