Ehoud Olmert à nouveau interrogé par la police

Le Soir et Afp ; le Figaro, samedi 24 mai 2008

Le Premier ministre israélien Ehud Olmert a dû faire face ven­dredi à un nouvel inter­ro­ga­toire de la police sur des fonds qu’il a reçus d’un homme d’affaires amé­ricain, une affaire qui a d’ores et déjà porté gra­vement atteinte à son image.

L’interrogatoire mené par les enquê­teurs de la police des fraudes a duré près d’une heure et demie à la rési­dence de M. Olmert à Jérusalem-​​ouest, selon une source policière.

Il s’agit du second inter­ro­ga­toire du Premier ministre en trois semaines dans cette affaire. Dès le premier inter­ro­ga­toire, le 2 mai, il avait été dûment averti à l’instar de tout suspect, que tout ce qu’il pourrait dire pourrait être utilisé contre lui devant un tribunal.

For­mel­lement, le Premier ministre est soup­çonné de « fraude » et « d’abus de confiance » et d’irrégularités dans le finan­cement de cam­pagnes électorales.

M. Olmert s’est défendu en expli­quant que l’argent versé avait servi uni­quement à financer des cam­pagnes élec­to­rales tout en pro­clamant qu’il n’avait pas « mis un sou dans sa poche », ce qui selon lui ne devrait pas le contraindre à démissionner.

Néan­moins, il a annoncé qu’il renon­cerait à ses fonc­tions s’il était offi­ciel­lement inculpé.

Lors de l’interrogatoire, le Premier ministre a tenté de convaincre la police que les sommes qu’il a reçues avant sa nomi­nation comme Premier ministre en 2006 ne consti­tuaient pas des pots-​​de-​​vin, selon la radio publique [1].

Il s’agit en par­ti­culier de plus de 100.000 dollars qui auraient été remis en liquide par Morris Talansky, un homme d’affaires amé­ricain, dont le témoi­gnage sous serment a été reporté à mardi sur décision du tri­bunal du dis­trict de Jérusalem.

Les avocats de M. Olmert se sont en vain opposés à ce témoi­gnage, faisant valoir qu’ils n’ont pas eu le temps d’étudier le dossier.

Les soupçons reposent notamment sur le témoi­gnage d’un avocat, Uri Messer, bras droit de M. Olmert alors qu’il était maire de Jéru­salem puis ministre de l’Industrie et du Com­merce (19952005).

La police a également découvert des relevés de trans­ferts d’argent qui auraient pu servir à financer non seulement des cam­pagnes élec­to­rales mais aussi des voyages privés de M. Olmert, selon les médias.

Trois autres enquêtes en cours

La situation du chef du gou­ver­nement est de plus en plus délicate car il fait l’objet de trois autres enquêtes concernant des tran­sac­tions immo­bi­lières dou­teuses et des accu­sa­tions de nomi­na­tions poli­tiques abu­sives, alors qu’il était ministre de l’Industrie et du Commerce.

Dans ce contexte, l’annonce de la reprise des négo­cia­tions entre Israël et la Syrie a été accueillie avec un grand scep­ti­cisme par la classe poli­tique et l’opinion publique en Israël, de toute façon plutôt hos­tiles à un retrait du Golan sans lequel un accord avec Damas est hors de question.

M. Olmert s’est retrouvé accusé de relancer les dis­cus­sions avec Damas pour détourner l’attention de l’enquête le visant, le chef de l’opposition de droite Ben­jamin Neta­nyahu allant jusqu’à affirmer que le Premier ministre ne dis­posait « d’aucun mandat pour négocier ».

Selon le quo­tidien Jeru­salem Post, des rabbins ultra­na­tio­na­listes ont poussé M. Talansky a témoigner contre M. Olmert, en vue d’empêcher tout com­promis de paix avec les Palestiniens.

Selon un dernier sondage publié par le quo­tidien Yediot Aha­ronot, 61 % des Israé­liens estiment que M. Olmert n’a pas de mandat pour négocier du Golan, contre 37 % de l’avis contraire. 51 % des per­sonnes inter­rogées « ne font pas confiance » à M. Olmert, 41 % n’ont en lui « qu’une confiance limitée ».

La classe poli­tique se prépare déjà à l’éventualité d’élections anti­cipées. Le chef du parti tra­vailliste et ministre de la Défense Ehud Barak a affirmé qu’il pré­voyait des élec­tions anti­cipées au plus tard au début de 2009 alors que la légis­lature se termine nor­ma­lement fin 2010.

[1] voir aussi Le Figaro :

Olmert ne croit pas à son inculpation

Ehoud Olmert a été interrogé, hier, pour la deuxième fois en un mois par les enquê­teurs de l’Unité nationale des fraudes. Ehoud Olmert a été interrogé, hier, pour la deuxième fois en un mois par les enquê­teurs de l’Unité nationale des fraudes. Crédits photo : AFP Le premier ministre était de nouveau interrogé hier dans le cadre d’une affaire de corruption.

L’ÉTAU se res­serre sur le premier ministre israélien. Mis en cause dans une affaire de cor­ruption, Ehoud Olmert a été interrogé par la police, hier, pour la deuxième fois en un mois. Des enquê­teurs de l’Unité nationale des fraudes se sont rendus à son domicile à Jéru­salem et l’ont ques­tionné pendant une heure. L’affaire porte sur des ver­se­ments en liquide douteux de plu­sieurs cen­taines de mil­liers de dollars dans les années 1990.

Un homme d’affaires amé­ricain, Morris Talansky, est soup­çonné d’avoir remis à Olmert des enve­loppes de billets avant qu’il devienne chef du gou­ver­nement, lorsqu’il était ministre de l’Industrie et du Com­merce. La justice israé­lienne soup­çonne également Olmert d’abus de confiance et de blan­chiment d’argent. Talansky, habitant de New York actuel­lement en visite en Israël, a été interrogé par les enquê­teurs. Selon les médias israé­liens, lâchés aux trousses du premier ministre et qui citent des sources poli­cières, Talansky aurait confirmé aux enquê­teurs : « J’ai donné de l’argent à Olmert, qui n’a servi ni à financer ses cam­pagnes élec­to­rales, ni à rem­bourser ses dettes accu­mulées durant des cam­pagnes. » Selon la presse, Talansky aurait confessé avoir remis à Olmert des sommes uti­lisées à des fins per­son­nelles, pour financer des voyages et faire du shopping.

Son témoi­gnage contredit la stra­tégie de défense d’Olmert, qui affirme avoir utilisé ces fonds uni­quement à des fins poli­tiques. Le premier ministre a ainsi reconnu ce mois-​​​​ci qu’il avait reçu de l’argent de Talansky pour financer deux cam­pagnes fruc­tueuses pour la mairie de Jéru­salem, en 1993 et en 1998, une can­di­dature manquée à la direction du Likoud en 1999 puis une élection interne à ce parti en 2002. Mais il nie tout enri­chis­sement per­sonnel. La légis­lation israé­lienne interdit les dons à caractère poli­tique supé­rieurs à quelques cen­taines de dollars.

Élections législatives anticipées

En échange, Olmert aurait accordé des faveurs à Talansky. Il aurait notamment, lorsqu’il était ministre de l’Industrie, aidé à pro­mouvoir auprès de grandes chaînes d’hôtels la vente de minibars fabriqués par l’entreprise de l’homme d’affaires amé­riain, et, lorsqu’il était maire de Jéru­salem, fait ins­taller des dos-d’âne dans la rue où habitent ses petits-​​​​enfants. Les poli­ciers veulent aussi savoir si Olmert l’a aidé à faire des affaires en Amé­rique du Sud. Sur décision d’un tri­bunal, Talansky devra faire une dépo­sition pré­li­mi­naire mardi. Les avocats d’Olmert avaient déposé un recours pour tenter d’annuler cette dépo­sition devant un tri­bunal d’instance, mais la Cour suprême a rejeté leur requête.

Olmert et ses alliés ont insisté cette semaine sur son rôle pri­mordial dans les négo­cia­tions avec les Pales­ti­niens ainsi que dans les dis­cus­sions avec la Syrie par l’intermédiaire de la Turquie. Il est essentiel pour lui de démontrer qu’il existe une vraie dyna­mique afin de convaincre le pro­cureur de l’État, Menahem Mazouz, que l’inculper ris­querait de faucher cet élan. Selon le quo­tidien Haaretz, Olmert s’est dit convaincu auprès de ses proches qu’il ne sera pas inculpé. « Il y aura des gros titres dégoû­tants, nous sommes pris dans une dure tempête et nous tra­ver­serons une crise, mais il n’y aura pas d’inculpation », leur aurait-​​​​il confié.

Le premier ministre, visé pré­cé­demment par plu­sieurs enquêtes dans le cadre de ses fonc­tions à la mairie de Jéru­salem pendant dix ans jusqu’à 2003 puis lorsqu’il est devenu ministre, dément toute mal­ver­sation. Il a tou­tefois fait savoir qu’il démis­sion­nerait s’il était inculpé, ce qui pourrait augurer des élec­tions légis­la­tives anti­cipées. Selon un sondage publié hier, une écra­sante majorité d’Israéliens ne fait plus confiance au premier ministre, 49 % estimant qu’il a relancé les négo­cia­tions de paix avec la Syrie dans l’unique but de détourner l’attention de ses affaires. Seulement 36 % jugent que les négo­cia­tions sont sérieuses. Patrick Saint-​​​​Paul, 23/​​05/​​2008

http://​www​.lefigaro​.fr/​i​n​t​e​r​n​a​t​i​o​n​a​l​/​2008​/​​05​/​​24​/​​01003​-​20080524 ARTFIG00058-olmert-ne-croit-pas-a-son-inculpation-.php