Enquête sur la flottille : l’ONU est confuse

Stéphane Bussard, jeudi 5 août 2010

Le raid meur­trier mené par Israël sur la « flot­tille de la liberté », qui visait à faire sauter le blocus de Gaza, donne lieu à deux enquêtes onu­siennes parallèles

A quoi jouent les Nations unies ? Le pré­sident du Conseil des droits de l’homme (CDH) de l’ONU à Genève, Sihasak Phuang­ketkeow, a précisé mer­credi au Palais des Nations les objectifs de la mission d’enquête sur l’abordage meur­trier, le 31 mai, par les forces israé­liennes, de la « flot­tille de la liberté », qui sou­haitait faire sauter le blocus de Gaza. Une mission créée par le CDH le 2 juin dernier. « Il s’agit d’établir les faits, les vio­la­tions du droit huma­ni­taire et des droits de l’homme », a insisté l’ambassadeur thaïlandais.

A cette fin, trois experts ont été nommés : Karl Hudson-​​Philips, qui a officié comme juge à la Cour pénale inter­na­tionale, Desmond de Silva, un avocat qui fut pro­cureur général du Tri­bunal spécial pour le Sierra Leone, et enfin Mary Shanthi Dairiam, qui a été membre du Comité pour l’élimination de la dis­cri­mi­nation à l’égard des femmes. Israël a déjà mani­festé sa désap­pro­bation. Sihasak Phuang­ketkeow croit néan­moins pos­sible une coopé­ration israélienne.

Panel de quatre experts

Fait étonnant : le CDH n’est pas la seule ins­ti­tution, au sein de l’ONU, à lancer une mission d’enquête sur l’abordage de la « flot­tille de la liberté » [1]. Le secré­taire général des Nations unies, Ban Ki-​​moon, a annoncé lundi la consti­tution d’un panel de quatre experts qui béné­fi­cieront de l’aide sur­pre­nante du pré­sident colombien sortant, Alvaro Uribe [2]. Israël a d’ailleurs accepté pour la pre­mière fois de coopérer avec ces experts [3]. Mais ceux-​​ci ne risquent-​​ils pas de marcher sur les plates-​​bandes du Conseil des droits de l’homme ? Sihasak Phuang­ketkeow s’en défend et estime que la mission ins­tituée à New York lundi aura un mandat « plus large ». [4]

A Genève, cer­taines voix s’élèvent et estiment que, si l’on avait voulu dis­cré­diter davantage le Conseil des droits de l’homme, on ne s’y serait pas pris autrement. La mission d’enquête du CDH remettra ses conclu­sions lors de sa pro­chaine session, en septembre.

[1] voir aussi al-​​​​Ahram hebdo :

Israël : droits humains ? Connais pas

Israël doit aban­donner le blocus qu’il impose à Gaza et inviter une com­mission d’enquête indé­pen­dante au sujet de son agression san­glante contre ce ter­ri­toire. C’est ce à quoi vient d’inviter le comité de l’Onu pour les droits de l’homme. Rien de nouveau sous le soleil ? Les appels et les condam­na­tions des pra­tiques israé­liennes se suivent sans apporter de résultats. Ils sont là pour rendre plus volu­mineux encore le dossier des actes d’accusation contre Tel-​​​​Aviv. Mais celui-​​​​ci se soucie peu des condam­na­tions morales. Voire à l’occasion même de ces demandes, il les a non seulement for­mel­lement rejetées, mais il a même sou­ligné que la notion de droits humains, tel que pré­cisée dans la Convention inter­na­tionale sur les droits poli­tiques et humains, ne s’appliquait pas aux ter­ri­toires occupés de Cis­jor­danie et de Gaza. Et ceci bien qu’elle s’applique en revanche aux colons juifs se trouvant dans ces régions. On n’a jamais vu autant d’esprit dis­cri­mi­na­toire qui refuse le droit inter­na­tional. Ce qui a fait dire à un ancien juge et militant français des droits de l’homme, Chanet, qu’il est très dif­ficile de dia­loguer avec Israël. Ça on le connaît. Cela est clair. Tel-​​​​Aviv est tout le temps sur la sel­lette quand il s’agit de droit humain. Et ceci concerne tant sa poli­tique en Cis­jor­danie qu’à Gaza. Le 23 juillet dernier, un autre forum, le Conseil des droits de l’homme, a désigné une équipe d’experts inter­na­tionaux pour l’affaire de la flot­tille. Il s’agit de 18 spé­cia­listes indé­pen­dants, notamment des experts bien connus en droits inter­na­tional et humains. Ils repré­sentent aussi une convention formée de 166 pays. L’enquête doit porter aussi sur les mas­sacres lors de la cam­pagne mili­taire israé­lienne contre Gaza. Un autre chef d’accusation contre Israël : le fait de juger des enfants, pales­ti­niens, cela s’entend, devant la Cour mili­taire. Des cen­taines d’enfants sont détenus pour ces procès. Pour les autres, on relève des exé­cu­tions extra­ju­di­ciaires des sus­pects et des cas de torture. A ces accu­sa­tions acca­blantes on ajoute la construction illégale de colonies dans les ter­ri­toires occupés, la des­truction des maisons pales­ti­niennes et bien d’autres. Israël doit répondre pour un pro­chain rapport, devant être publié en juillet … 2013. D’ici là, beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts. On pourrait dire plutôt beaucoup de sang.

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[2] En fait, la mission d’enquête sera dirigée par l’ancien premier ministre néo-​​​​zélandais, Geoffrey Palmer, et par le pré­sident sortant de la Colombie, Alvaro Uribe. Un enquêteur israélien et un enquêteur turc participeront.

[3] ce qui n’a rien d’étonnant puisque pour la pre­mière fois Israël sera repré­senté au sein d’un comité onusien chargé d’enquêter sur les crimes de son armée. Ce qui invalide déjà cette com­mission. Ajouté à cela, la pré­sence d’un allié fidèle d’Israël : l’ancien pré­sident Uribe, lui même cri­minel de guerre, qui a soutenu acti­vement les auto­rités israé­liennes dans leur poli­tique colo­niale et avait engagé une coopé­ration mili­taire accé­lérée avec Israël. Ainsi Israël a-​​​​t-​​​​il apporté une aide constante à Uribe dans la for­mation de ses soldats et dans la four­niture de matériel mili­taire, tels des drones (Israël est 1er four­nisseur d’armement de la Colombie) ou en matière de ren­sei­gne­ments :L’implication d’Israël dans la sale guerre en Colombie

[4] selon les infor­ma­tions dont on dispose actuel­lement cette com­mission aura pour but d’étudier les rap­ports des com­mis­sions israé­lienne et turque, pas de chercher le vérité elle-​​​​même