Gaza ; « Les gens vivent dans le noir, sans chauffage »

Caroline Stevan, samedi 3 janvier 2009

La Suis­sesse Suzanne Leuen­berger tra­vaille à l’office des Nations unies pour les réfugiés pales­ti­niens (Unrwa), à Gaza. Témoignage

En poste à Gaza depuis quinze mois, Suzanne Leuen­berger a vécu avec les Pales­ti­niens l’horreur des bom­bar­de­ments israé­liens. L’employée des Nations unies a quitté hier le ter­ri­toire, pour des vacances prévues de longue date.

Le Temps : Pouvez-​​vous nous décrire ce que vous avez vécu ces derniers jours ?

Suzanne Leuen­berger : C’est une expé­rience trau­ma­ti­sante, pour nous, mais surtout pour les gens qui ne peuvent pas quitter la bande de Gaza. Les enfants, surtout, ont très peur. Il n’y a qua­siment plus d’électricité ; la popu­lation vit dans le noir, sans chauffage, avec des fenêtres cassées par les bom­bar­de­ments. On ne sait jamais quand ni où ça va tomber. Il n’y a pas de caves pour se pro­téger et les maisons sont en mauvais état. Il est impos­sible de faire des frappes à Gaza sans toucher de civils, c’est tel­lement dense. Les morts et les blessés s’accumulent. Les hôpitaux sont débordés, ils n’acceptent plus que les blessés graves. Ils n’ont ni la place ni les moyens.

- Quelles sont les priorités ?

- La plupart des points d’entrée dans le ter­ri­toire sont fermés, il faut abso­lument qu’Israël autorise une ouverture. Nous avons pu faire rentrer un peu de médi­ca­ments, de farine, d’huile, mais ça ne suffit pas. En théorie, pour nourrir 750000 Pales­ti­niens, l’Unrwa a besoin de 100 camions de farine par jour, on en a livré 100 en tout. La majeure partie de la popu­lation dépend de notre aide.

- Avez-​​vous constaté un res­sen­timent de la popu­lation vis-​​à-​​vis du Hamas, ou seulement de la colère contre l’Etat hébreu ?

- Je n’ai entendu per­sonne cri­tiquer le Hamas, les gens sont surtout en colère contre ceux qui leur envoient des bombes sur la tête. Mais de toute façon, ils parlent très peu de poli­tique, ils sont trop occupés à sur­vivre, ils ont peur et se pré­parent au pire.

-  Israël a autorisé les étrangers à partir. Y a-​​t-​​il eu un mou­vement de masse ?

- Les huma­ni­taires sont restés, mais nombre d’étrangers mariés à des Pales­ti­niens en ont profité pour quitter le ter­ri­toire, ce qu’ils n’avaient pas eu le droit de faire depuis des années.