Egypte : Aide humanitaire à Gaza – inefficacité et goulets d’étranglement

Irin, samedi 6 juin 2009

Le manque de struc­tures de sto­ckage adaptées dans les villes d’al-Arish et de Rafah, dans le nord-​​est de l’Egypte, est en partie res­pon­sable des goulets d’étranglement et de l’inefficacité de l’acheminement des aides ali­men­taires et autres dans la bande de Gaza, selon un ancien haut res­pon­sable des opé­ra­tions huma­ni­taires égyptiennes.

Le seul entrepôt en service, à l’heure actuelle, à Al-​​Arish, a été en partie loué au Pro­gramme ali­men­taire mondial (PAM), et seule une partie de l’espace dis­po­nible y a été allouée à la Société du Croissant-​​Rouge égyptien (SCRE), selon Ahmed Orabi, directeur des opé­ra­tions huma­ni­taires de l’organisme entre juin 2008 et avril 2009. Les dons d’aide ali­men­taire ache­minés à al-​​Arish ne peuvent donc pas tous être entre­posés conve­na­blement, et cela a donné lieu à du gas­pillage, a-​​t-​​il indiqué.

Pendant l’offensive israé­lienne (27 décembre 2008 - 18 janvier 2009), la ville côtière d’al-Arish est devenue une plate-​​forme de transit impor­tante des dons d’aid84690e huma­ni­taire envoyés à Gaza. La SCRE col­labore étroi­tement avec le PAM pour faci­liter le passage dans Gaza de la mar­chandise envoyée par les orga­nismes des Nations Unies et les orga­ni­sa­tions non-​​gouvernementales (ONG).

Bekim Mahmuti, directeur logis­tique du pro­gramme du PAM dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens occupés, a tou­tefois expliqué à IRIN que l’organisme n’avait ren­contré aucun pro­blème d’entreposage, ni d’accès à al-​​Arish. « Notre matériel d’aide a été acheté loca­lement, en Egypte, et stocké dans notre entrepôt d’al-Arish. Il a pu être trans­porté à Gaza sans pro­blème », a expliqué M. Mahmuti, depuis Jéru­salem Est, ajoutant que le PAM n’avait plus de réserves d’aide ali­men­taire entre­posées à al-​​Arish depuis la mi-​​mai.

D’autres raisons expliquent les retards et les dif­fi­cultés ren­con­trées pour ache­miner l’aide huma­ni­taire à Gaza : la fer­meture fré­quente et imprévue du point de passage de Rafah, et les détours à faire pour trans­porter une partie de l’aide.

Une quantité impor­tante de matériel d’aide (prin­ci­pa­lement envoyé par les pays arabes et musulmans) a en effet dû être ache­minée par camion d’al-Arish à al-​​Ouja (à 50 kilo­mètres de Rafah, à la fron­tière israélo-​​égyptienne), et de là jusqu’au point de passage israélien de Kerem Shalom pour être trans­portée dans Gaza, selon l’édition de janvier 2009 du bul­letin d’actualité huma­ni­taire régional publié par le Bureau des Nations Unies pour la coor­di­nation des affaires huma­ni­taires (OCHA).

Kerem Shalom est devenu le prin­cipal point d’entrée de l’aide en pro­ve­nance d’Israël, mais il n’a pas été conçu pour traiter de grandes quan­tités d’aide et les mesures de contrôle strictes, mises en place par Israël limitent la vitesse à laquelle les mar­chan­dises peuvent être traitées.

Rafah sert prin­ci­pa­lement à faire passer l’aide médicale, et Kerem Shalom traite l’aide ali­men­taire, ainsi que d’autres formes d’aide.

Documents incorrects

Le bul­letin d’actualité publié par OCHA en janvier 2009 donne un aperçu des autres obs­tacles qui empêchent d’acheminer sans pro­blèmes l’aide huma­ni­taire à Gaza.

« Un grand nombre de dons sont arrivés à al-​​Arish sans les docu­ments requis ou sans indi­cation relative au consi­gna­taire. Cela a per­turbé leur transfert à Gaza. Le 31 janvier, 3 000 tonnes de matériel huma­ni­taire, ache­minées à Israël via al-​​Ouja, avaient ainsi été sto­ckées au ter­minal de Kerem Shalom, faute d’une auto­ri­sation d’importation à Gaza. Cette situation a incité les auto­rités fron­ta­lières d’al-Ouja à ne pas accepter les car­gaisons huma­ni­taires qui ne s’accompagnaient pas des docu­ments requis. Nombre de camion­neurs n’ont eu d’autre choix que de retourner à al-​​Arish et de décharger leurs mar­chan­dises au stade muni­cipal. Par consé­quent, selon les esti­ma­tions, 12 000 tonnes de matériel huma­ni­taire se sont accu­mulées au stade ».

Ce mois-​​ci, un cor­res­pondant d’IRIN a en effet aperçu des sacs d’aide ali­men­taire entassés à terre, au stade prin­cipal d’al-Arish. Il s’agirait là des der­niers sacs d’aide uti­li­sable qui attendent encore d’être envoyés à Gaza.

Photo : Erica Silverman/​IRIN Les auto­rités gazaouies ins­crivent sur leurs registres les camions qui entrent dans Rafah chargés de pro­duits d’importation rap­portés de Kerem Shalom (photo d’archives) Aide ali­men­taire jetée

Selon les esti­ma­tions de M. Orabi, depuis la fin de l’offensive israé­lienne à Gaza, le 18 janvier 2009, 100 tonnes d’aide ali­men­taire des­tinées aux popu­la­tions de Gaza ont dû être déversées dans des dépo­toirs. N’ayant pas pu être entre­posés, la plupart des vivres étaient restés sous la pluie et le soleil et s’étaient gâtés, a-​​t-​​il expliqué.

« L’aide a tout sim­plement été jetée dans une décharge et a très pro­ba­blement été récu­pérée par des bédouins, qui l’ont uti­lisée pour nourrir leurs chèvres », a-​​t-​​il ajouté.

D’après Mahmoud Abul Magd, directeur du bureau de la SCRE à al-​​Arish, la plupart de l’aide jetée avait été ache­minée par un convoi libyen.

Une cen­taine de camions chargés de matériel de secours, envoyé par la Libye, étaient arrivés à al-​​Arish pendant l’offensive israé­lienne, mais un grand nombre d’entre eux dépas­saient le poids maximal autorisé et n’avaient donc pas reçu l’autorisation d’entrer dans Gaza. Une partie de l’aide avait alors été ache­minée par le point de passage fron­talier d’al-Ouja après avoir été recon­di­tionnée de façon à res­pecter les normes de poids, a-​​t-​​il expliqué.

Tou­tefois, selon Abul Magd, le stock actuel de vivres et d’aide médicale inuti­lisés est « négligeable ».

Il sera sans doute dif­ficile d’obtenir plus de pré­ci­sions sur la situation, les jour­na­listes n’ayant pas le droit de se rendre au port maritime d’al-Arish, ni à l’aéroport, où une quantité d’aide plus impor­tante serait entreposée.