Embargo israélien et divisions inter-​​palestiniennes ; Un horizon plutôt sombre

Fares Chahine, lundi 1er décembre 2008

La mort, jeudi, d’une mère de famille de 35 ans, laissant der­rière elle 5 enfants, faute de soins adé­quats à l’hôpital central de Ghaza et l’interdiction de se faire soigner dans des centres médicaux mieux équipés dans les pays limi­trophes, a démontré a quel point l’embargo peut avoir des réper­cus­sions dra­ma­tiques sur la popu­lation palestinienne.

Cette femme est la 261e victime de l’embargo israélien, total ou partiel, imposé a la bande de Ghaza depuis son contrôle par le mou­vement isla­miste Hamas au mois de juin 2007. Le blocus israélien est total depuis le 4 novembre. Israël semble décidé à aller jusqu’au bout de ses puni­tions col­lec­tives contre une popu­lation estimée à près de 1 million et demi de per­sonnes, en la privant de tous ses besoins vitaux.

Ainsi, pour le 25e jour consé­cutif et jusqu’à nouvel ordre, le gou­ver­nement israélien main­tient la fer­meture de l’ensemble des points de passage avec l’étroite bande côtière, sans se soucier de tous les appels émanant d’institutions inter­na­tio­nales exi­geant l’arrêt immédiat de l’embargo total. Les roquettes arti­sa­nales tirées depuis la bande de Ghaza sur les loca­lités israé­liennes sont le pré­texte pré­senté par le gou­ver­nement israélien afin d’imposer cet embargo, même si ces roquettes font plus de peur que de mal.

Le mou­vement Hamas, le seul qui a la capacité d’arrêter de tels tirs, a maintenu le calme au niveau de la fron­tière avec l’Etat hébreu durant plus de 4 mois. Une accalmie d’une durée de 6 mois avec Israël avait été conclue sous le par­rainage de l’Egypte. Dans plu­sieurs cas, ces hommes armés ont empêché par la force de tels tirs qui n’ont repris qu’après une série d’agressions israé­lienne armes contre des éléments du mou­vement islamiste.

Alors qu’il traitait de col­la­bo­rateur toute per­sonne qui cri­ti­quait les tirs de roquettes, le Hamas jus­ti­fiait cette nou­velle poli­tique par la sau­ve­garde des hauts intérêts du peuple pales­tinien. Offi­ciel­lement, l’accalmie, qui se limite à la seule bande de Ghaza, prend fin au mois de décembre. Des obser­va­teurs voient que par ces nou­velles pres­sions sur la popu­lation de la bande de Ghaza, l’Etat hébreu tient à amé­liorer, encore plus, les condi­tions d’une pro­chaine accalmie.

La popu­lation gha­zaouie conti­nuera de souffrir des pénuries mul­tiples qui altèrent for­tement son mode de vie. A cause du manque de car­burant indus­triel, la seule station élec­trique du ter­ri­toire ne pourra pro­duire de courant élec­trique, ce qui conti­nuera à peser for­tement sur tous les sec­teurs vitaux, telles la santé, la dis­tri­bution de l’eau cou­rante, les sta­tions de pompage des eaux usées d’où la crainte d’une catas­trophe écolo­gique et sani­taire, les trans­mis­sions ainsi que l’agriculture.

Le manque de gaz domes­tique a ses influences sur l’ensemble de la popu­lation. Pour manger, les Pales­ti­niens, ceux qui ont les moyens, achètent des plats prêts ; d’autres, la majorité, cui­sinent en usant de moyens archaïques, révolus depuis très longtemps.

L’autre dossier, qui affecte le plus les Pales­ti­niens, est celui des divi­sions qui ne cessent de s’approfondir. Moussa Abou Marzouk, membre du bureau poli­tique du mou­vement isla­miste Hamas, a réitéré la position de son mou­vement de ne plus recon­naître la légi­timité de Mahmoud Abbas en tant que pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne, après le 8 janvier, date à laquelle prend fin son mandat de 4 ans.

Pour sortir de la crise, Abbas avait appelé à des élec­tions légis­la­tives et pré­si­den­tielles conco­mi­tantes. Les ministres arabes des Affaires étran­gères, réunis mer­credi au Caire, avaient refusé de faire porter la res­pon­sa­bilité des dif­fé­rends pales­ti­niens à l’une des parties en conflit, le Fatah et le Hamas, mais ont demandé au Pré­sident de rester à son poste jusqu’à la conclusion d’un accord, ce que semble refuser le mou­vement isla­miste qui risque de nommer dès le 9 janvier Ahmad Bahar, le pré­sident par intérim du Conseil légis­latif, dont il détient la majorité absolue au poste de pré­sident de l’Autorité palestinienne.

Le mou­vement Hamas vient de prendre la décision d’empêcher plus de 3000 pèlerins ins­crits au niveau du ministère des Affaires reli­gieuses du gou­ver­nement ins­tallé à Ramallah en Cis­jor­danie occupée, de se diriger vers les Lieux saints en Arabie Saoudite. Il exige d’envoyer un nombre sem­blable de pèlerins ins­crits au niveau de son ministère ins­tallé à Ghaza. Ces futurs hadjis qui n’ont rien à voir dans les pro­blèmes du Hamas et du Fatah, se voient donc punis par le mou­vement Hamas d’avoir essayé d’accomplir leur pèle­rinage avec l’aval du gou­ver­nement Salam Fayad et non pas celui d’Ismail Haniyeh, ins­tallé à Ghaza.

Cette atmo­sphère empoi­sonnée fait craindre qu’on est plus près que jamais d’un véri­table divorce entre les deux prin­ci­pales forces pales­ti­niennes. Pour les Pales­ti­niens, hélas, le cal­vaire continue.

Par Fares Chahine