El Qods et le droit de retour des réfugiés, condition de toute négociation

Abdelkrim Ghezali - La tribune d’Algérie, jeudi 4 septembre 2008

C’est dans un contexte de tension sur le terrain et de division des rangs pales­ti­niens que le chef de l’Autorité pales­ti­nienne et le Premier ministre israélien, affaibli par un scandale de cor­ruption, se sont ren­contrés dimanche dernier pour tenter de rap­procher leurs points de vue dans la pers­pective de la reprise des négo­cia­tions de paix en suspens depuis longtemps.

Israël étant habitué à tem­po­riser et à gagner du temps, fei­gnant d’être dis­po­nible à négocier le devenir des ter­ri­toires occupés. A ce propos jus­tement, l’Autorité pales­ti­nienne a fait savoir qu’elle rejet­terait tout accord excluant la question d’El Qods occupée, comme l’a avancé, dimanche dernier, le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, lors de sa ren­contre avec le pré­sident pales­tinien, Mahmoud Abbas. « Les deux parties sont dési­reuses de par­venir à un accord global d’ici la fin 2008 et croient que c’est pos­sible », a déclaré un res­pon­sable israélien à l’issue de la ren­contre. « Mais, puisqu’il est impos­sible de trouver un règlement sur la question d’El Qods [occupée] dans ce délai, elles doivent s’entendre pour repousser un accord sur cette question et convenir d’un méca­nisme et d’un calen­drier pour El Qods », a-​​t-​​il dit. « Nous ne serons pas partie pre­nante d’un accord inté­ri­maire ou d’un accord partiel ou d’un accord qui repous­serait à plus tard El Qods [occupée] », a fait savoir l’un des prin­cipaux négo­cia­teurs pales­ti­niens, Saëb Erekat. « Sans El Qods-​​Est comme capitale d’un Etat pales­tinien, quel serait le sens d’un accord ? » s’est-il interrogé lors d’une confé­rence de presse à Ramallah, en Cisjordanie.

M. Erekat a, en outre, réitéré son appel à un gel de la colo­ni­sation par Israël, tout en annonçant que les « négo­cia­tions conti­nue­raient » le temps qu’il fau­drait pour par­venir à un règlement « qui met­trait un terme à l’occupation » israélienne.

La nou­velle ren­contre entre MM. Abbas et Olmert s’est déroulée durant près de deux heures à la rési­dence offi­cielle du Premier ministre israélien avec la par­ti­ci­pation des chefs des équipes de négo­cia­teurs : Tzipi Livni, la ministre israé­lienne des Affaires étran­gères, et Ahmad Qoreï du côté pales­tinien. Israël a l’habitude de tem­po­riser et de gagner du temps en faisant miroiter aux Pales­ti­niens les pers­pec­tives d’un Etat sans sou­ve­raineté ni fron­tières claires. Mieux, au moment où le contact est repris entre les deux parties, des colonies juives conti­nuent à pousser çà et là dans les ter­ri­toires occupés notamment en Cisjordanie.

Mani­fes­tement, le gou­ver­nement israélien laisse faire pour pré­senter la sus­pension de la construction des colonies comme une concession faite aux Pales­ti­niens pour repousser ad eternam la dis­cussion sur le statut d’El Qods-​​Est et sur le retour de tous les réfugiés pales­ti­niens. Bien qu’à propos de cette der­nière question, Israël pourrait opter pour un retour très sélectif de cer­tains Pales­ti­niens vivant parmi la dia­spora répartie à travers le monde. Cependant, et au-​​delà des manœuvres clas­siques des Israé­liens, l’Autorité pales­ti­nienne n’est pas dans une position de force face au gou­ver­nement israélien même si Olmert en per­sonne est affaibli poli­ti­quement par le scandale financier qui le guette et qui l’a obligé à se retirer de la tête de Kadima. C’est mani­fes­tement pour tenter de col­mater les brèches des rangs pales­ti­niens que les membres du Conseil national pales­tinien se sont réunis, dimanche dernier à Amman (Jor­danie), pour exa­miner les der­niers déve­lop­pe­ments dans les ter­ri­toires occupés.

La réunion portera sur l’examen des der­niers déve­lop­pe­ments dans les ter­ri­toires occupés, les négo­cia­tions palestino-​​israéliennes ainsi que le dia­logue inter­pa­les­tinien, a indiqué, à Amman, une source pales­ti­nienne bien informée. Le conseil évoquera également cer­taines mesures et déci­sions prises récemment par le gou­ver­nement palestinien.

La réunion d’aujourd’hui est un pro­lon­gement des ses­sions du Conseil qui ont débuté, jeudi dernier, sous la pré­si­dence de M. Salim Zaa­noune, pré­sident du Conseil national pales­tinien, a précisé la même source. Le conseil a mis en garde, lors de ses réunions, contre les ten­ta­tives visant à saper la cause pales­ti­nienne et à consacrer la sépa­ration entre la bande de Ghaza et la Cis­jor­danie. Le Conseil national pales­tinien est composé, rappelle-​​t-​​on, de 746 membres, dont 520 en Cis­jor­danie et dans la bande de Ghaza, une soixan­taine en Jor­danie et le reste dans plu­sieurs pays du monde. Pour les mêmes raisons, les ministres arabes des Affaires étran­gères ont décidé d’examiner « sérieu­sement » lors de leur pro­chaine réunion du 8 sep­tembre la per­sis­tance du conflit inter­pa­les­tinien, a indiqué le secré­taire général de la Ligue arabe, M. Amr Moussa.

Le moment est venu pour une récon­ci­liation qui est une condition sine qua non à l’aboutissement de la cause pales­ti­nienne à travers une solution paci­fique qui garan­tisse les droits du peuple pales­tinien et l’instauration de l’Etat pales­tinien, a estimé M. Amr Moussa. A une question sur le rôle de la Ligue arabe dans cette opé­ration de récon­ci­liation, le SG de l’organisation pan­arabe a fait part d’une « ini­tiative de récon­ci­liation sous les aus­pices de l’Egypte qu’il convient d’entourer de toutes les chances de succès ».

Quant à la pos­si­bilité d’effectuer une visite dans la bande de Ghaza, M. Moussa a fait observer que c’est le sort de l’initiative de récon­ci­liation nationale du Caire qui déter­minera les actions à mener à l’avenir.