Elections en Israël : "Chaque conflit entraîne un glissement à droite"

Delphine Matthieussent, entretien avec Zeev Sternhell, mercredi 11 février 2009

Pour le pro­fesseur Zeev Sternhell, "quand on regarde ce qu’a fait le centre gauche, il n’y a plus besoin de droite".

Pourquoi ce glissement à droite de l’électorat ?

Les élec­teurs pré­fèrent en général l’original à la pho­to­copie. Ce glis­sement vers la droite - surtout vers le Likoud - s’explique d’abord par l’échec du centre-​​gauche au pouvoir ces trois der­nières années. Le pro­cessus d’Annapolis n’a jusqu’à présent rien donné, la vie des Pales­ti­niens ne s’est pas amé­liorée d’un iota et les colonies conti­nuent à enfler. Sous pré­texte de besoins démo­gra­phiques, on continue à élargir les colonies, y compris les plus anciennes. Depuis les der­nières élec­tions, rien n’a été fait sauf deux guerres, celle du Liban à l’été 2006 et la récente guerre à Gaza - si on peut qua­lifier de guerre cette cam­pagne punitive. Quand on regarde ce qu’a fait le centre gauche, il n’y a plus besoin de droite. Si tout ce que nous concevons comme poli­tique est la manière forte, il n’y a pas de raison de ne pas prendre l’original.

Quel a été l’impact de la récente opération israélienne "Plomb durci" ?

Chaque conflit entraîne un glis­sement à droite. La vic­toire du Likoud en 1977 est le résultat, même décalé, de la guerre du Kippour. Après la pre­mière guerre du Liban, en 1982, malgré l’inflation de 400 pc, tout ce que la gauche a réussi à faire, c’est un match nul avec la droite et un partage du pouvoir entre Shimon Peres et Yitzhak Shamir dans le cadre d’un gou­ver­nement d’union nationale. Tout le monde parle le même langage pendant la guerre ; tout le monde fait preuve de la même ardeur patrio­tique qui fait dis­pa­raître les dif­fé­rences entre la gauche et la droite.

Comment expliquez-​​vous le "phénomène Lieberman" ?

Il charrie les aspi­ra­tions d’un natio­na­lisme vis­céral, qui ne peut pas ne pas exister dans une société en guerre per­ma­nente depuis le début de son exis­tence. On peut dire qu’il s’agit d’une forme de lepé­nisme, mais Lie­berman res­semble peut-​​être davantage à la droite sud-​​américaine qui allie aspi­ra­tions dic­ta­to­riales, natio­na­lisme intégral dans le sens maur­rassien du terme et économie libérale. Sa base élec­torale est constituée d’anciens immi­grants russes qui ont la haine de tout ce qui res­semble à la gauche. Lie­berman ne remet pas en question la démo­cratie for­melle car la démo­cratie israé­lienne est bien enra­cinée. Mais la démo­cratie a aussi pour tâche de défendre les droits de l’homme. Or, Lie­berman s’en fiche totalement.