Femmes palestiniennes : deux fois victimes

Rabab Khairy, Pour la Palestine n°48, vendredi 10 mars 2006

Rapport sur les droits humains /

Pour que le sort des femmes pales­ti­niennes ne soit plus passé sous silence, Amnesty Inter­na­tional a réper­torié tous les abus et les vio­la­tions contre les droits humains qu’elles subissent quotidiennement.

Dans le cadre de sa cam­pagne mon­diale « Halte à la vio­lence contre les femmes ! », Amnesty Inter­na­tional a publié, en mars 2005, son rapport consacré à celles que subissent les femmes pales­ti­niennes, intitulé « Les femmes face au conflit, à l’occupation et au patriarcat ». Ce rapport permet dans une large mesure de mettre en lumière l’impact sur les femmes des exac­tions com­mises par l’armée israé­lienne et d’examiner les vio­lences liées au genre au sein de la famille. Si le titre de l’étude peut laisser entendre que les cou­tumes patriar­cales et l’occupation seraient d’une égale manière les causes des vio­lences exercées contre les femmes, l’approche est beaucoup plus nuancée dans le contenu du rapport. Il montre plutôt comment le conflit et l’occupation contri­buent pour une large part à l’exacerbation des vio­lences com­mises contre les femmes dans la sphère fami­liale elle-​​même.

Exactions de l’armée israélienne

Tout au long du rapport, des séries de témoi­gnages et d’extraits de rap­ports des orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales étayent les trai­te­ments inhu­mains réservés aux femmes par l’armée israé­lienne. Amnesty Inter­na­tional passe ainsi au crible les vio­la­tions des droits humains com­mises dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens occupés et leurs impacts sur les femmes.

- Attaques israéliennes

Amnesty rap­pelle « les tirs injus­tifiés et incon­si­dérés » fré­quents des mili­taires israé­liens et la « pra­tique consistant à tirer au hasard en direction de vastes zones d’habitation den­sément peuplés de civils » qui tuent et blessent femmes et enfants sous pré­texte de vouloir tuer des acti­vistes pales­ti­niens. « Islam Abdullah Taha, âgée de 25 ans, enceinte de sept mois, et Khawla, sa fille de 18 mois, ont trouvé la mort le 12 juin 2003 sous les tirs de roquette d’un héli­co­ptère de combat israélien qui visait leur voiture cir­culant au milieu de l’après-midi dans une rue animée du centre de Gaza. La cible de l’attaque était Yasser Mohammed Ali Taha, le mari d’Islam, qui a également été tué. Quatre pas­sants ont été tués et une ving­taine d’autres blessés, dont plu­sieurs enfants. »

- Destructions des maisons

Les des­truc­tions de maisons ont aussi des réper­cus­sions directes sur les femmes qui avec leurs enfants sont des dizaines de mil­liers à se retrouver sans-​​abri et dans le dénuement. Depuis 2001, plus de 4000 maisons ont été détruites par l’armée israé­lienne à Gaza et en Cisjordanie.

- Accès au soins médicaux

Le rapport déve­loppe également lon­guement les res­tric­tions en matières d’accès aux soins médicaux imposées par les Israé­liens avec le Mur, les bou­clages, check-​​points, et couvre-​​feux. C’est ainsi que Rula Ashtiya, comme de nom­breuses autres femmes, « s’est vue refuser le passage par des soldats israé­liens et a été contrainte d’accoucher sur un chemin de terre à côté du poste de contrôle de Beit Furik. Son bébé est mort quelques minutes plus tard ». Ces péri­péties dra­ma­tiques entraînent aussi des chan­ge­ments de vie que les femmes s’imposent pour ne pas se retrouver dans ces situa­tions. Cer­taines décident désormais d’accoucher chez elles pour ne pas prendre le risque de vivre l’horreur de ce qu’a subi Rula et d’autres partent des semaines avant leur accou­chement chez un membre de la famille qui habite près d’un hôpital.

- Accès à l’éducation

Les bar­rages et autres res­tric­tions de mou­vement imposés aux Pales­ti­niens entrave leur droit à l’éducation dont l’accès affecte davantage les femmes que les hommes. Les trajets pour se rendre à l’université étant beaucoup plus longs pour les étudiants n’habitant pas en ville, sont devenus plus coûteux pour les familles qui, pour les plus pauvres, pri­vi­lé­gient l’éducation des garçons qui trou­veront plus faci­lement un travail mieux rémunéré.

Les femmes doublement victimes

Les routes de contour­nement, le Mur, les check-​​points et couvre-​​feux ayant une réper­cussion directe sur l’accès des femmes à l’éducation, à la santé et au travail les rendent encore plus vul­né­rables au sein même de la société pales­ti­nienne et rendent plus dif­ficile la défense de leurs droits. La vio­lence au sein des familles a par­ti­cu­liè­rement aug­mentée depuis le déclen­chement de la deuxième Intifada avec la mili­ta­ri­sation du conflit et la dégra­dation de la situation sécu­ri­taire et écono­mique qui ont exa­cerbé le contrôle exercé par les hommes sur les femmes pales­ti­niennes. Les lois exis­tantes sont dis­cri­mi­na­toires envers les femmes et n’offrent pas une pro­tection suf­fi­sante aux vic­times de vio­lences domes­tiques. Amnesty recom­mande une réforme de la légis­lation en matière de pro­tection des femmes, pour la prise en compte des méca­nismes juri­diques per­mettant aux femmes d’exercer des recours contre les abus dont elles peuvent être vic­times. Selon Amnesty, l’Autorité pales­ti­nienne doit ainsi doter la justice pales­ti­nienne de moyens légaux lui per­mettant d’ouvrir des enquêtes débou­chant sur la condam­nation des res­pon­sables de viols ou de crimes d’honneur.

La mili­ta­ri­sation crois­sante du conflit et de l’occupation ont entraîné une dété­rio­ration alar­mante de la situation des droits humains en Cis­jor­danie et dans la bande de Gaza et une aug­men­tation sans pré­cédent de la pau­vreté, du taux de chômage et des pro­blèmes de santé, qui touchent toute la société pales­ti­nienne. Mais tout ceci contribue à reléguer au second plan les condi­tions de vie des femmes pales­ti­niennes, souvent vic­times silen­cieuses. En dénonçant à la fois les exac­tions com­mises par une armée israé­lienne qui ne fait aucune dis­tinction entre les hommes, les femmes, les enfants, les per­sonnes âgées ou les femmes enceintes et les vio­lences domes­tiques contre les femmes pales­ti­niennes, le rapport permet de remédier à ce silence et de rendre un tout petit peu justice à toutes ces victimes.

Rabab Khairy