En finir avec l’impunité dont béné­fi­cient les diri­geants israé­liens depuis plus de 40 ans qu’ils bafouent le droit international.

JC Lefort, dimanche 2 mai 2010

Dis­cours d’ouverture à la Confé­rence inter­na­tionale sur la résis­tance popu­laire non vio­lente qui s’est tenue à Bil’in du 21 au 23 avril 2010

Comment com­mencer cette inter­vention sans évoquer, à mon tour, la mémoire de Bassem Abou Rahma assassiné froi­dement ici l’an dernier ? Comment ne pas parler de Bassem mais aussi des martyrs de Nil’in comme d’Iraq Burin et d’ailleurs qui nous ont quittés ? Mais leur combat continue. En ce sens ils sont pré­sents parmi nous aujourd’hui.

Oui la lutte engagée continue alors que la force occu­pante n’a pas ménagé ses efforts pour l’empêcher et a mul­tiplié les coups contre vous. Des dizaines d’arrestations ont été opérées de manière illégale. Je pense ici tout spé­cia­lement à Abdallah Abu Rahma, à Adib Abu Rahma ou bien encore à Ibrahim. Nous leur exprimons notre soli­darité tout comme à la popu­lation de Bil’in, de Nil’in, d’Almassara, d’Iraq Burin, de Nabi Salah et aux autres Comités populaires.

En vérité une vérité stra­tégie a été mise en place contre les popu­la­tions en lutte. On voulait les faire tomber dans un piège ter­rible : ou bien les amener à renoncer ou bien à les amener à recourir à la vio­lence. Vous avez tenu le cap. Et en face voilà qu’ils ont peur !

Cela fait 5 ans que nous vous sou­tenons. Et je veux vous le dire : plus que jamais nous vous sou­tenons. Cela pour au moins deux raisons fondamentales.

La pre­mière découle du fait que si tout peuple occupé dispose du droit absolu de résister, ce droit, ici, vous l’exercez plei­nement sous une forme appro­priée que vous appelez « la résis­tance popu­laire et non-​​violente ».

Je sais bien qu’il existe des per­sonnes qui expliquent que la résis­tance et la paix sont deux objectifs contraires. L’histoire les contredit. Elle a tranché : il n’y a jamais eu de paix sans résis­tance. Jamais une force occu­pante ne s’est retirée toute seule, d’elle-même.

On n’a jamais vu cela dans l’histoire et jamais on ne le verra.

La résis­tance est une condition pour obtenir la paix et la paix et un fruit de la résistance.

Natu­rel­lement la résis­tance popu­laire doit trouver un débouché poli­tique pour s’accomplir pleinement.

Mais quand rien n’avance réel­lement sur place au plan poli­tique, ou pire quand tout est bloqué, comme c’est véri­ta­blement le cas aujourd’hui, d’où peut venir le positif ? De la soli­darité internationale !

Là encore il est un fait his­to­rique majeur et incon­tes­table qui ne souffre, lui non plus, d’aucune exception : un peuple peut se trouver loca­lement dans un rapport de forces très défa­vo­rable face à une puis­sance occu­pante sur­armée et pour autant il peut gagner poli­ti­quement. A la condition d’avoir à son côté la soli­darité inter­na­tionale, de la rechercher et de la permettre !

Certes nous atta­chons la plus grande attention aux prises de posi­tions des diri­geants de la planète. Nous avons apprécié la décla­ration de l’Union euro­péenne en décembre dernier, puis celle du Quar­tette ou bien encore les atti­tudes récentes du Pré­sident Obama et les décla­ra­tions d’un général amé­ricain très important, le général Petraeus.

Ce dernier vient de dire, à sa façon, ce que nous ne cessons de dire de puis des années et des années, à savoir que le conflit israélo-​​palestinien occupe une place cen­trale dans la sta­bilité régionale et plus glo­ba­lement dans la sta­bilité internationale.

Mais autant nous prenons au sérieux les décla­ra­tions des diri­geants de la planète, autant nous constatons que les actes manquent qui don­ne­raient toute leur force à ces déclarations.

Le cœur du pro­blème est ici poli­tique : il convient d’en finir avec l’impunité dont béné­fi­cient les diri­geants israé­liens depuis plus de 40 ans qu’ils bafouent le droit inter­na­tional. Israël est membre de l’ONU. Il est contraint par les enga­ge­ments aux­quels il a souscrit. C’est un Etat comme les autres quoi qu’en disent ses dirigeants.

C’est pourquoi, pour que les choses bougent, il faut compter sur la soli­darité popu­laire inter­na­tionale et non pas la consi­dérer come seconde ou annexe.

Cette solidarité s’exprime chaque jour en Europe. Elle s’exprime en France.

C’est ainsi que, outre notre soutien à votre lutte ici, nous par­ti­cipons plei­nement au Tri­bunal inter­na­tional Russel pour la Palestine ; que nous refusons l’entée illégale des pro­duits des colonies sur le marché français ; que nous exi­geons la levée du blocus inhumain et illégal de Gaza ; que nous demandons l’application de l’article 2 de l’Accord d’association UE-​​Israël ; que nous mettons en cause l’incroyable volonté de faire entrer Israël dans l’OCDE alors que ses para­mètres écono­miques sont « tout sim­plement » faux. Bref, nous luttons, sujet par sujet, et pied à pied, pour mettre un terme à l’impunité d’Israël tant que les diri­geants de ce pays n’appliqueront pas le droit international.

C’est ainsi qu’ils enten­dront raison. Et ceux qui se pré­tendent les « amis » d’Israël rendent le plus mauvais des ser­vices à ce pays en ne s’engageant pas dans cette voie.

Voilà la seconde raison qui fonde notre enga­gement renouvelé auprès de vous : en com­binant résis­tance popu­laire et soli­darité popu­laire inter­na­tionale il ne sera plus pos­sible de repousser à l’infini l’imposition de la paix dans cette région du monde.

C’est pourquoi, quelles que soient les dif­fi­cultés actuelles, qui sont sérieuses, nous avons confiance dans ce mou­vement qui prend corps et qui combine la résis­tance popu­laire et la soli­darité internationale.

Sénèque, un grand phi­lo­sophe, pouvait écrire il y a long­temps : « Ce n’est pas parce que les choses sont dif­fi­ciles qu’on n‘ose pas. C’est parce que qu’on n‘ose pas que les choses sont difficiles ».

Ici vous avez osé ! En écho nous avons osé avec vous !

Alors c’est sûr, c’est certain : conti­nuons plus que jamais sur ce chemin, main dans la main, avec déter­mi­nation et enfin « Oui, la Palestine vivra ! »