Gaza : Israël affiche des objectifs limités

Karin Laub, mardi 30 décembre 2008

En affi­chant offi­ciel­lement des objectifs limités dans la Bande de Gaza, Israël se garde toutes les portes ouvertes. Mais il en va du coup également de même pour sa cible, le Hamas, bien qu’il soit affaibli.

L’Etat hébreu, qui largue sur le ter­ri­toire pales­tinien un tapis de bombes sans pré­cédent depuis 1967, dit vouloir faire cesser les tirs de roquettes sur le sud d’Israël. Il ne va pas au-​​delà, ne pré­tendant pas vouloir ren­verser le Mou­vement de la résis­tance isla­mique au pouvoir à Gaza depuis 18 mois.

Ce choix offre à Israël une grande flexi­bilité : il lui permet d’arrêter l’assaut, surtout si la pression inter­na­tionale monte, et de reven­diquer quand même la vic­toire. Mais il laisse également de bonnes chances de survie au Hamas : comme Israël ne veut ni réoc­cuper Gaza, ni tenter ouver­tement d’y ins­taller un autre régime, le Hamas garde un poids consi­dé­rable dans de futures négo­cia­tions de cessez-​​le-​​feu.

Pour le ministre de la Défense Ehoud Barak, cette guerre vise à "porter un coup sévère" au Hamas, pour qu’il arrête ses "actions hos­tiles" contre Israël. Tzipi Livni, cheffe de la diplo­matie, dit vouloir voir émerger "une nou­velle réalité" le long de la fron­tière Gaza-​​Israël. Mais elle n’évoque pas le ren­ver­sement du Hamas, et exclut une réoc­cu­pation de Gaza, seule solution semble-​​t-​​il pour chasser pour de bon le Hamas et ses 20.000 hommes.

Ces pré­cau­tions sont peut-​​être la consé­quence des leçons de la désas­treuse guerre du Liban de l’été 2006 : d’entrée, le Premier ministre Ehoud Olmert s’était fixé l’objectif ambi­tieux de détruire le Hez­bollah. L’impréparation, la pré­ci­pi­tation, et l’échec à accomplir cet objectif ont laissé le sou­venir d’une guerre san­glante et inutile.

Les termes de la pré­cé­dente trêve Israël-​​Hamas, entrée en vigueur en juin, n’ont jamais été rendus publics. Elle n’a en tous cas pas débouché sur la levée pro­gressive du blocus en vigueur depuis que le Hamas contrôle Gaza, les points de passage étant régu­liè­rement refermés à chaque tir de roquette spo­ra­dique. Dans le même temps, le Hamas conti­nuait à s’armer, par les tunnels de contrebande.

Selon son diri­geant Ahmed Yousef, le Mou­vement n’acceptera pas de nou­velle trêve sans levée du blocus. "Israël veut le calme en échange d’une mort lente" pour Gaza, dit-​​il. "Le calme ne sera rétabli que si le siège est levé."

Mais le maintien du Hamas à Gaza risque aussi d’enterrer toute pers­pective de paix : Israël négocie avec son rival, le pré­sident pales­tinien modéré Mahmoud Abbas, qui contrôle la Cis­jor­danie, et dit ne pouvoir mettre quoi que ce soit en oeuvre tant que le parti isla­miste contrôlera la moitié de l’Etat pales­tinien à venir.

Si le Hamas reste aux com­mandes à Gaza, Mahmoud Abbas risque de ne pas pouvoir se main­tenir lui-​​même bien long­temps au pouvoir : selon ses rivaux, son mandat arrive à échéance le 9 janvier, et son autorité sera ensuite remise en cause.

Le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne, qui envi­sa­geait de tenir des élec­tions, semble hors jeu depuis le début de l’offensive israé­lienne, entre condam­nation molle et rejet tout net par le Hamas de son offre de médiation.

Ega­lement dif­ficile à déter­miner, l’importance du facteur élec­toral : les élec­tions israé­liennes sont fixées au 10 février. Si les res­pon­sables israé­liens nient que l’offensive ait des moti­va­tions poli­tiques, Ehoud Barak et Tzipi Livni, à la traîne dans les der­niers son­dages der­rière le "faucon" du Likoud Benyamin Néta­nyahou, sont poussés à montrer leurs muscles par la pression publique.

Autre para­mètre, la longue tran­sition amé­ri­caine : Israël voulait peut-​​être se hâter d’agir avant la prise de fonc­tions de Barack Obama le 20 janvier, cer­tains dans l’Etat hébreu estimant que le nouveau pré­sident ne sera pas aussi conci­liant que son prédécesseur.

Pour Zakarya Sinwar, pro­fesseur d’histoire à l’Université isla­mique de Gaza, "Israël peut bien tout détruire à Gaza, il ne trouvera per­sonne pour une red­dition poli­tique". D’ailleurs, après des mois de dégrin­golade, le Hamas semble désormais béné­ficier d’une nou­velle vague de sym­pathie et d’un regain de popularité.

Haut res­pon­sable mili­taire israélien pendant la der­nière guerre du Liban, Eyal Ben-​​Reuven considère également que le Hamas ne peut être abattu par la force : "le Hamas est une idéo­logie, nous ne pouvons pas annuler une idéo­logie par les moyens militaires".

En l’état, le mieux que puisse faire Israël, juge-​​t-​​il, c’est faire payer un tel prix au Hamas qu’il cessera de tirer ses roquettes, puis aborder en position de force de nou­veaux pour­parlers en vue d’une trêve. Et dans ce cadre, l’Etat hébreu risque de devoir se trouver contraint à lancer une opé­ration ter­restre, même limitée, pour durcir encore le message envoyé au Hamas. AP