Gaza assiégée ; La population otage de la crise interpalestinienne

Fares Chahine, mercredi 3 décembre 2008

Au 26e jour du blocus total imposé par Israël à la bande de Ghaza, un million et demi de citoyens vivent une situation huma­ni­taire inquié­tante. Le ministre israélien de la Défense, Ehoud Barak, a encore une fois jus­tifié le maintien de l’embargo par les roquettes palestiniennes.

Barak et son gou­ver­nement exigent du mou­vement Hamas, qui contrôle la bande de Ghaza depuis le mois de juin 2007, avec lequel a été conclu un accord d’accalmie, le calme total à la fron­tière entre la bande de Ghaza et l’Etat hébreu. L’accalmie, d’une durée de 6 mois qui devrait prendre fin au mois de décembre, a été bien suivie des deux côtés, avant de voler en éclats au début du mois de novembre, suite à une série d’agressions mili­taires israé­liennes qui ont fait 17 morts, dont la plupart sont des éléments des bri­gades Ezzeddine El Qassam, la branche armée du Hamas. Plu­sieurs fac­tions mili­taires actives dans la bande de Ghaza, dont le Hamas, ont répondu par une reprise des tirs de roquettes arti­sa­nales en direction des loca­lités proches de ce ter­ri­toire, surtout celle de Sderot, à la portée de ce genre d’armes. Evo­quant un consensus entre les dif­fé­rents mou­ve­ments pales­ti­niens actifs, Hamas empê­chait aupa­ravant tout tir de roquette, usant parfois de la force.

Cette question de tirs de roquettes arti­sa­nales a de tout temps été un sujet de grande dis­corde entre le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne, Mahmoud Abbas, et les res­pon­sables du Hamas. Alors que le premier a tou­jours qua­lifié ces roquettes de futiles, n’ayant aucune effi­cacité dans le conflit qui oppose les Pales­ti­niens à Israël, le Hamas, qui n’a jamais accepté les appels de Abbas d’y mettre un terme, lui répondait par des accu­sa­tions graves et essayait de le montrer comme un homme qui tra­vaille au bénéfice de l’ennemi israélien. Aujourd’hui, alors que le Hamas est prêt à revenir à l’accord d’accalmie au cas où Israël arrêtait ses agres­sions contre la bande de Ghaza, cer­tains mou­ve­ments, à l’image du Djihad isla­mique, la refusent, à cause de la mort de 17 mili­tants, dont des éléments de ce mou­vement, ce qui risque de pro­voquer une confron­tation interne entre les deux camps. Un autre dossier qui inquiète beaucoup les Pales­ti­niens, celui des pèlerins de la bande de Ghaza.

A la sur­prise générale, le mou­vement Hamas a ordonné aux poli­ciers du gou­ver­nement présidé par Ismail Haniyeh d’interdire par la force à des mil­liers de pèlerins de quitter la bande de Ghaza par le ter­minal de Rafah, ouvert à cette occasion pour 3 jours par les auto­rités égyp­tiennes. Selon des témoins, pas moins de 13 pèlerins ont été blessés au niveau des bar­rages montés spé­cia­lement pour les empêcher d’arriver au ter­minal de Rafah. Nafez Azam, un res­pon­sable du Djihad isla­mique, a dénoncé l’agression commise contre Aala Salama, un cor­res­pondant d’une radio locale, appar­tenant à son mou­vement, au niveau d’un barrage routier à Rafah, alors qu’il essayait de couvrir l’événement. Sur la chaîne qatarie Al Jazeera, le ministre des Affaires reli­gieuses du gou­ver­nement du Hamas, Taleb Abou Chaar, a déclaré que ces futurs hadji, ins­crits sur des listes conçues par le gou­ver­nement de Salam Fayad, ins­tallé en Cis­jor­danie, sont illé­gi­times. Il a refusé leur départ vers les Lieux saints. L’Arabie Saoudite, qui reconnaît le gou­ver­nement de Ramallah, a refusé de traiter avec deux gou­ver­ne­ments pales­ti­niens. Ainsi, plus de 3000 pèlerins pales­ti­niens qui n’appartiennent pas à un courant poli­tique précis, se voient sanc­tionnés par la confron­tation qui oppose les frères palestiniens.

Aucune situation aussi catas­tro­phique quelle qu’elle soit, même du temps de l’occupation directe de la bande de Ghaza par Israël, n’a pu empêcher les pèlerins de se rendre en pèle­rinage, ce qui montre la gravite de la réalité pales­ti­nienne d’aujourd’hui.