Enrichir l’action

Bernard Ravenel, Palestine Solidarité n°15, mardi 10 janvier 2006

Le climat inter­na­tional créé par le retrait de Gaza, suivi d’une cam­pagne média­tique en faveur d’Ariel Sharon, pré­senté comme “homme de paix” a créé un contexte nouveau pour la soli­darité dans la mesure où il a ins­tallé un trouble dans l’opinion.

Or, la situation, en par­ti­culier en Cis­jor­danie et à Jéru­salem, est beaucoup plus grave que ce qu’en disent les médias. Si bien que l’exaspération des Pales­ti­niens sur place et du noyau des mili­tants du mou­vement de soli­darité qui, eux, sont bien informés de cette situation, engendre une sorte d’écartèlement entre la volonté de réagir for­tement et la dif­fi­culté de mobi­liser une opinion atten­tiste. Il y a donc une nécessité préa­lable à la mobi­li­sation large : informer l’opinion, y compris les forces et les per­sonnes qui nous sont proches, sur la situation réelle et sur les objectifs de Sharon tels qu’exprimés par lui-​​même, à savoir fixer les fron­tières défi­ni­tives d’Israël à partir du mur en annexant la moitié de la Cis­jor­danie, en inté­grant l’ensemble de Jéru­salem et en “accordant” uni­la­té­ra­lement aux Pales­ti­niens un mini-​​Etat tota­lement non viable. En même temps, il ne faut pas prendre tous les projets et décla­ra­tions de Sharon comme des réa­lités inévi­tables. Seule la pression inter­na­tionale -on le voit pour l’ouverture de Rafah-​​ peut faire la dif­fé­rence, peut limiter les dégâts, les reculs, et déboucher sur des acquis par­tiels qui ren­for­ceront la dyna­mique du mou­vement. Ce travail de pression ne peut être dis­socié de la pra­tique poli­tique, sociale et cultu­relle des groupes locaux sur le terrain. Ce numéro pré­sente des échan­tillons de la construction d’une soli­darité dans le tissu com­plexe de la société fran­çaise, comme à Nîmes, avec les “jeunes des quar­tiers” ou à Elbeuf où de jeunes Pales­ti­niens et Israé­liens s’adressent ensemble à la jeu­nesse sco­la­risée. Cette sen­si­bi­li­sation s’accompagne, comme l’illustre l’article sur Nantes, d’un travail suivi de for­mation des mili­tants et des sym­pa­thi­sants. Tout le monde le sent bien : l’histoire et la mémoire -les mémoires historiques-​​ pèsent de tout leur poids dans la per­ception du conflit aujourd’hui. À un moment où l’on nous prédit le choc des civi­li­sa­tions, le mou­vement de soli­darité perçoit le rôle de plus en plus déter­minant de la culture dans la connais­sance réci­proque des peuples. Il mesure combien il est important et mobi­li­sateur de montrer les Pales­ti­niens non seulement en vic­times, mais aussi comme voulant construire, créer, croire à la paix, au dia­logue avec l’autre, en un mot vivre. C’est ce que montrent les expé­riences de plu­sieurs groupes locaux. Tout ceci bien entendu se com­plète par la construction avec les Pales­ti­niens, réfugiés ou non, au Liban et en Palestine, de liens étroits, qui com­mencent par des ren­contres et qui se pour­suivent par des projets communs. Pour les groupes locaux, ces acti­vités s’insèrent dans le combat de l’AFPS pour l’application du droit inter­na­tional avec une nou­velle cible aujourd’hui : le tramway colonial.

Bernard Ravenel