Entre le Jourdain et la mer : deux États ou un seul ?

Françoise Germain-​​Robin, mercredi 19 mars 2008

En marge du Salon du livre, pas­sionnant débat entre des écri­vains israé­liens engagés contre la poli­tique colo­niale d’Israël.

Les éditions La Fabrique s’honorent de publier des écri­vains israé­liens que l’on avait aucune chance de voir figurer dans la délé­gation offi­cielle d’Israël au Salon du livre puisqu’ils sont engagés à fond, aux côtés du peuple pales­tinien, dans lutte contre la poli­tique d’occupation et de colo­ni­sation de l’État d’Israël.

Ces écri­vains « en marge » - dont des Arabes israé­liens écrivant en langue arabe, exclus d’office puisque seul l’hébreu était admis - ont pourtant pu faire entendre une voix dis­si­dente. Ils le doivent à la déter­mi­nation d’éditeurs cou­rageux mais aussi d’associations membres de la Plate-​​forme des ONG pour la Palestine, qui ont choisi, au lieu de boy­cotter le Salon, d’en faire une occasion de débats (1).

Celui qu’organisait La Fabrique dimanche soir inter­ro­geait plu­sieurs de ces auteurs sur la solution au pro­blème israélo-​​palestinien. Deux États, celui d’Israël et un État pales­tinien, ou un seul État bina­tional entre la mer et le Jourdain ?

Amira Hass, seule jour­na­liste israé­lienne (Haaretz) vivant en ter­ri­toire pales­tinien, auteure de plu­sieurs livres témoi­gnages sur l’occupation, estime que « la solution des deux États est hors de question. Israël en a gâché l’occasion offerte par les accords d’Oslo. L’urgence aujourd’hui, c’est de mettre fin à l’occupation. Il faut faire pression sur l’État d’Israël, seule autorité entre la mer et Jourdain, pour qu’il démantèle les colonies ».

Un point de vue partagé par Yael Lerer, direc­trice des Éditions Andalus (Tel-​​Aviv), pour qui l’urgence absolue est bien avant tout de mettre fin à l’occupation, laquelle va de pair avec l’obsession d’une « impos­sible sépa­ration ». Le cinéaste Eyal Sivan va dans son sens et propose de mettre sur pied « un vrai projet de société basé non plus sur la sépa­ration mais sur ce qui a existé autrefois : la coha­bi­tation entre Juifs et Arabes, féconde même si elle ne fut pas idéale ».

Michel War­chawski, lui, croit encore à la solution des deux États : « Aucune situation n’est irré­ver­sible, dit-​​il, sauf quand celui qui subit pense qu’il ne peut plus rien changer. » Ce qui n’est pas le cas des Pales­ti­niens ni des mili­tants israé­liens qui les soutiennent.

Député du Balad, (parti arabe israélien) à la Knesset, Jamal Zahalka s’indigne « qu’on ait fait à Paris un « invité d’honneur » d’un État qui commet chaque jour des crimes de guerre contre les civils ». « La question « Un ou deux États ? », estime-​​t-​​il, est un débat aca­dé­mique qu’aucun homme poli­tique israélien ni arabe ne pose. La seule question, aujourd’hui, c’est le choix entre vivre ensemble ou mourir ensemble. Nous, nous voulons vivre ensemble. »

(1) Débat avec plu­sieurs de ces auteurs et d’autres his­to­riens mardi à 1930 au Salon du livre, animé par Domi­nique Vidal, du Monde diplomatique.