Élections législatives israéliennes : Pas de changement en vue

T. Hocine, mardi 10 février 2009

Les élec­teurs israé­liens se rendent aujourd’hui aux urnes pour des élec­tions légis­la­tives, décidées à la suite de la mise en cause suivie de sa démission du Premier ministre Ehud Olmert dans des affaires de corruption.

Sales affaires et élec­tions anti­cipées, une habitude en Israël, où la gestion des affaires, surtout celles concernant les rela­tions avec les Pales­ti­niens, se fait par le vide. Autrement dit, demeurer dans la pré­carité et en situation inté­ri­maire pour se garder de prendre le moindre enga­gement et si jamais un cabinet venait à en prendre, il signe aus­sitôt sa chute et son suc­cesseur s’emploiera à en effacer jusqu’à la trace. Et à quelques chose près, c’est le même scé­nario qu’en 1996, quand il fallait tuer l’accord palestino-​​israélien d’Oslo, en le blo­quant, et tuant l’espoir des Palestiniens.

D’ailleurs, le Premier ministre pales­tinien, Salam Fayyad, écarte l’idée que le gou­ver­nement israélien, qui sera issu de ces élec­tions, recon­naisse les droits légi­times des Pales­ti­niens, à leur tête la création d’un Etat indé­pendant. « Je ne connais aucun diri­geant poli­tique israélien qui soit prêt à envi­sager une solution rai­son­nable au conflit israélo-​​palestinien », a expliqué M. Fayyad. « Tous veulent une solution par­tielle des­tinée à redorer l’image de l’occupation et à en modifier les condi­tions, alors que la colo­ni­sation conti­nuera », a-​​t-​​il sou­ligné. M. Fayyad a affirmé que les leaders israé­liens « veulent diviser en cantons » la Cis­jor­danie, tout en pré­tendant accepter la création d’un Etat pales­tinien [1].

« Toutes les pro­po­si­tions qui nous ont été faites jusqu’à ce jour sont inac­cep­tables et le seront pour les géné­ra­tions futures », a-​​t-​​il encore affirmé. Et d’ailleurs, relèvera-​​t-​​on, toute la guerre menée le mois dernier contre la bande de Ghaza était un élément, cer­tai­nement le plus important de cette cam­pagne, puisque l’argument consistait à tuer le plus de Pales­ti­niens. C’est-à-dire dépasser le dis­cours des for­ma­tions dites extré­mistes, une aber­ration dans le lexique poli­tique. Une meur­trière sur­en­chère à laquelle l’électorat israélien est bien sen­sible, une donnée tout aussi impor­tante. C’est lui qui a contribué à la mort des accords d’Olso en portant au pouvoir en 1996 Ben­jamin Neta­nyahu, le nouveau chef du Likoud, héritier du groupe ter­ro­riste sio­niste, Irgoun, et en élisant en 2001 Ariel Sharon, sur­nommé par les Pales­ti­niens le boucher de Bey­routh, car à l’origine du mas­sacre de 1500 réfugiés pales­ti­niens des camps de Sabra et Chatila à Bey­routh, en sep­tembre 1982. C’est lui qui décrétera au soir de son élection la mort des accords d’Oslo.

Pour le reste, c’est de la simple ges­ti­cu­lation, une course pour le pouvoir et rien d’autre. C’est ce que confirme la ten­dance actuelle des son­dages, donnant dans le peloton de tête le parti Israël Bei­teinou, opposé à la création d’un Etat pales­tinien indé­pendant. Cette for­mation d’extrême droite, dirigée par un ancien du Likoud, Avigdor Liberman, a mené une cam­pagne appelant notamment à pour­suivre les agres­sions mili­taires sur la bande de Ghaza. Les autres for­ma­tions, le Likoud de Ben­jamin Neta­nyahu, le Kadima (centre droit, au pouvoir) de Tzipi Livni et le parti tra­vailliste du ministre de la Défense, Ehud Barak, exigent le maintien de blocs de colonies. Et très jus­tement, M. Fayyad avait averti en octobre qu’un règlement du conflit israélo-​​palestinien basé sur deux Etats « vacillait » en raison de la pour­suite de la colo­ni­sation juive dans les ter­ri­toires occupés.

Le numéro deux de sa liste, Uzi Landau, un ancien député du Likoud, a affirmé qu’Israël Bei­teinou devait « entrer dans un gou­ver­nement national qui rejettera la ‘’feuille de route’’ ainsi que toute négo­ciation sur un retrait israélien du plateau du Golan », des posi­tions par­tagées par la classe poli­tique israé­lienne toutes ten­dances confondues. La feuille de route, un plan de paix inter­na­tional soutenu notamment par les Etats-​​Unis et l’Union euro­péenne, prévoit à terme la création d’un Etat pales­tinien. Le plateau du Golan syrien a été conquis en 1967 puis annexé par Israël. Quant au prin­cipal favori, M. Neta­nyahu, il joue la sur­en­chère. « Avec un gou­ver­nement sous ma direction, il n’y aura plus de tirs de roquettes ni de contre­bande d’armes qui pourront un jour atteindre Tel-​​Aviv », a assuré cet ancien Premier ministre.

Tzipi Livni a, elle aussi, tenté de parer les cri­tiques sur sa droite en expli­quant qu’elle n’était pas liée à un plan du Premier ministre sortant Ehud Olmert pré­voyant un retrait israélien de la très grande majorité de la Cis­jor­danie et un partage de sou­ve­raineté à El Qods-​​Est, un leurre bien entendu. « Chaque Premier ministre choisit sa voie, celle qu’il (Ehud Olmert) a choisie n’est pas la mienne ». Roni Bar-​​On, le ministre des Finances, un proche de Mme Livni, n’a pas exclu une alliance avec Avigdor Lie­berman. « C’est un grand sio­niste, il n’y a pas de raison de l’exclure d’une coa­lition », a-​​t-​​il affirmé. Ehud Barak, le ministre de la Défense et chef du Parti tra­vailliste en dif­fi­culté dans les son­dages, mise, selon les médias, sur une éven­tuelle libé­ration de Gilad Shalit, un soldat israélien enlevé en 2006 détenu par le Hamas dans la bande de Ghaza pour remonter la pente.

Mais M. Olmert a tempéré les espoirs d’un accord avec le Hamas sur Gilad Shalit, en qua­li­fiant de « très exa­gérées et dom­ma­geables » les infor­ma­tions publiées à ce sujet, après que la presse domi­nicale eut annoncé « une percée » dans les négo­cia­tions. Pour ainsi dire, per­sonne ne sou­haite la libé­ration de ce soldat qui est un pri­sonnier de guerre. Plus que cela et même s’il a été contraint à sortir de la scène poli­tique par la plus petite porte, Olmert n’oublie pas de ménager sa famille poli­tique rien que pour barrer la voie à son ministre de la Défense. Mais le reste, se rend-​​on compte, demeure inva­ria­blement le même. Pas de paix avec les Pales­ti­niens. Tous les gou­ver­ne­ments israé­liens depuis 1948 se sont gardés de franchir le pas. Ils sont tous liés par ce que les Israé­liens appellent eux-​​mêmes les ques­tions consen­suelles, c’est-à-dire, les ter­ri­toires pales­ti­niens et arabes, les réfugiés, El Qods, l’eau et plus géné­ra­lement un Etat pales­tinien avec tous les attributs de sou­ve­raineté. C’est exac­tement ce qu’a relevé le Premier ministre pales­tinien. Malgré l’offre de paix arabe, Israël répond par une décla­ration de guerre. Et avec un dis­cours qui ne souffre d’aucune ambi­guïté, il se trouve des Etats pour condamner la résis­tance des Palestiniens.

[1] Quant à Mahmoud Abbas, il a déclaré qu’il était prêt à négocier avec tout nouveau gouvernement israélien