Gaza, Scandale absolu

K. Selim, samedi 6 décembre 2008

Gaza est étranglée, affamée… On entend bien Ban Ki-​​moon et les gens de l’UNRWA s’inquiéter, on n’entend pas les pays arabes se bouger et faire le minimum. C’est un écoeu­rement silen­cieux qui étreint les opi­nions publiques dans le monde arabe.

Pourquoi s’occuper à dénoncer Israël, ennemi déclaré des Pales­ti­niens, quand les Etats arabes assistent, dans un silence com­plice, à l’étranglement des habi­tants de Gaza ? Comment com­prendre, au nom d’un pré­tendu refus de la « poli­tique de la chaise vide », que Mahmoud Abbas ren­contre Ehud Olmert alors que les gens de Gaza sont mis dans une pré­carité absolue ? Le dif­férend poli­tique sub­stantiel qui existe entre le Fatah et le Hamas ne peut jus­tifier que le chef officiel de l’Autorité pales­ti­nienne fasse fi des souf­frances des Pales­ti­niens pour par­ti­ciper à une énième ren­contre qui n’apporte rien. Qui n’empêche pas Israël de rompre uni­la­té­ra­lement la trêve en lançant un raid meur­trier sur Gaza, ni même de décider des exten­sions des colonies. De quoi peut parler -le mot négo­ciation étant tota­lement déplacé - Mahmoud Abbas avec Ehud Olmert ? De la manière d’affaiblir le Hamas ? Si c’est le cas, la dérive aura atteint des limites into­lé­rables.

Car il ne s’agit pas du Hamas, de son orga­ni­sation poli­tique et de ses choix. Il s’agit des Pales­ti­niens de Gaza, des enfants, des femmes et des hommes qui risquent de mourir de faim et d’absence de soins. Il n’y a plus matière à « poli­tique » dans ces condi­tions où le droit élémen­taire à la vie est menacé. Il y a encore moins de place à des ren­contres de com­plai­sance avec les auteurs directs de la situation into­lé­rable imposée aux Pales­ti­niens de Gaza. Quoi de plus ridicule que d’apprendre que l’Autorité pales­ti­nienne a acheté des pla­cards publi­ci­taires dans les journaux israé­liens pour vanter le plan de paix arabe.

L’attitude des res­pon­sables arabes, dans laquelle il faut inclure sans hési­tation la fan­to­ma­tique Autorité pales­ti­nienne, est un scandale absolu. Il est étrange de constater que Mahmoud Abbas parle d’élections, alors que l’urgence absolue est d’ameuter le monde de la menace de mort massive qui plane sur Gaza. Il est into­lé­rable d’apprendre, selon le journal koweitien Al-​​Seyassah, que des monar­chies du Golfe pour­raient apporter une « assis­tance » de l’ordre de 290 mil­liards de dollars aux Etats-​​Unis pour les aider à faire face à la crise finan­cière, sans qu’on les entende dire que la coupe de la bar­barie est pleine à Gaza.

Jusqu’où ce monde arabe des offi­ciels ira-​​t-​​il ? Pourquoi l’Egypte, comme le sou­haite pra­ti­quement toute sa popu­lation, ne casse pas le siège cri­minel qui est imposé aux Pales­ti­niens ? Que craignent-​​ils ? Ont-​​ils besoin d’une cou­verture autre que celle de leurs opi­nions ? Que peuvent-​​ils avoir de plus que les décla­ra­tions du sous-​​secrétaire général de l’ONU chargé de la coor­di­nation des affaires huma­ni­taires, John Holmes, qua­li­fiant les « mesures qui aug­mentent les dif­fi­cultés et les souf­frances de la popu­lation civile de la bande de Gaza dans son ensemble d’inacceptables et devant cesser immédiatement ».

Vraiment, il n’y a pas de mot pour qua­lifier l’attitude des res­pon­sables arabes. Aucun mot n’est suffisant…