Gaza ; C’est écrit sur le mur

Amira Hass, jeudi 2 avril 2009

Le racisme quo­tidien, dans ses formes ins­ti­tu­tion­nelles et popu­laires, en paroles et en actes, contre les Arabes d’Israël et contre les Pales­ti­niens de Cis­jor­danie est en général couvert sobrement et avec beaucoup de précautions.

"Nous sommes venus pour vous exter­miner. Mort aux Arabes. Kahana avait raison. Tolé­rance zéro. On veut liquider. Un Arabe mâle est un Arabe dans la tombe". Voilà une sélection repré­sen­tative de toutes les ins­crip­tions laissées par des soldats israé­liens sur les murs des maisons pales­ti­niennes de Gaza dont ils avaient fait leurs bases et leurs posi­tions de tir durant l’opération « Plomb durci ». Ici et là, un soldat a écrit une ligne à la tournure poé­tique ou une citation biblique dans l’esprit de ces inscriptions-​​là. Ont aussi été écrites des injures au Pro­phète Mohamed et à Ismaïl Haniyeh, à côté du tour des gardes pour les soldats et du score de l’équipe de football favorite.

Lorsque les pro­prié­taires des maisons sont rentrés chez eux, ils ont géné­ra­lement découvert d’importantes des­truc­tions – dues soit aux pre­miers bom­bar­de­ments de l’armée israé­lienne sur les maisons des quar­tiers exté­rieurs, opérés dans le but de chasser les habi­tants du secteur, soit aux incur­sions dans les maisons, accom­pa­gnées de dégra­da­tions du mobilier, des vête­ments, des murs, des ordi­na­teurs et autres appa­reils élec­triques. Souvent, ces maisons où les soldats avaient pénétré se retrou­vaient seules debout dans un quartier aux maisons rasées au bull­dozer, réduites à l’état de ruines. Les habi­tants ont aussi trouvé beaucoup de saletés laissées der­rière eux par les soldats.

En Israël, des ins­tituts de recherche comp­ta­bi­lisent chaque ins­cription insul­tante tracée dans un cime­tière juif à l’étranger et archivent tout écrit jugé pro­blé­ma­tique, afin d’évaluer la situation de l’antisémitisme là-​​bas. Les médias accordent beaucoup d’importance à toute ins­cription visant le Premier ministre assassiné, Yitzhak Rabin. Mais le racisme quo­tidien, dans ses formes ins­ti­tu­tion­nelles et popu­laires, en paroles et en actes, contre les Arabes d’Israël et contre les Pales­ti­niens de Cis­jor­danie est en général couvert sobrement et avec beaucoup de précautions.

l n’y a rien d’étonnant à ce que les ins­crip­tions en hébreu laissées sur les murs au cœur de quar­tiers pales­ti­niens que les auteurs ont aussi pris la peine de démolir, n’aient pas été enre­gis­trées par les cap­teurs israé­liens, tou­jours si sen­sibles au racisme visant les Juifs.

Les rap­ports et témoi­gnages sur les nom­breux civils tués à dis­tance ou de près, les porte-​​parole mili­taires ont pu les écarter au pré­texte de fabri­cation et de mani­pu­lation, ou bien répondre d’une manière générale en disant que les ter­ro­ristes en étaient res­pon­sables parce qu’ils se cachaient à proximité. La société israé­lienne, pour laquelle l’opération « Plomb durci » est déjà enterrée dans des archives fermées, est tou­jours prête à tous les sub­ter­fuges qui lui expli­queront à quel point son armée est juste et dotée d’une supré­matie morale.

Mais il est dif­ficile de contester les ins­crip­tions en hébreu qui ont été filmées ou de dire qu’elles ont été fabri­quées. D’autant qu’elles s’accompagnent de noms d’unités de l’armée israé­lienne et de noms de soldats. Et en effet, le porte-​​parole de l’armée israé­lienne a réagi en disant que ces ins­crip­tions étaient contraires aux valeurs de l’armée israé­lienne et que celle-​​ci les consi­dérait avec gravité.

Tous les soldats n’ont pas tracé des ins­crip­tions, mais ceux qui l’ont fait n’en ont pas été empêchés par leurs com­man­dants ni par leurs cama­rades qui n’ont pas non plus effacé ce qu’ils avaient écrit. C’est donc le lieu de louer l’honnêteté des soldats et leur fran­chise. Les soldats se sont sentis libres d’écrire ce qu’ils ont écrit parce que – tout comme les pilotes et les opé­ra­teurs de drones por­teurs de mis­siles – ils savaient qu’ils avaient reçu de leur gou­ver­nement et de leurs com­man­dants carte blanche pour attaquer une popu­lation civile. Pourquoi y aurait-​​il dès lors un pro­blème avec ces mots écrits ? Ce qu’ils ont écrit sur les murs reflète ce qu’ils ont compris comme étant l’esprit de la mission pour laquelle ils avaient été envoyés.

Contrai­rement aux com­man­dants plus mûrs, qui sont auto­risés à parler aux quelques jour­na­listes choisis, jugés accep­tables par l’armée et qui récitent par­fai­tement et soi­gneu­sement les brie­fings des juristes de l’armée et du cabinet du Pro­cureur de l’Etat, les auteurs des graf­fitis – soldats de l’armée régu­lière qui ont grandi avec l’occupation et la supé­riorité mili­taire israé­lienne – n’ont pas encore inscrit dans leur conscience que le monde ne pro­duisait pas que des armes mais aussi des lois, des règles et des normes humaines.

Leurs offi­ciers les ont auto­risés à violer des normes dont ils n’ont appa­remment pas conscience de l’existence. Contrai­rement à ceux qui rédigent les réponses du porte-​​parole de l’armée israé­lienne, les jeunes soldats, man­quant de sophis­ti­cation, n’ont pas l’expérience néces­saire pour couvrir les opé­ra­tions de l’armée et sa mission, leur mission, avec des mots qui brouillent la vérité.