Fatah al-​​Islam, une nébuleuse tentaculaire déterritorialisée

Entretien avec Bernard Rougier - Pour la Palestine n°54, mercredi 5 septembre 2007

Liban /

Les affron­te­ments qui opposent l’armée liba­naise aux mili­tants de Fatah al-​​ Islam depuis le 20 mai dernier, réac­tua­lisent une question très sen­sible : celle du désar­mement des milices pales­ti­niennes - réclamé par la réso­lution 1559 de l’ONU- et mettent un peu plus en lumière la question des quelque 250.000 réfugiés parqués dans des zones de non-​​droit, réduits à sur­vivre sous assis­tance de l’UNRWA, sans grand espoir de sortir un jour d’un pro­vi­soire qui dure depuis plus de 50 ans. Un terreau propice aux idéo­logies les plus extrêmes, celle d’Al- Qaïda notamment. Comment en est-​​on arrivé là ? Quel sera l’après Nahr al-​​Bared ? Expli­ca­tions du cher­cheur et spé­cia­liste Bernard Rougier.

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Dans l’original, le cèdre libanais, la bande infé­rieure du drapeau pales­tinien et les étoiles avec “Allah Abkar” (Dieu est le plus grand) sont en vert. Le fleuve, lui, est en rouge.

PLP : Qui sont les mili­ciens de Fatah al-​​Islam implantés dans le camp de Nahr al-​​Bared depuis novembre 2006 ?

- - Bernard Rougier : Ce groupe se réclame d’un sala­fisme trans­na­tional de type Al Qaida même si, selon les termes de son chef et fon­dateur pales­tinien, Chaker al-​​ Absi [1], il n’y a pas de liens orga­ni­sa­tionnels entre Fatah al-​​Islam et Al-​​Qaida. Mais ils ont le même agenda : la lutte contre des objectifs occi­dentaux. Une partie des membres de ce réseau (plu­sieurs cen­taines de per­sonnes) viennent d’Irak, où ils se sont battus dans l’armée isla­mique, et ne sont pas des Pales­ti­niens. On y trouve des Syriens, des Saou­diens, des Libanais… On est frappé par le nombre sur­prenant de Saou­diens. Ils ont réussi à s’implanter très rapi­dement dans le camp de Nahr al-​​Bared en récu­pérant les infra­struc­tures de Fatah-​​ Intifada -une milice pales­ti­nienne pro­sy­rienne créée en 1983 par des oppo­sants de Yasser Arafat au sein du Fatah et qui, dans les années 90, s’est réis­la­misée. Leur insertion a pu aussi être faci­litée par cer­tains réseaux reli­gieux locaux d’orientation sala­fiste jiha­diste, pré­sents dans le camp. Autrement dit, c’est une ren­contre entre une logique iden­ti­taire locale et un phé­nomène importé direc­tement d’Irak.

Plus glo­ba­lement, il existe, à mon sens, une division au sein de l’islamisme entre l’option confes­sion­nelle et l’option idéo­lo­gique. La pre­mière consiste à ins­crire au premier rang des ini­mitiés les Chiites. Dans le cas du Liban, la cible est natu­rel­lement le Hez­bollah. La majorité des groupes isla­miques sun­nites libanais ont choisi l’option confes­sion­nelle et apportent à leur com­mu­nauté le soutien des reli­gieux dans sa lutte poli­tique contre le Hez­bollah. Selon eux, le mou­vement de Hassan Nas­rallah porte la pleine res­pon­sa­bilité de la para­lysie ins­ti­tu­tion­nelle et poli­tique du pays. En main­tenant sa stra­tégie, font-​​ils valoir, il perdra sa légi­timité natio­na­liste et son prestige arabe puisqu’il sera trans­formé par la mobi­li­sation des autres com­mu­nautés en une stricte orga­ni­sation chiite. Cette option fait très peur au Hez­bollah - même si ce dernier joue en per­ma­nence sur les deux tableaux. L’option idéo­lo­gique com­porte, elle, un agenda clas­sique de lutte contre l’Occident. Dans sa tra­duction poli­tique liba­naise, ses par­tisans sont hos­tiles à la réso­lution 1559 de l’Onu, à la Finul ren­forcée, aux ambas­sades étran­gères… Fatah al-​​Islam, en tant que figure de l’islamisme jiha­diste sunnite, refuse de sou­tenir, même impli­ci­tement, le gou­ver­nement libanais sur quelque dossier que ce soit.

PLP : Le Liban avait réussi jusqu’alors, même si tous les ingré­dients étaient là, à ne pas constituer une terre d’élection pour les cou­rants jiha­distes inter­na­tio­na­listes. Que s’est-il passé ?

- - B.R. : Nul besoin que le Liban soit « désigné » à pro­prement parler. Des anté­cé­dents existent, comme les événe­ments de Sir al-​​Diniyeh en 2000 [2] ou les attentats du réseau dit « Mac Donald » [3], en 2003. Les cibles (ambas­sades étran­gères, per­son­na­lités poli­tiques liba­naises…) font partie d’une réper­toire connu. Le Liban a donc déjà été le théâtre d’opérations de ce type. Deux hypo­thèses, deux inter­pré­ta­tions, sont pos­sibles. Je main­tiens que la division confessionnelle/​idéologique fait sens et a une cohé­rence même si les dif­fé­rents groupes semblent rela­ti­vement perdus entre ces deux options et ne les for­mulent pas for­cément dans ces termes. Au sein de Fatah al-​​Islam, il y a un débat entre le choix de lutter d’abord contre les Chiites et celui de com­battre prio­ri­tai­rement le gou­ver­nement libanais « prooc­ci­dental ». Beaucoup étaient favo­rables à la seule pour­suite de la lutte en Irak à partir de la base du camp de Nahr al-​​Bared ; d’autres pri­vi­lé­giaient la lutte contre l’Etat et les ins­ti­tu­tions liba­naises. Chaker al-​​Absi repré­sente cette der­nière ten­dance pour laquelle la priorité est de « casser la (résolution)1559 ». Il faut com­prendre combien tous ces groupes sun­nites demeurent indécis sur l’attitude à adopter in fine. Des débats sans fin sont orga­nisés pour déter­miner qui est l’ennemi et comment établir la liste des prio­rités. Souvent les groupes s’en sortent, y compris ceux qui sou­tiennent le gou­ver­nement libanais, en étant anti-​​Chiites au Liban et anti-​​Américains en Irak.

A quoi cor­respond le “timing” des affron­te­ments ? L’hypothèse la plus ten­tante et la plus vrai­sem­blable est qu’il est le fruit d’un hasard. Les FSI [4] s’en sont pris à Fatah al-​​Islam après qu’une banque a été déva­lisée, avec un enchaî­nement de cau­sa­lités (affron­te­ments, puis ven­geance du groupe sur l’armée etc.). L’autre hypo­thèse, plus incer­taine, est celle d’une décision poli­tique : les FSI ont visé en connais­sance de cause le groupe incarnant l’option idéo­lo­gique parce qu’il avait un autre agenda, un autre ordre de prio­rités et que le gou­ver­nement crai­gnait qu’il n’influence et n’entraîne les autres groupes islamiques.

PLP : Comment et pourquoi les camps pales­ti­niens du Liban sont-​​ils devenus un terrain de recru­tement pour le jihad ?

- - B.R. : Ce n’est pas récent [5] et cela dépend des camps. Ceux de Bey­routh, par exemple, n’obéissent pas à la même confi­gu­ration puisqu’ils sont plus ou moins contrôlés par le Hamas et qu’ils sont dans l’environnement direct du Hez­bollah - ce qui rend le contrôle beaucoup plus facile. Le phé­nomène d’islamisation apparaît clai­rement avec la fin de la guerre civile au Liban, dès 1990. Tous les quar­tiers popu­laires sun­nites sont également touchés. S’il est dif­ficile d’en mesurer pré­ci­sément l’importance quan­ti­tative, cette isla­mi­sation sala­fiste est confirmée dans les camps qui pré­sentent les carac­tères d’un bidonville.

Sa pre­mière expression remonte à 1982, lorsque des isla­mistes ont défendu le camp de Ain el-​​Héloué contre l’armée israé­lienne, alors que l’OLP s’était repliée au nord pour défendre Bey­routh. Sou­tenus au départ par l’ambassade d’Iran, ces réseaux pié­tistes se dégagent, dès la fin des années 80, de cette tutelle en s’enthousiasmant pour le jihad en Afgha­nistan. A l’époque, le front du Sud-​​Liban est tota­lement ver­rouillé par le Hez­bollah. L’OLP, qui n’est plus en mesure de contrôler les camps en raison de la « tutelle » syrienne, se lance, elle, dans la diplo­matie. Dès l’origine, les entre­pre­neurs et réseaux reli­gieux ont exploité à la fois le statut d’extraterritorialité des camps, le conflit ouvert entre Yasser Arafat et le régime syrien, et l’absence de dia­logue ins­ti­tu­tionnel entre l’Etat libanais et l’OLP. Ils ont pu établir, dura­blement, des enclaves car ils fai­saient face à des espaces sociaux ingou­vernés, sans orga­ni­sation poli­tique cen­tra­lisée, sans ins­ti­tu­tions ni ins­tru­ments effi­caces de socia­li­sation - en par­ti­culier des jeunes. Depuis des années, des pré­di­ca­teurs s’emploient à dégager les réfugiés de l’influence poli­tique et iden­ti­taire de l’OLP - en par­ti­culier du Fatah, long­temps l’ennemi prin­cipal. Pro­gres­si­vement, les camps de réfugiés, qui ont pourtant incarné l’identité pales­ti­nienne dans les années 70, quittent l’histoire pales­ti­nienne pour entrer dans celle d’un jiha­disme sans ter­ri­toire. Lieux de pré­di­cation, de recru­tement ou de refuge, ils deviennent le récep­tacle de tous les conflits qui concernent de près ou de loin la oumma (com­mu­nauté des croyants) et de toutes les ten­sions régio­nales. Le pour­ris­sement poli­tique du dossier israélo-​​palestinien a constitué, aussi, une res­source pré­cieuse pour les pré­di­ca­teurs religieux.

Les camps, encore une fois, sont des cel­lules extrê­mement sen­sibles à toutes les influences exté­rieures. À la fin des années 90, l’époque était à l’envoi de volon­taires en Tchét­chénie. Puis, l’Irak est devenu la grande cause mobi­li­sa­trice des milieux reli­gieux. Le jeu consiste à envoyer des volon­taires en Irak et, éven­tuel­lement, à servir de refuge pour des mili­tants traqués dans leur pays d’origine, mais sans avoir à sup­porter les consé­quences poli­tiques -locales-​​ de cette stra­tégie. Les camps du nord-​​Liban et du sud du pays (Saïda) ont été re-​​territorialisés loca­lement, chaque nouveau grou­puscule contrôlant “son” enclave. Cette division et ce cloi­son­nement de l’espace, propres au fonc­tion­nement des sala­fistes font que le camp en tant que tel n’existe plus comme unité sociale et poli­tique. Prenons le cas d’Usbat al-​​Ansar, le prin­cipal groupe sala­fiste à Ain el-​​Héloué. Il joue, en quelque sorte, le rôle d’auberge de jeu­nesse pour les mili­tants d’Al-Qaida dans la région et d’agence de voyages pour l’Irak. Il n’a aucun intérêt à ce que son « com­merce » soit entravé par des pro­blèmes exté­rieurs ou internes au camp. Pour pré­server son enclave et son activité, il a besoin d’éviter toute pro­vo­cation pouvant entraîner l’intervention de l’armée liba­naise. Il a intérêt au maintien du statu quo. Il est donc prêt, ponc­tuel­lement et tac­ti­quement, à se « re-​​palestiniser », voire à coopérer avec l’OLP. C’est ce qui s’est produit der­niè­rement lorsqu’il a passé alliance avec le Fatah et les repré­sen­tants de l’Autorité pales­ti­nienne pour cir­cons­crire le grou­puscule Jound al-​​Cham - tenté de suivre l’exemple de Fatah al-​​Islam. La menace d’extension des combats - du nord au Sud-​​Liban - a pu ainsi être stoppée net.

A Nahr al-​​Bared, jusqu’à récemment, il n’y avait aucune milice armée hormis Fatah Intifada, mais on pouvait constater comme à Ain el-​​Héloué, le même phé­nomène, ancien, de pré­di­ca­teurs sala­fistes ne se recon­naissant ni dans la poli­tique ni dans la culture palestiniennes.

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Le Liban (la forme découpée dans le mur) est devenu la cible des jiha­distes. Sur la pierre en forme de tête est inscrit : Fatah al-​​Islam.

PLP : Comment expliquer malgré tout que les orga­ni­sa­tions pales­ti­niennes aient laissé Fatah al-​​Islam s’emparer aussi faci­lement de Nahr al-​​Bared ? N’avaient-elles pas les moyens de résister - au moins poli­ti­quement ? Quelles sont les res­pon­sa­bi­lités de l’OLP ?

- - B.R. : Deux mondes coha­bitent dans le même espace depuis la fin de la guerre civile liba­naise. Les camps de Nahr al-​​ Bared et de Bed­daoui ne sont plus gou­vernés par le seul ima­gi­naire national pales­tinien. Le groupe de Fatah al-​​ Islam a pu asseoir une assise « immo­bi­lière » et locale en récu­pérant une partie des mili­tants et des infra­struc­tures de Fatah-​​Intifada. Ensuite, il a dis­tribué de l’argent. Selon mes infor­ma­tions, il semble avoir été correct vis-​​àvis des habi­tants : règle­ments des loyers, apports de res­sources exté­rieures… Comme les autres groupes jiha­distes au sud-​​Liban, il a exploité la crise sociale qui se double d’une crise de l’enseignement (les camps de réfugiés au Liban sont, par exemple, le seul milieu où l’on constate une coupure géné­ra­tion­nelle très nette entre des parents diplômés et des enfants désco­la­risés souvent à partir de l’âge de 13 ans).Tout cela explique notamment leur implan­tation extrê­mement rapide.

Hormis Fatah-​​Intifada, les seules forces poli­tiques pré­sentes sont le FPLP-​​CG d’Ahmed Jibril, entiè­rement sous la coupe du régime syrien, et le Fatah -quasi clan­destin et sans moyens. Le camp de Nahr al-​​Bared lui a échappé pendant plus de 20 ans. Il n’est de retour que depuis peu et n’a pas réussi à recons­tituer son appareil mili­taire. Cela dit, même si le Fatah avait été en mesure de résister, il n’aurait sans doute pas reçu l’ordre de se battre, Sultan Aboul-​​ Aynain [6] ou Mahmoud Abbas ne pouvant prendre le risque poli­tique de se voir accuser d’encourager une guerre civile.

PLP : Mais si Fatah al-​​Islam a récupéré les infra­struc­tures et les armes de Fatah-​​ Intifada et que le fon­dateur, Chaker al-​​Absi, est un ancien colonel du groupe d’Abou Moussa, cela ne revient-​​il pas à impliquer entiè­rement la Syrie, comme le prétend la thèse gou­ver­ne­mentale liba­naise ? Qui ins­tru­men­talise, en défi­nitive, ce groupe ?

- - B.R. : Il est extrê­mement dif­ficile de répondre à la question de l’instrumentalisation. Cela ne relève pas de ma com­pé­tence. En revanche, on peut clai­rement dire que ce groupe essaye d’exploiter le pour­ris­sement poli­tique et ins­ti­tu­tionnel au Liban pour détruire l’Etat et toute autorité poli­tique. Les franges radi­cales de l’islamisme libanais sont évidemment un enjeu entre le gou­ver­nement en place et le régime syrien. A partir du moment où un réseau défend un agenda régional de lutte contre l’Occident, il devient un facteur de division de la com­mu­nauté sunnite liba­naise (et à l’intérieur de l’islam sunnite radi­calisé) et un facteur de désta­bi­li­sation de la scène liba­naise. En ces termes, sans parler de mani­pu­lation, la crise actuelle pré­sente un intérêt objectif pour la Syrie. A minima, le régime s’est débar­rassé d’éléments poten­tiel­lement dan­gereux pour lui en les envoyant au Liban, comme il le fait, depuis 2003, vers l’Irak. Le contexte régional explosif et la confi­gu­ration de crise aiguë au Liban (rivalité entre le gou­ver­nement Siniora et le régime syrien) favo­risent toutes les extra­po­la­tions. Mais il faut se méfier des sur-​​interprétations.… Dieu sait que le régime syrien n’est pas innocent. Mais dans le conflit de Nahr al-​​Bared, son action n’est pas néces­saire. La question ne devrait pas être posée en termes de conni­vence d’appareils de sécurité ou de mani­pu­lation. Le contexte peut expliquer l’effet d’accélération, mais le phé­nomène Fatah al-​​Islam demeure, malgré tout, rela­ti­vement indé­pendant, des dyna­miques régio­nales. En revanche, on ne saura jamais qui se tient der­rière les attentats. Les acteurs ne manquent pas.

PLP : Quelle est la stra­tégie de ces groupes jiha­distes ? Que cherchent-​​ils ?

- - B.R. : L’écrasante majorité ne veulent pas modifier le statu quo au Liban. Ils sont prio­ri­tai­rement pré­oc­cupés non par le Liban mais par le front irakien. Même s’ils par­tagent la même identité (jiha­diste) que Fatah al-​​Islam, ils n’ont ni les mêmes intérêts ni la même stra­tégie. Le paradoxe de ces orga­ni­sa­tions (comme Usbat al-​​Ansar, en par­ti­culier) qui prônent la des­truction de l’ordre poli­tique arabe - est d’être des forces de statu quo : la situation locale liba­naise les arrange et il est important pour eux de la pré­server. Le risque d’extension du conflit de Nahr al-​​Bared vers le sud est d’autant plus limité que toutes les forces liba­naises pré­sentes au Sud-​​Liban (Hez­bollah, Bahia Hariri) et le Fatah de Sultan Aboul-​​Aynain (à Rachi­diyeh) tiennent, pour des raisons dif­fé­rentes, à ce qu’il n’y ait surtout pas d’embrasement à Ain el-​​Héloué. Il y là une conjonction d’éléments de sta­bilité extérieure.

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Sur les pancartes, les différentes lettres arabes du mot Liban.

PLP : Mais si ces groupes cherchent le statu quo, pourquoi avoir déclenché les hostilités ?

- - B.R. : Encore une fois, Fatah al-​​Islam n’a, lui, pas le même agenda poli­tique. Alors que cer­tains groupes exportent la « vio­lence » en Irak, eux l’importent d’Irak. Il y a là un croi­sement de vio­lences. Son exis­tence est le résultat d’un phé­nomène global qui s’articule aux par­ti­cu­la­rités liba­naises locales et de la mise en place d’un circuit régional d’acheminement de volon­taires vers le Liban. Sa stra­tégie est double : montrer d’abord qu’il existe un jihad sunnite au Liban et que le Hez­bollah n’a pas le monopole de la résis­tance à l’Occident, à Israël et aux Etats-​​Unis. Détruire, ensuite, l’orientation poli­tique « pro-​​occidentale » des sun­nites libanais, soli­daires des intérêts de la « com­mu­nauté inter­na­tionale » et engagés dans un pro­cessus d’opposition contre l’Iran, la Syrie et le Hez­bollah. Depuis environ un an, ces deux objectifs figurent notamment dans les com­mu­niqués de Zawahiri, le numéro deux d’Al-Qaida. Dans la situation régionale, le Liban est un lieu où se négocie, aussi, les intérêts de la com­mu­nauté sunnite en Irak.

PLP : Si l’OLP, et prin­ci­pa­lement le Fatah, sou­tiennent poli­ti­quement et ouver­tement l’Etat et l’armée liba­naise, cer­tains réfugiés du camp de Nahr al-​​Bared semblent, en revanche, très remontés contre l’armée. Sont-​​ils pour autant favo­rables à Fatah al-​​Islam ?

- - B.R. : Non et c’est toute la dif­fi­culté. C’est un dossier com­pliqué où s’enchevêtrent divers niveaux. À l’évidence, il y a un intérêt commun entre Pales­ti­niens et Libanais pour lutter contre des éléments radicaux qui exploitent la situation pour mener leur propre agenda. Le piège serait de trans­former la bataille actuelle de Nahr al-​​Bared en un affron­tement libano-​​palestinien, de réveiller les mémoires de la guerre civile - même si la situation était d’une toute autre nature. Cela demande doigté et intel­li­gence poli­tique. Demeure un aspect central : la poli­tique d’exclusion menée par le gou­ver­nement libanais depuis plus de 15 ans, qui peut expliquer le bas­cu­lement iden­ti­taire de tel ou tel segment de popu­la­tions réfu­giées. Cette poli­tique, qui était le fait de l’appareil sécu­ri­taire syro-​​libanais, consistait à main­tenir les Pales­ti­niens du Liban dans un état extrême de mar­gi­nalité poli­tique et sociale pour pouvoir s’en servir le moment venu comme d’une carte dans une négo­ciation régionale. L’idée étant d’empêcher le tawtin, c’est-à-dire l’implantation défi­nitive des Pales­ti­niens au Liban. Au nom de ce refus, des condi­tions d’exception ont été mises en place, de manière à trans­former les Pales­ti­niens en « butte témoin » de l’année 1948. Elles per­durent jusqu’à ce jour.

PLP : Comment se posi­tionne la fraction liba­naise du Hamas dans le conflit actuel ? On ne l’entend guère…

- - B.R. : Les camps du Liban sont le théâtre d’une guerre civile larvée entre mili­tants de la cause nationale et mili­tants inter­na­tio­na­listes (isla­miques). Le Hamas, lui, reste dans un cadre national et ne veut pas changer d’échelle, à la dif­fé­rence des jiha­distes qui ins­crivent leur lutte dans un cadre global. Il se retrouve actuel­lement dans une situation très dif­ficile : s’il s’associe avec le Fatah et coopère avec l’armée liba­naise pour réduire mili­tai­rement les membres de Fatah al-​​Islam, il peut devenir, malgré lui, l’instrument d’application de la réso­lution 1559 qui prévoit le désar­mement des camps et celui du Hez­bollah. Or il est en alliance assumée -objective, sub­jective et stratégique-​​ avec le Hez­bollah. En même temps, s’il est hostile à l’ouverture des camps pales­ti­niens à l’armée liba­naise, il est également hostile aux groupes jiha­distes avec les­quels il est en com­pé­tition directe pour le contrôle de la cause pales­ti­nienne ; il sait, aussi, les risques de débor­dement. D’où son profil bas depuis le début de la guerre de Nahr al-​​ Bared, l’essentiel de ses dis­cours de consensus se limitant à l’aide aux civils. Cela étant, le Hamas au Liban n’est pas très puissant. Il a réussi à récu­pérer les struc­tures des Frères musulmans libanais, dans les camps, en 1999, mais ne dispose pas de milice armée.

PLP : Et le Hezbollah, est-​​il aussi discret ?

- - B.R. : Le Hez­bollah est également en situation dif­ficile. D’abord en raison de son alliance avec le général Aoun et de ses liens étroits avec l’armée liba­naise. Sayed Nas­rallah ne prendra jamais la res­pon­sa­bilité de faire éclater l’armée. Concernant Al-​​ Qaïda, les posi­tions du mou­vement sont très claires : leur hos­tilité est totale, même s’ils ne com­mu­niquent guère sur ce sujet. Sur le dossier des camps pales­ti­niens, leurs posi­tions rejoignent celles du Hamas : à la fois une très grande méfiance sur la question du désar­mement des fac­tions pales­ti­niennes -perçue comme les pré­misses de leur propre désarmement-​​ et l’obligation de sou­tenir le consensus national de soutien à l’armée liba­naise. Il est bon, tou­tefois, de rap­peler qu’autant le Hez­bollah aime la cause pales­ti­nienne, autant il n’aime guère les Pales­ti­niens. A-​​t-​​on vu de grandes mani­fes­ta­tions de soli­darité avec les réfugiés ? Non. La raison est simple : les troupes et les mili­tants chiites ne sui­vraient pas.

PLP : Y a-​​t-​​il un danger de résur­gence d’un sen­timent anti-​​palestinien, tou­jours lattent au Liban, avec l’alourdissement des pertes mili­taires liba­naises à Nahr al-​​ Bared ?

- - B.R. : Para­doxa­lement, ceux qui entre­tiennent le sou­venir de la guerre civile et qui crient le plus fort au tawtin sont actuel­lement les chré­tiens pro-​​syriens. La partie pales­ti­nienne n’est pas, non plus, dénuée de toute res­pon­sa­bilité. Les voix des réfugiés pales­ti­niens dénonçant for­tement Fatah al-​​Islam ne se sont guère fait entendre. Il y a tou­jours ce même réflexe vic­ti­maire d’occultation des menaces poli­tiques qui pèsent sur son propre envi­ron­nement. L’islamisme sala­fiste, même non jiha­diste, nuît consi­dé­ra­blement à la cause pales­ti­nienne. Au delà de Nahr Al-​​Bared, où sont les Pales­ti­niens qui dénoncent la dyna­mique de recru­tement dont béné­ficie Usbat al-​​Ansar, à Ain el-​​Héloué, depuis plus de dix ans ? S’il le voulait, ce groupe pourrait prendre entiè­rement le contrôle du camp. Le temps joue pour eux. Ils entre­tiennent la menace du tawtin et ali­mentent les peurs (en par­ti­culier maro­nites) en faisant valoir que le droit au retour ne les concerne plus puisqu’ils sont dans Dar al-​​Islam, dans la oumma. Le poli­tique doit abso­lument prendre le pas sur l’approche com­mu­nau­taire : les habi­tants des camps doivent s’exprimer, assumer les menaces internes qui pèsent sur leur société.

PLP : La guerre de Nahr al-​​Bared peut-​​elle aider à une remise à plat du dossier palestino-​​libanais, figé depuis des années ?

- - B.R. : Il y avait là une vrai oppor­tunité poli­tique. Mais per­sonne, vrai­sem­bla­blement, ne pourra s’en saisir. Le gou­ver­nement ne pourra mettre en place des mesures concrètes d’amélioration du sort des réfugiés puisqu’il sera, for­cément, accusé de vouloir appliquer une poli­tique de tawtin. Depuis 2005, le jeu de Siniora consiste à essayer de briser le monopole syro-​​hezbollahi sur la question pales­ti­nienne au Liban. En abro­geant la condam­nation à mort de Sultan Aboul-​​Aynain, en rou­vrant un bureau de repré­sen­tation de l’OLP à Bey­routh (fermé pendant vingt ans), en lançant un dia­logue libano-​​palestinien, le gou­ver­nement libanais avait signifié la volonté d’une reprise en main liba­naise du dossier pales­tinien. Cette nou­velle orien­tation visait, aussi, à empêcher les Syriens et leurs alliés d’utiliser la carte pales­ti­nienne pour faire obs­tacle aux réso­lu­tions inter­na­tio­nales ou pour être un élément de désta­bi­li­sation au Liban. Mais l’instrumentalisation de la question du tawtin et son ultra-​​politisation, comme le contexte de crise, piègent toute ini­tiative. Il y a là la conjonction d’une question très sen­sible et d’une oppor­tunité poli­tique pour le Hez­bollah de gêner le gou­ver­nement en réac­tivant une mémoire maronite de la guerre, grâce son alliance avec les Aou­nistes et avec le pré­sident Lahoud. Sur fond, bien entendu, de bataille autour de la réso­lution 1559. On n’en sort pas.

L’autre réalité est que les Pales­ti­niens sont aussi divisés que les Libanais. Il n’est plus guère pos­sible de parler « des » Pales­ti­niens du Liban, comme d’un ensemble homogène. Certes, depuis quelque temps, on assiste à une recons­ti­tution du Fatah. Mais tout le monde sait que Mahmoud Abbas et Abbas Zaki ont une relation pri­vi­légiée avec Fouad Siniora et que le Hamas est aligné sur le Hez­bollah. Les divi­sions liba­naises sont donc pré­sentes en milieu pales­tinien et réci­pro­quement. Le contexte, tota­lement éclaté, rend toute issue incertaine.

PLP : La levée du tabou de l’inviolabilité des camps pales­ti­niens, pré­misses à leur désar­mement, n’est donc pas à l’ordre du jour ?

- - B.R. : Je n’y crois pas du tout. On va rester dans le statu quo. L’armée, qui est entrée dans cer­taines zones du camp de Nahr al-​​Bared, ne va pro­ba­blement pas y rester. Le seul chan­gement pos­sible pourrait venir de la décision du gou­ver­nement de confier au Fatah le contrôle, local, de l’ensemble du camp. Mais en a-​​t-​​il les moyens ? Ouvrir le dia­logue avec les Pales­ti­niens au Liban, c’est s’engager dans le débat interne libanais, paralysé. La question pales­ti­nienne est plus « liba­nisée » que jamais…

PLP : En attendant, l’implantation de com­bat­tants qai­distes au Liban plombe davantage la crise poli­tique interne et n’avantage guère le Hez­bollah dans son bras de fer avec le gou­ver­nement libanais…

- - B.R. : En ce sens, la crise a plutôt béné­ficié au gou­ver­nement Siniora et ne ren­force pas la position du Hez­bollah. D’où son profil bas. Ce qui le gêne, en par­ti­culier, c’est que l’Etat attaque un groupe sunnite plutôt proche de ses posi­tions. Bien entendu, le Hez­bollah n’a pas la même ligne et s’est tou­jours défendu, par exemple, de menacer, sur le plan mili­taire, la FINUL ren­forcée. En même temps, sa priorité demeure la lutte contre la dyna­mique de la 1559 et contre l’internationalisation du dossier libanais. D’où l’importance de trouver des alliances avec des groupes sun­nites. Poli­ti­quement, la guerre de Nahr al-​​Bared constitue une défaite même si elle n’est pas reconnue comme telle. Les sun­nites de Fatah al-​​Islam ne mobi­li­saient pas confes­sion­nel­lement contre le Hez­bollah ni contre les Chiites et leur priorité est la lutte contre l’Occident et la réso­lution 1559. Il faut rap­peler aussi que l’allié du Hez­bollah à Tripoli est accusé d’avoir favorisé le groupe jiha­diste en faisant libérer ses pri­son­niers détenus en Syrie, avant d’aider à leur ache­mi­nement à Nahr al-​​Bared. Bref, c’est un dossier « piégé » sur lequel le Hez­bollah n’a aucune réelle capacité d’initiative.

L’ouverture de ce nouveau front est intervenu alors que le mou­vement s’essoufflait net­tement au centre-​​ville. Le Hez­bollah n’a réussi ni à faire tomber le gou­ver­nement libanais ni à démontrer l’inefficacité de l’Etat. Au contraire, l’existence, aujourd’hui, d’un consensus national autour de l’armée ren­force l’Etat.

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Le petit per­sonnage repré­sente le Liban. En face du laby­rinthe (cerveau), la pan­carte dit : “la voie de la solution”. Parmi les feuilles volantes, on peut lire : “la crise liba­naise”, “l’instauration de fron­tières libano-​​syriennes”…

PLP : Fina­lement, la crise actuelle n’accrédite- t-​​elle pas la thèse de Seymour Hersch qui voit dans l’irruption de Fatah al-​​Islam une stra­tégie sou­ter­raine de l’administration amé­ri­caine consistant à mani­puler des groupes jiha­distes, au moyen d’opérations clan­des­tines et avec l’argent des Saou­diens, dans le but d’affaiblir et de diviser les Chiites régio­na­lement et, en par­ti­culier, le Hez­bollah libanais ?

- - B.R. : Il est très dif­ficile de répondre à ces sup­pu­ta­tions. Je rap­pelle que des thèses inverses ont pré­tendu que la stra­tégie amé­ri­caine consistait à armer et à financer le Fatah. La démons­tration a été faite de l’incurie de ces construc­tions. Je m’en méfie donc a priori. La seule concession que je fais aux thèses de Hersch concerne le rôle joué par les FSI libanais. Voilà des ser­vices tra­di­tion­nel­lement proches de la famille Hariri qui s’en prennent à un groupe qui ne par­ticipe pas à la mobi­li­sation confes­sion­nelle anti-​​Hezbollah. Là évidemment, il y a interrogation.

PLP : Il reste que l’administration amé­ri­caine semble avoir tranché faisant de l’Iran et des Chiites ses prin­cipaux ennemis dans la région. Attiser la fitna (sédition) entre Chiites et Sun­nites est une poli­tique amé­ri­caine attestée - en Irak tout au moins…

- - B.R. : Oui évidemment. Le risque pour la com­mu­nauté sunnite liba­naise qui sou­tient le gou­ver­nement, malgré tous ses dif­fé­rends, est de sortir divisée de ce conflit. Les rap­ports de force au sein de cette com­mu­nauté vont se trans­former. Le fait que les reli­gieux sun­nites soient actuel­lement sol­li­cités et prennent l’initiative de défendre « l’identité sunnite » face au Hez­bollah, menace, dans l’avenir, le statut et la position de pouvoir des civils sun­nites. On sait que Siniora n’a pas du tout le même agenda. L’alliance actuelle est purement cir­cons­tan­cielle. Le mains­tream à Tripoli demeure majo­ri­tai­rement anti-​​américain.

PLP : Le Liban chemine-​​t-​​il vers un appro­fon­dis­sement des dis­sen­sions confes­sion­nelles entre Sun­nites et Chiites pouvant dégé­nérer un jour en guerre civile ?

- - B.R. : Oui. Le climat est de plus en plus délétère entre Sun­nites et Chiites. On trouve des Sun­nites laïques prêts à adopter des atti­tudes pri­maires vis-​​àvis des Chiites et réci­pro­quement, ce qui était impen­sable avant. Le clivage est assumé de part et d’autre. Un schèma de guerre civile s’installe dans les têtes. Dans ce sens, l’assassinat du magistrat Walid Eido [7] est très signi­fi­catif. Frapper l’élite sunnite, civile et laïque, ali­mente le clivage entre ceux qui veulent porter le jihad sunnite au Liban et ceux qui jouent le jeu ins­ti­tu­tionnel et confes­sionnel contre le Hez­bollah. Mais ce n’est qu’une grille de lecture.

PLP : Depuis un an, on est frappé par l’enchaînement de col­lu­sions et de téles­co­pages. L’été dernier, la guerre d’Israël contre le Liban avait été pré­cédée par une grave dété­rio­ration dans la bande de Gaza. Aujourd’hui, alors qu’un nouveau front est ouvert au Liban, les ter­ri­toires pales­ti­niens sombrent dans la guerre civile et les pre­mières cel­lules qaï­distes semblent faire leur appa­rition… Comment analysez-​​vous ces scé­narii du pire ?

- - B.R. : Plus il y a dégra­dation du poli­tique, pour­ris­sement ins­ti­tu­tionnel, des­truction des cadres poli­tiques, plus les groupes radicaux -d’où qu’ils viennent-​​ trouvent un espace. L’émergence d’éléments qui se réclament du jiha­disme en Palestine est un phé­nomène nouveau et très dan­gereux. Ils exploitent une situation d’enfermement social et de pour­ris­sement poli­tique pour tenter de faire exister une nou­velle offre idéo­lo­gique. Sur le plan socio­lo­gique, leur base est souvent constituée d’individus mar­ginaux et de voyous qui se laissent pousser la barbe. Leurs com­mu­niqués ne sont pour le moment pas très sérieux, mais ce sont les signes avant-​​coureurs de nou­veaux types d’acteurs qui se nour­rissent de la crise inter-​​palestinienne pour réclamer un nouvel espace de contestation.

[1] Ori­gi­naire de Jéricho, Chaker al-​​​​Absi est un ancien colonel de la milice pales­ti­nienne pro­sy­rienne Fatah Intifada -créée en 1983 à partir de la scission avec le Fatah. Il s’installe au Liban après son expulsion de Syrie et annonce la création de Fatah al-​​​​Islam le 26 novembre 2006.

[2] Ces affron­te­ments avaient fait 30 morts : 15 mili­taires et autant de civils. Plu­sieurs cen­taines de mili­tants jiha­distes, regroupés der­rière un ancien d’Afghanistan, avaient constitué des camps d’entraînement dans la mon­tagne de Sir Al-​​​​Dinneyeh, au nord de Tripoli. Par accident, ils sont entrés en conflit mili­taire avec l’armée : il s’agit là d’un des pre­miers combats menés par des volon­taires d’Afghanistan ren­voyés dans leur pays d’origine contre une armée arabe.

[3] Ce réseau, financé par un ancien d’Afghanistan (Ibn Chahid), implanté à Ain el-​​​​ Héloué, avait choisi de faire exploser plu­sieurs kg de TNT devant le Mac Donald de Dora le 5 avril 2003. Cette opé­ration, conçue pour faire un mas­sacre, n’avait pas fait de victimes.

[4] Forces de Sécurité Internes (libanaises).

[5] Lire le premier long entretien avec Bernard Rougier dans Pour la Palestine43 (sep­tembre 2004), où l’auteur, avant tout le monde, avait prédit une telle évolution après des années de recherche sur la montée en puis­sance des groupes salafistes/​​jihadistes pales­ti­niens dans le plus grand camp pales­tinien d’Ain el-​​​​Héloué, dans les environs de Saïda (Sud-​​​​Liban).

[6] Chef du Fatah au Liban.

[7] Ancien pré­sident de la cour d’appel pénale de Bey­routh, député sunnite de Bey­routh sur la liste Hariri à Bey­routh, Walid Eido est mort le 7 juin 2007 dans un attentat à la voiture piégée qui a fait 7 autres vic­times, dont son fils.