Elaboration de la récente politique américaine au Moyen-​​Orient

Bill et Kathleen Christison, mercredi 24 septembre 2008

"La connexion Israël-​​États-​​Unis est la force motrice der­rière la quasi-​​totalité des déci­sions prises concernant le Moyen-​​Orient au cours des huit der­nières années" selon Stephen J. Snie­goski, dans son libre The Trans­parent Cabal [1]

Cer­tains ana­lystes poli­tiques hon­nêtes recon­naissent depuis peu de temps le lien étroit entre le par­te­nariat Israélo-​​américain et les aven­tures désas­treuses de l’administration Bush dans l’ensemble du Moyen-​​Orient, y compris son soutien à Israël dans l’oppression sys­té­ma­tique des Pales­ti­niens. Stephen Snie­goski a eu l’obstination d’aller dénicher des mon­tagnes de preuves irré­fu­tables que cette connexion Israël-​​États-​​Unis est la force motrice der­rière la quasi-​​totalité des déci­sions prises concernant le Moyen-​​Orient au cours des huit der­nières années, et qui a eu le courage d’écrire un livre sur le sujet.

Le nouveau livre de Snie­goski démontre clai­rement comment la poli­tique et les actions des États-​​Unis et d’Israël à l’égard de l’Irak, de l’Iran, de l’Afghanistan, de la Syrie, du Liban, de l’Arabie saoudite, du Koweït, des autres États du Golfe, et même plus récemment de la Géorgie sont toutes liées dans un ensemble de rap­ports inter­dé­pen­dants, chacun affectant les autres.

L’aile droite de la poli­tique israé­lienne, les néo­con­ser­va­teurs aux États-​​Unis qui sou­tiennent fer­mement Israël, et le Lobby israélien vieillissant aux États-​​Unis ont tous tra­vaillé ensemble, et le font encore, pour apporter plus de guerres, de chan­ge­ments de régime et d’instabilité, en par­ti­culier la frag­men­tation des États du Moyen-​​Orient qui pour­raient en théorie, menacer un jour Israël.

En outre, l’un des objectifs de ces guerres et de ces autres chan­ge­ments est expli­ci­tement d’intensifier le décou­ra­gement des Pales­ti­niens alors que les alliés poten­tiels de ces der­niers sont frappés les uns après les autres, ce qui aiderait Israël, avec le temps, à en finir avec les Pales­ti­niens. Voilà pour la théorie.

Ceux qui croient qu’il est vital d’améliorer la situation des droits de l’homme et la pers­pective poli­tique pour les Pales­ti­niens ne doivent pas seulement tra­vailler pour inverser la poli­tique israé­lienne actuelle, mais il est pro­ba­blement plus important que nous, aux États-​​Unis, tra­vaillons encore plus dur pour inverser la poli­tique américaine.

Il s’agit d’un très long mais magni­fique livre. Après une préface de l’ex-député Paul Findley et une intro­duction du pro­fesseur de Lettres Paul Gott­fried, le texte lui-​​même a 382 pages cou­vrant toute l’histoire des néo­con­ser­va­teurs depuis les années 1960 à 2008.

L’auteur a clai­rement passé d’innombrables heures à lire tous les écrits qu’il a pu trouver non seulement des quelques prin­cipaux néo­con­ser­va­teurs mais aussi ceux de nom­breux autres qui sont beaucoup moins bien connus, mais qui sont encore des per­son­na­lités impor­tantes dans le mouvement.

Soit dit en passant, les néo­con­ser­va­teurs ne sont pas en général des conspi­ra­teurs. Ils pré­fèrent écrire abon­damment et agir ouver­tement en ce qui concerne leurs phi­lo­so­phies et leurs actions. Le mot "trans­pa­rence" dans le titre du livre met l’accent sur ce point.

D’autre part, les néo­con­ser­va­teurs sont également des pro­pa­gan­distes très qua­lifiés et sont plus que prêts à déformer les "faits" dans de nom­breuses situa­tions de manière à, souvent, ne pas donner aux lec­teurs une version honnête de la "vérité".

Sniegoski formule son propre argument principal comme suit :

"Ce livre sou­tient que les ori­gines de la guerre amé­ri­caine contre l’Irak sont cen­trées sur l’adoption par les États-​​Unis d’un agenda de guerre dont la pré­sen­tation de base a été conçue en Israël pour faire avancer des intérêts israé­liens et a été ardemment poussée par les influents néo­con­ser­va­teurs amé­ri­cains pro-​​israéliens, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’administration Bush. D’abondantes preuves, dont beaucoup pro­viennent d’une longue recherche dans les écrits des néo­con­ser­va­teurs, ont été mobi­lisées pour sou­tenir ces affir­ma­tions." [Page 351]

L’auteur fait alors remarquer que

"… Ce qui est une guerre inutile et délétère du point de vue des "réa­listes" aux États-​​Unis, a fait pro­gresser de nom­breux intérêts israé­liens, puisque ces intérêts ont été envi­sagés par la droite israé­lienne. L’Amérique s’est iden­tifiée de façon plus étroite à la position d’Israël à l’égard des Pales­ti­niens quand elle a com­mencé à assi­miler la résis­tance à l’occupation israé­lienne à du "terrorisme". …

Israël a profité de la nou­velle position "anti-​​terroriste" amé­ri­caine. Le « mur de sécurité » construit par le gou­ver­nement Sharon sur des terres pales­ti­niennes a isolé les Pales­ti­niens et a rendu leur exis­tence en Cis­jor­danie moins viable que jamais.

Pour la pre­mière fois, un pré­sident amé­ricain a consigné par écrit que les États-​​Unis sou­te­naient une éven­tuelle annexion de cer­taines parties de la Cis­jor­danie par Israël.

De toute évidence et pour la même raison, Israël a tiré profit du fait que les États-​​Unis soient devenus l’ennemi bel­li­gérant des ennemis d’Israël. En tant que tel, l’Amérique a gra­vement affaibli les ennemis d’Israël, sans rien coûter à Israël. La guerre et l’occupation ont essen­tiel­lement éliminé l’Irak comme puis­sance potentielle.

Au lieu d’avoir un gou­ver­nement démo­cra­tique unifié, comme l’avait annoncé l’administration Bush, l’Irak s’est frag­mentée en groupes sec­taires en guerre, confor­mément à l’objectif initial des Likudniks. "[Pages 356-​​357]

Et encore une autre citation s’impose ici :

"Puisque nous sommes face à un sujet de la plus haute sen­si­bilité, il convient de rap­peler que la réfé­rence à Israël et aux néo­con­ser­va­teurs n’implique pas que tous ou même la plupart des Juifs amé­ri­cains ont soutenu la guerre en Irak et l’agenda de guerre globale des Néoconservateurs. …

Un sondage Gallup effectué en Février 2007 a révélé que 77% des Juifs [Amé­ri­cains] pen­saient que la guerre en Irak était une erreur, tandis que seulement 21% la sou­tenait. Cette situation était en contraste avec l’ensemble de la popu­lation amé­ri­caine pour qui la guerre était consi­dérée comme une erreur par 52% à 46%. …

[Néan­moins,] les preuves d’un lien entre les néo­con­ser­va­teurs et les Israé­liens avec la guerre des États-​​Unis sont écra­santes et à la dis­po­sition du public. Il n’y a pas eu de sombre « conspi­ration » cachée, un terme de dérision souvent utilisé par les détrac­teurs de l’idée d’un lien entre les Néo­con­ser­va­teurs et la guerre. … Il faut espérer que … les Amé­ri­cains ne crain­dront pas de débattre hon­nê­tement sur le contexte et la moti­vation de la guerre en Irak et sur l’ensemble poli­tique des États-​​Unis au Moyen-​​Orient. Ce n’est que par la com­pré­hension de la vérité que les États-​​Unis pourront éven­tuel­lement prendre les mesures cor­rec­tives appro­priées au Moyen-​​Orient, sans une telle com­pré­hension, la catas­trophe menace. "[Pages 371-​​372]

Le lecteur remar­quera que les extraits ci-​​dessus pro­viennent tous de la fin du livre de Sniegoski.

Avant d’arriver à ce point dans le livre, vous aurez droit à des cha­pitres infor­matifs et bien rédigés sur les ori­gines du mou­vement néo­con­ser­vateur, sur les ori­gines israé­liennes de l’agenda de guerre au Moyen-​​Orient des Etats-​​Unis, et sur le projet des Néo­con­ser­va­teurs contre l’Iran, ainsi que des cha­pitres inti­tulés « Qua­trième Guerre Mon­diale" (un cha­pitre très important), et "Démo­cratie pour le Moyen-​​Orient."

Un cha­pitre par­ti­cu­liè­rement important sur "Le Pétrole et Autres Argu­ments en faveur de la Guerre" sou­tient que le pétrole n’était pas une raison aussi impor­tante pour l’invasion de l’Irak par les Etats-​​Unis en 2003 que l’était Israël.

Ce livre est une véri­table bible sur les néo­con­ser­va­teurs - et une bible effrayante. Toute per­sonne qui pense que les opi­nions et les déci­sions poli­tiques des Néo­con­ser­va­teurs font partie du passé avec l’éclipse poli­tique de gens comme Paul Wol­fowitz, Richard Perle, Douglas Feith s’inquiétera de constater que ces per­sonnes ne sont que le sommet de l’iceberg et que sur toutes les ques­tions liées à Israël, les opi­nions des néo­con­ser­va­teurs per­sistent dans des conseils de déci­sions poli­tiques et qu’elles sont sur le point d’être trans­mises à la pro­chaine admi­nis­tration, qu’elle soit répu­bli­caine ou démocrate.

[1] Stephen J. Snie­goski, The Trans­parent Cabal : The Neo­con­ser­vative Agenda, War in the Middle East, and the National Interest of Israel, Enigma Edi­tions, Norfolk, Vir­ginia, 2008