Entre la destruction de Gaza et la judaïsation de Jérusalem

Ahmad Y. Al-​​Qoreï, jeudi 5 février 2009

Tel-​​Aviv voulait diriger les regards de l’opinion publique inter­na­tionale vers Gaza tout au long des trois semaines afin d’achever entre-​​temps son plan de judaï­sation de Jérusalem

L’opération israé­lienne bap­tisée « Plomb durci » ciblant Gaza a suscité de nom­breuses inter­ro­ga­tions. Quelle était la portée de la pour­suite des raids ter­restres, aériens et mari­times qui ont duré 3 semaines, alors qu’Israël aurait bien pu réa­liser son objectif de cette sale opé­ration en quelques jours seulement ? D’autant plus qu’il est doté d’un arsenal d’armes de des­truction massive amé­ricain des plus sophis­tiqués. Il est digne de noter qu’Israël ne pos­sédait pas cet arsenal des­tructif lorsqu’il a mené son agression abjecte sur trois pays arabes en 1967. Malgré cela, il a pu en 6 jours occuper des ter­ri­toires égyp­tiens, syriens et jordaniens.

C’est pro­ba­blement ce paradoxe tem­porel qui nous amène à nous demander pourquoi Israël a choisi un cadre tem­porel assez long, d’une durée de trois semaines pour mener son agression sur Gaza. Ce qui d’ailleurs a été déclaré par Aovan Ezé­chiel, secré­taire du gou­ver­nement israélien, quelques jours après l’agression. Pour reprendre ses propos, Aovan Ezé­chiel a dit que cette opé­ration aurait pu durer long­temps. La position des Etats-​​Unis, alliés stra­té­giques d’Israël, a soutenu la volonté de Tel-​​Aviv, et ce en empê­chant la pro­mul­gation par le Conseil de sécurité d’une réso­lution sti­pulant un cessez-​​le-​​feu immédiat, début janvier 2009. Le même jour, le gou­ver­nement israélien a refusé une pro­po­sition fran­çaise consistant à pro­clamer la trêve.

Il est clair que nous sommes devant un plan israélien, dont les grandes lignes ont été dévoilées dès la pre­mière minute. Tel-​​Aviv voulait diriger les regards de l’opinion publique inter­na­tionale vers Gaza tout au long des trois semaines afin d’achever entre-​​temps son plan de judaï­sation de Jéru­salem d’une part, et ter­ro­riser les habi­tants arabes de la ville sainte pour les empêcher de déclencher une intifada, d’autre part.

La preuve indé­niable du danger de ce plan israélien des­tructif mené en Cis­jor­danie et à Jéru­salem est cet appel lancé par les habi­tants arabes de la ville sainte le 21 décembre 2008. Ils ont appelé l’Autorité nationale pales­ti­nienne ainsi que l’OLP à placer le dossier de Jéru­salem avec ses dif­fé­rents volets à la tête de leur priorité. Ils ont recom­mandé également d’être sou­tenus dans les cam­pagnes de boycott qu’ils mènent contre les com­pa­gnies occi­den­tales qui inves­tissent à l’intérieur des colonies de Jéru­salem. Ils ont appelé également la com­mission de lutte contre la dis­cri­mi­nation dépendant de l’Onu de placer le dossier de Jéru­salem en tête de son agenda.

Avant le déclen­chement de l’opération Plomb durci sur Gaza le 27 décembre 2008, le plan d’une judaï­sation totale de Jéru­salem a été lancé à partir de la confis­cation d’un plus grand nombre de terres, la construction de colonies, l’expulsion des Pales­ti­niens de la ville sainte en les rem­plaçant par les colons juifs tout en prenant soin d’effacer tous les aspects et les traces his­to­riques arabo-​​musulmans qui carac­té­ri­saient la ville sainte. Et les preuves sont nom­breuses dans ce sens. Dans un premier temps, le premier ministre israélien Ehud Olmert a effectué le 24 décembre 2008 une tournée d’inspection des sites de la construction du mur de sépa­ration raciste ins­tallé dans le quartier du Grand Jéru­salem, et au cours de laquelle il a mis l’accent sur la nécessité d’achever la construction avec l’avènement de 2009. D’ailleurs, ce n’est pas un secret que le mur raciste com­prend des régions impor­tantes se situant à l’Est de Jéru­salem et qu’il avale plus de 85 % de ses territoires.

Le cheikh Tayssir Al-​​Tamimi, le grand juge de la Palestine, a mis en garde le 23 décembre 2008 contre la mul­ti­pli­cation des ten­ta­tives menées par les groupes extré­mistes sio­nistes pour imposer une hégé­monie israé­lienne totale sur la mosquée d’Al-Aqsa, afin de la détruire et de construire à sa place le pré­tendu temple. Le juge des juges a mis en évidence que la ville de Jéru­salem faisait l’objet d’une attaque féroce et d’un complot visant sa structure démo­gra­phique et géo­gra­phique dans l’objectif de sup­primer ses aspects arabo-​​islamiques et d’expulser ses habi­tants. Le plan vise à détruire leurs demeures, à confisquer leurs terres, à retirer leurs cartes d’identité, à leur imposer des impôts exor­bi­tants et enfin à les priver d’effectuer la prière dans la mosquée d’Al-Aqsa.

L’Organisation islamo-​​chrétienne pour le secours de Jéru­salem et des lieux sacrés a lancé une mise en garde indi­quant que la ville était exposée à une phase dan­ge­reuse et cri­tique de colo­ni­sation et de judaï­sation qui est pro­ba­blement la pire de son his­toire depuis l’occupation. Selon l’organisation, nom­breux sont les fac­teurs qui pré­voient l’approche de cette étape et qui laissent pré­sager que Jéru­salem est sur le point d’entrer dans un tunnel obscur menaçant son identité et ses lieux sacrés musulmans et chré­tiens. L’organisme a ajouté dans un com­mu­niqué que les der­nières décla­ra­tions de Tzipi Livni, diri­geante du parti Kadima, sur l’expulsion des Pales­ti­niens de 1948 et ceux de Jéru­salem vers les régions de l’Autorité pales­ti­nienne démontrent qu’elle et les sup­porters du parti sou­tiennent avec force l’idée du Grand Israël. Ceci nous donne une idée précise sur l’approche qui sera adoptée par les poli­ti­ciens israé­liens dans l’étape à venir. Pour ce qui est des colonies de Jéru­salem en Cis­jor­danie et à Jéru­salem, il est plus que jamais évident que les actes per­pétrés par les colons à Hébron et dans le reste de la Cis­jor­danie au cours des der­nières semaines sont d’un mauvais augure, car ils consti­tueront les auteurs des événe­ments et des crimes qui mar­queront la pro­chaine étape.

L’organisme arabo-​​musulman a, de son côté, signalé que les actes de judaï­sation visent actuel­lement les quar­tiers arabes de la ville. Il est question, vrai­sem­bla­blement, de se débar­rasser du plus grand nombre de citoyens ori­gi­naires de Jéru­salem et de changer l’aspect de la ville arabe en les rem­plaçant par des immeubles et des sym­boles juifs rénovés partout, surtout dans la vieille ville.

Le phé­nomène d’épuration eth­nique prend de plus en plus d’ampleur à Jéru­salem, nous rap­pelant ce qui a eu lieu dans le quartier de Maghareba qui a vu l’expulsion de ses habi­tants ori­ginaux et le chan­gement de ses aspects authen­tiques. Paral­lè­lement à la construction du mur de sépa­ration raciste, Israël tend à réduire le nombre de citoyens arabes au sein de Jéru­salem à 40 % contre 60 % de colons juifs.

Ainsi, le dernier scé­nario de judaï­sation de Jéru­salem a été dévoilé au grand jour avec le début de l’invasion israé­lienne de Gaza. Israël a tenu à achever ce dernier épisode du scé­nario avec des flammes de feu qui enva­his­saient les cieux de Gaza pendant trois semaines.