Gaza au bord de l’asphyxie

Andrea Becker, mardi 2 décembre 2008

Le blocus israélien mis en place pour répondre aux tirs de roquettes pales­ti­niens empêche plus de 1 million de per­sonnes d’avoir accès à des pro­duits de pre­mière nécessité.

Voilà plus de deux se­maines [1] qu’Israël a im­posé la fer­meture com­plète de la bande de Gaza. Pendant des mois, le passage n’avait été autorisé que pour assurer l’aide huma­ni­taire la plus essen­tielle, et la situation est encore pire depuis que les camions de vivres des Nations unies n’arrivent plus, alors que 80 % de la popu­lation en dépendent entièrement.

Cela se traduit aussi par l’absence d’approvisionnement en mé­dicaments et en matériel pour les hôpitaux, et par la dis­pa­rition du car­burant (payé par l’UE) pour la cen­trale élec­trique. Le 23 novembre, 33 camions de vivres de l’ONU ont fini par passer, soit quelques jours de ravi­taillement pour un tout petit nombre de personnes.

Le blocus israélien, en vi­gueur depuis que le Hamas a pris le contrôle de Gaza, au mi­lieu de l’année 2007, peut être décrit comme une inten­si­fi­cation des poli­tiques visant à isoler la popu­lation et à para­lyser l’économie locale et, par ces mesures dures et illi­cites de punition col­lective, à dresser la popu­lation contre le Hamas. Mais ces actions n’ont rien de nouveau.

Le blocus n’est que le dernier acte de la poli­tique de fer­meture qu’Israël a mise en place en 1991. En pra­tique, cela signifie qu’on prive de toute une série de pro­duits et de ser­vices (ali­men­taires, indus­triels, éducatifs, médicaux) une popu­lation inca­pable d’être auto­suf­fi­sante après des décennies d’occupation. En d’autres termes, le fioul, le gaz et le gazole, rares en temps normal, sont pra­ti­quement introu­vables. Faute de car­burant, les égouts et les sta­tions de trai­tement des eaux ne peuvent fonc­tionner cor­rec­tement, ce qui pro­voque une pénurie d’eau potable. Les cou­pures d’électricité atteignent aujourd’hui seize heures par jour dans cer­taines zones et touchent tous les foyers et les hôpitaux.

Il ne fait aucun doute que les mesures de punition col­lective prises contre la popu­lation civile de Gaza sont illé­gales au regard du droit huma­ni­taire inter­na­tional. On ne peut dis­tribuer ou retenir le car­burant et les vivres à titre de récom­pense ou de châ­timent. Il y a cependant long­temps qu’on a jeté aux orties le droit inter­na­tional. Le blocus a été pré­senté comme une punition pour l’élection démo­cra­tique du Hamas, une punition pour la prise du pouvoir de celui-​​ci et une punition pour les attaques des extré­mistes contre des civils israé­liens. Outre ses com­plexités et ses tra­gédies, le blocus israélien a pour effet prin­cipal de faire passer toute la popu­lation de Gaza en mode survie. Songez au per­sonnel de l’hôpital de Gaza. Le blocus a des consé­quences qui vont de l’anodin – les médecins n’ont plus de papier pour rédiger leurs ordon­nances – au tra­gique –entre une coupure de courant et la mise en route du groupe élec­trogène, les enfants sous assis­tance res­pi­ra­toire ne reçoivent pas d’oxygène.

En réduisant la popu­lation à la survie, le blocus prive les gens du temps de faire autre chose que de négocier les détails de ce qui est et n’est pas pos­sible dans leur vie per­son­nelle et pro­fes­sion­nelle. Est-​​ce qu’il y aura de la farine pour faire du pain, où et à quel prix ? Riches et pauvres passent des heures à se demander où ils vont pouvoir trouver une bon­bonne de gaz.

[1] depuis le 5 novembre 2008