« En finir avec l’impunité des dirigeants israéliens »

Entretien avec Francis Wurtz, lundi 10 mars 2008

La poli­tique du pire [des auto­rités israé­liennes] montre chaque jour un peu plus que s’il n’y a pas de l’extérieur des ini­tia­tives per­mettant de l’enrayer, la région va s’embraser et poussera la situation inter­na­tionale dans une période extrê­mement dangereuse.

Mas­sacre à Gaza, attentat à Jéru­salem. N’assiste-t-on pas à un échec du pro­cessus mis en place lors de la confé­rence d’Annapolis ?

Francis Wurtz : Je condamne toute attaque visant des inno­cents. Mais tout le monde savait que quelque chose de grave allait se pro­duire. La question était où, quand et sous quelle forme ? Comme le disait récemment le directeur du Centre pales­tinien des droits de l’homme, Raji Sourani, adver­saire farouche des isla­mistes et des actions vio­lentes, tant qu’Israël com­mettra des crimes de guerre, il y aura des gens pour répliquer. La grande paci­fiste israé­lienne Nurit Peled, prix Sakharov, qui a perdu son enfant dans un attentat, avait alors lancé à Neta­nyahu : « C’est toi qui as tué ma fille », accusant ainsi la poli­tique israélienne.

Donc, une chose est la condam­nation absolue sur le plan huma­ni­taire, autre chose est cet aveu­glement stra­té­gique des diri­geants israé­liens. C’est une poli­tique atroce sur le plan huma­ni­taire d’abord pour les Pales­ti­niens, aussi pour la popu­lation israé­lienne, mais en plus elle ren­force le Hamas, décré­di­bilise Mahmoud Abbas, sème l’humiliation, les frus­tra­tions, la haine, le désespoir et pousse les gens dans les bras des extré­mistes. Cette Les diri­geants français ne semblent pas enclins à prendre des ini­tia­tives, pas plus que l’Union euro­péenne. D’où doit venir cette inter­vention exté­rieure dont vous parlez ? Ne faut-​​il pas envi­sager des sanc­tions contre Israël ?

Francis Wurtz : En ce qui concerne l’Union euro­péenne, je ferais une dis­tinction entre Conseil des ministres et Par­lement européen. Le Par­lement a voté à une écra­sante majorité, il y a quelques jours, une réso­lution sur Gaza, qui a eu beaucoup d’effets en Palestine. Tout acte poli­tique est important dans ce contexte. Cela met d’autant plus en relief l’inertie poli­tique du Conseil des ministres euro­péens et du Conseil européen. Sur le plan poli­tique cet ali­gnement sur les posi­tions amé­ri­caines et cette impunité récur­rente des diri­geants israé­liens paralyse l’Union euro­péenne. Il faut abso­lument changer d’attitude.

Le simple fait pour les diri­geants euro­péens de dire la vérité sur la res­pon­sa­bilité his­to­rique des diri­geants israé­liens serait important. Il faut faire beaucoup plus entendre les voix des oppo­sants israé­liens. Des voix extrê­mement cou­ra­geuses et lucides qui disent non seulement du point de vue du droit inter­na­tional mais aussi du point de vue de l’intérêt des Israé­liens, voire d’Israël en tant que tel, qu’il faut rompre avec la poli­tique irres­pon­sable actuelle.

Avec mon groupe, je pré­conise depuis long­temps la sus­pension de l’accord d’association avec Israël qui est scan­da­leu­sement violé par la partie israé­lienne. Le Par­lement européen s’était pro­noncé en ce sens en 2002. Mais que dans un premier temps, au minimum, il y ait un dis­cours de vérité. Ce serait un pas en avant consi­dé­rable pour l’honneur des Pales­ti­niens et cela modi­fierait le rapport de forces poli­tiques vis-​​à-​​vis des diri­geants israé­liens, qui se disent qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Il n’y a aucune excuse pour nos chefs d’État et de gou­ver­nement de continuer dans la voie de l’impunité.